Green Days 2014 : Tout va bien … ou pas ???

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L’un des temps forts de ce début de festival fut sans conteste le spectacle de rue Tout va bien. Et l’occasion de recroiser la route de la compagnie Kumulus dont nous avions apprécié le travail un an auparavant presque jour pour jour durant le festival Les 3 Eléphants à Laval ou ils interprétaient Les Pendus.

Fidèles à leur mode d’intervention qui consiste à investir l’espace urbain pour y dénoncer les travers de notre société de façon provocatrice et cynique, ils troquent ici la potence pour des panneaux publicitaires, boites exiguës semblables à des cercueils de verre dans lesquels les acteurs se glissent pour interpréter une galerie de personnages haut en couleurs et sans pitié.

Le businessman conquérant qui nous dit quoi consommer, la femme seule qui fait la promotion d’une crème miraculeuse, l’actionnaire satisfait qui avale ses billets en vomissant sur les pauvres, le couple bourgeois perdu par les interdits contradictoires qui régissent notre société, les deux candidates d’un jeu de télé réalité qui accumulent les incongruités, le clochard hurlant sa haine d’un système qui le rejette, …

Comme à leur habitude, les membres actifs de Kumulus ne nous épargnent rien dans cette farandole de portraits où se mirent nos lâchetés quotidiennes, notre inféodation consentie à une mécanique qui nous téléguide pour notre confort et notre perdition. Prise de risques que cette programmation qui fait rire certains aux éclats, provoquent la hargne des autres …

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Preuve que le discours fait mouche ? En tout cas il ne laisse pas indifférent dans ce jeu d’impro qui rappelle les canevas de la comedia dell’arte et ses thématiques initiales : l’argent destructeur, le besoin de pouvoir, l’effacement des libertés, l’aveuglement consenti, la facilité de l’abêtissement … le tout interprété avec brio par des comédiens investis qui s’amusent à rebondir sur les réactions du public, dialoguant avec les uns, vilipendant les autres, dévastant leur vitrine à coup de yaourt ou de crème a raser, au fur et à mesure que leurs personnages perdent le contrôle et réalisent combien ils sont exploités et annihilés.

Et soudainement ces petits poissons rouges, idiots et dociles dans leur bocal, de se métamorphoser en requins rageurs … la chose laisse songeur par sa perspicacité visionnaire, prophétique des sursauts contestataires qui ne manqueront pas un jour de tourner en convulsions dévorantes. Le festival Green Days a pour vocation de déclencher une réappropriation de l’urbain ? Avec ce spectacle, la réappropriation s’accompagne de cette douloureuse prise de conscience qu’on attend de toute forme d’art engagée et engageante : sans concession.

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Festival Green Days 2014 en photos 

 

Et plus si affinités

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