Gainsbourg : Vie Héroique

Anniversaire de sa mort oblige, le grand Serge revient en trombe dans l’esprit d’une jeunesse fascinée par ce spécimen musical. Compositeur de génie, provocateur, novateur, arrogant, mais aussi d’une fragilité extrême, … un véritable personnage de cinéma que ce Mr Gainsbourg. Normal donc que Joann Sfar en ait fait le héros de son film Gainsbourg, Vie Héroique.

Film biographique ? Biopics ? Conte plutôt. A l’univers purement musical et cinématographique du compositeur se mêle poésie et Bande Dessinée. « Pour illustrer ma vision personnelle des fantasmes de Gainsbourg. » selon Joann Sfar. Et pourtant, réaliser un film comme celui ci était un pari osé, … unpari gagnant.

Le film s’ouvre sur l’enfance de l’homme à la tête de chou. Une telle représentation était glissante, car montrer Lucien Ginsburg sous sa forme la plus innocente aurait pu revenir à désacraliser le mythe de Gainsbourg. Pourtant, le petit Lucien que nous découvrons reflète déjà le paradoxe de l’adulte : une arrogance et une insolence à toute épreuve, mais une certaine fragilité qui donne envie de le serrer dans ses bras. Un sale mioche attendrissant.

Le second rôle majeur est le personnage de « Ma gueule ». inspiré d’une campagne de propagande anti juive, ce personnage tiré de l’imaginaire de Sfar guide un Gainsbourg parfois perdu. Tout comme lui, il évolue au cours du film, pour se transformer en professeur Flipus. Grand dandy, il possède une certaine classe sombre. « On aime l’aimer comme on aime un ogre des contes de Grimm, on aime le détester. » Il l’accompagne tel un diablotin sur l’épaule, véritable bras d’honneur à la bonne conscience. Il le pousse vers la musique, comme vers Brigitte Bardot. Cette véritable dualité qu’essaye de combattre Serge est vouée l’échec. Chasser le naturel et il revient au galop, comme me le dit souvent Delphine.  Leurs deux destins liés, Gainsbourg et sa gueule, qui ne trouveront l’harmonie que dans le personnage de… Gainsbarre.

Autre fait marquant du film, l’omniprésence de la fièvre créatrice.  Comme Gainsbourg le dit si bien : « Ca parle nuit et jour dans ma tête, et si je met pas quelque chose sur une toile, ca parle plus encore ». Durant tout le film, Gainsbourg accouche, Sur papier, sur toile, sur instrument. Au fil des rencontres, sa musique mute, du jazz façon Django Reinhardt, du cabaret lors de sa rencontre avec Boris Vian (magistralement interprété par Philippe Katherine), « Le Poinçonneur des Lilas » des Frères Jacques, la valse langoureuse de « La Javanaise » avec Gréco, la musique commerciale par France Gall, la pop énergique, presque sexuelle grâce à Bardot et pour finir au sommet de son art, sa rencontre avec Jane Birkin, suivie de la rébellion et d’une longue décadence qui signe la rupture de cette dernière puis la fin de sa vie en compagnie de Bambou.

Vous l’aurez compris, dans ce film la musique est omniprésente.  Entièrement revisités, les plus grand succès du Serge hantent le film. Parfois chantés, parfois juste joués en thème, comme la mélodie de « La Javanaise » qui revient à plusieurs reprise, comme un chuchotement au creux de l’oreille. De nombreux musiciens sont venus ajouter leur patte personnelle (Dionysos, Philippe Katherine, Jeanne Cheral, Emilie Loizeau, pour ne citer qu’eux).  Afin de  marquer les émotions de notre protagoniste. Une histoire racontée en notes de musique, une histoire dans l’histoire. Il serait presque possible de comprendre le film en écoutant seulement les notes, et ça, ça n’est quand même pas banal !

Il serait par ailleurs impossible de chroniquer ce film sans parler des femmes, car c’est un véritable hymne à Vénus qui est dressé ici. Étonnant pour cet incorrigible collectionneur de femmes. Et pourtant…  La caméra, comme Gainsbourg, sublime les femmes qui traversent et marquent sa vie, son oeuvre, réactualisant l’ancestral concept de la Muse. Il les attire, les ensorcele, les fascine. Une gueule, une vraie. Joann Sfar le dit lui même : « Evidemment, il est très beau. Il n’y a que lui qui se trouve moche ». Et elles le lui rendent si bien, … Gainsbourg sans les femmes serait comme un manouche sans guitare.

Gainsbourg peut énerver, agaçer, voir faire rager certains, mais le film qui porte sa vie est à voir, immanquablement. Un hommage comme on en conçoit rarement, des acteurs stupéfiants, sans doute une des plus belles réalisations françaises de ces dernières années. Comme le disait Gainsbourg, « Enfilez vos bas noir, ajustez vos accroche-bas », et fonçez sur le le téléviseur le plus proche !

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