Hey ! Act III : la couleur à en vomir …

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Nouvelle édition de la désormais rituelle exposition modern art et pop culture initiée par la team Hey ! à la halle Saint Pierre : pour ce troisième acte qui semble loin d’être le dernier, Anne & Julien ainsi que leur complice Martine Lusardy misent sur la couleur. A en vomir.

62 artistes, 400 œuvres : que ce soit sous la lumineuse verrière du premier étage, sur les parois immaculées qui en composent l’espace, dans l’obscurité du rez de chaussée transformé en cabinet de curiosité ou en cellule d’asile au choix, lowbrow art, outsider et art brut voisinent résolument et en bonne entente avec dessins de tatouage (décidément l’exposition Tatoueurs tatoués initiée au musée du quai Branly a fait sauter bien des résistances) et bande dessinée. Un trait commun, un fil direct relient ces œuvres : la couleur.

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Vernissage de l’exposition Hey ! acte III – Performance de Yannick Unfricht

Dans le brouhaha virevoltant des soirées de vernissage où le tout Paris underground et artistique se presse pour célébrer la naissance de cette édition tant attendue, c’est la couleur qui nous accueille, chaleureuse, agressive, provocatrice. D’un tableau à une installation, douce, pastel ou franchement affirmée, elle est partout. Oubliez les tons froids ou chauds, ici on passe du glacial au brûlant, et l’oeil en perd l’équilibre comme la conscience. La foule ajoute au vertige.

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Scultpure de Claire Partington – 2013

Perdre l’équilibre : chaque coup de pinceau, chaque aplat de carnation hurlent, se crispent, agrippent le regard et le vrillent. Désorientation assurée, il faut quelques instants pour s’adapter et doucement, difficilement tracer son chemin d’une œuvre à une autre. Dans un monde en proie au feu, au sang et à la folie humaine quand tout devrait nous porter vers le bonheur et le bien être, les créations exposées chantent la démesure et la démence polychromes. Avec une justesse qui effrayent.

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Couple de Hiboux – Benoît Huot – 2011

Une fois de plus les artistes parallèles, ceux de l’ombre, qui opèrent en dehors des circuits conventionnels d’un art institutionnalisés, nous disent la vérité d’une époque, la brutalité d’une société à laquelle ils échappent à leur manière. Mais leur rêve sample le cauchemar éveillé de notre époque : les ours écorchés de Deborah Simon, les fétiches empaillés de Benoît Huot clament la torture que nous infligeons à mère Nature ; le regard figé et fiévreux des héroïnes de Christopher Conn Askew, les langueurs érotico macabres de Namio Harukawa chantent la schizophrénie rampante de la modernité, les pierres mordantes de Hirotoshi Ito, les enfants de plume de Lucy Glendinning, les rêveuses de Choi Xooang nous murmurent la solitude infinie et brutale de l’homme moderne.

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Laughing tongues – Hirotoshi Ito – 2013

Pas de quartier : une fois encore la pop culture nous gifle de sa vérité. Le monde n’est ni bon, ni bien fait, ni juste. Pourriture aux mille attraits, fardée de fascination … nous regardons, la nausée aux lèvres. Car de cette pourriture chatoyante, le monde se repaît, se contente, se complaît. Les modèles de tatouage transportent cette satisfaction sur le derme des modèles, comme pour en extérioriser les appétits coupables. Une revendication qui déjà transperçait les diableries du XIXeme siècle, l’art des tranchées, sous les obus généré, dans les tripes des morts et les excréments des rats et des hommes mélangés. De loin en loin une Vanité, inscrite dans la nacre d’un coquillage, la blancheur d’une dentelle, tâche de pureté cette valse de cauchemars polychromes, l’avalant un instant dans la non couleur du néant.

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Et plus si affinités

http://www.hallesaintpierre.org/2015/09/hey-modern-art-pop-culture-act-iii/

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