Gauguin : sa vie, son œuvre dans une monographie culte !

Cinquante-quatre peintures, vingt-neuf céramiques, trente-cinq sculptures et objets… Au total, plus de deux-cents pièces sont exposées dans Gauguin l’alchimiste retraçant jusqu’au 22 janvier au Grand Palais à Paris la quête perpétuelle de l’artiste d’abandonner le connu pour explorer l’inconnu. Les éditions Flammarion, bien inspirées, rééditent le Gauguin de Françoise Cachin qu’il apparaît urgent de (re)lire.

Drôle de vie que celle de Paul Gauguin : une enfance péruvienne à Lima, dorée comme peut l’être celle des enfants-rois et aisés, un retour à Paris à l’âge de 7 ans où il sera, une décennie durant, le mauvais élève sauvage et bougon, puis la fuite en avant comme marin. Devenu agent de change à la Bourse de Paris, il épouse une fille de bonne famille suédoise tout en consacrant ses dimanches (dès 1873) à une peinture à l’impressionnisme frémissant… avant de tourner le dos à la finance pour se consacrer entièrement à cet art dès 1883. Envers et contre tous !

Avec son don particulier pour se faire détester, via une hypertrophie du moi et une propension à se considérer (et complaire) dans le statut de l’artiste maudit, Paul Gauguin aura été victime toute sa vie de son « légitime égoïsme productif » allant jusqu’à se mettre à dos ses premiers maîtres Camille Pissarro et Paul Cézanne tout comme ses compagnons de route (Émile Bernard) longtemps éblouis par ses dons. Malgré tout, son opiniâtreté, ses doutes et remises en question incessantes en feront une sorte d’idole de la jeune génération d’alors : Bonnard, Picasso, Matisse en premier lieux. Et à raison.

Gauguin, sensitif et sauvage, est en effet un artiste au talent exceptionnel. « Coloriste supérieur, extraordinaire, imaginatif » pour Françoise Cachin, le peintre a souhaité très tôt se singulariser et se séparer des impressionnistes. Cherchant son style à Pont-Aven où il saisit comme personne le mysticisme rustique breton, en Martinique, à Arles (auprès de Van Gogh, dont il réussira à l’énerver au point que il s’en coupera l’oreille !) puis à Tahiti, il expérimentera tour à tour le post-impressionnisme, le japonisme, le cloisonnisme, le symbolisme ou encore le synthétisme que va parfaire Maurice Denis. Guidé par le poète Baudelaire, son « maître à sentir » qui prône une peinture de la vie moderne, Gauguin quittera peu à peu l’occident pour trouver en Polynésie – et plus précisément aux Marquises – son style, loin d’une civilisation occidentale qu’il haïssait tant. Diderot ne disait-il pas : « Le Tahitien touche à l’origine du monde et l’Européen touche à sa vieillesse » ?

Mais quel est le style Gauguin ? Un système d’emboîtement de formes colorées, sans modelé où la suppression totale de l’espace laisse place à un espace volontairement décoratif. Style qui divise, comme toujours avec le Parisien : « Il est extraordinaire qu’on puisse mettre tant de mystère dans tant d’éclat » s’enthousiasmait Mallarmé quand August Strindberg, cassant, ne voyait dans ces œuvres qu’un « tohu-bohu de tableaux ensoleillés ». Du soleil des tropiques pourtant le peintre ne tire que des édens tristes, éclatante incarnation du fiu polynésien (sorte d’accablement et de lassitude). Gauguin iconise dans ses peintures un peuple qui étouffe dans ce monde si gracieux. Foutu monde qu’il quittera en 1905, ruiné et harcelé par des procès pour pédophilie. Il repose au cimetière d’Atuona, près de la tombe d’un autre illustre artiste : Jacques Brel.

Françoise Cachin, illustre figure des Musées français, signe avec cette monographie riche de 280 pages brillamment illustrées parue il y a maintenant 30 ans, l’ouvrage de référence sur cet alchimiste de peintre. Scrupuleuse biographie, échanges épistolaires en pagaille, étude précise des œuvres, tout y est. Assurément le complément parfait de l’exposition parisienne en cours à bouquiner tranquillou chez soi ou pendant les longues heures d’attente qui vous y mèneront (il vous fera les bras par la même occasion !).

Et plus si affinités

http://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/monographie-d-art/gauguin1

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