Fritz Bauer – Un héros allemand : devoir de mémoire et affaire de justice

The Eichmann Show nous avait déjà donné un aperçu significatif des efforts considérables fournis pour traquer les criminels nazis au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Eichmann ne fut pas facile à attraper, loin de là, et ses confrères survivants non plus, dans un monde en reconstruction qui ne voulait pas se souvenir du pire. Fort heureusement, il y eut des personnalités fortes et convaincues pour réveiller sa mémoire déficiente : on peut citer les époux Klarsfeld, on peut citer également Fritz Bauer auquel le biopic qui nous intéresse aujourd’hui est dédié.

Fritz Bauer – Un héros allemand : le titre est on ne peut plus juste. Interné en 1933 comme prisonnier politique, ce jeune docteur en droit va s’échapper, rallier la Suède, résister. En 1949, il revient en RFA pour y orchestrer d’une main de fer les premiers procès contre les responsables des camps de concentration, Auschwitz en tête. Problème : il se heurte à l’oubli qui verrouille une société allemande où les fascistes survivants ont su se glisser dans les arcanes dirigeantes ; et ces derniers n’ont pas du tout l’intention qu’on se rappelle de leurs activités passées.

Bauer va donc essuyer bien des avanies, des menaces même. Et c’est avec les plus grandes difficultés qu’il va continuer à mener son combat, rappelant aux jeunes allemands la vérité du nazisme, la nécessité de faire le ménage. Cette obligation morale va prendre toute sa dimension lorsque Eichmann est arrêté par le Mossad ; Bauer va fournir aux autorités israéliennes les éléments clés permettant d’extrader le criminel de guerre et d’instituer son procès, malgré les pressions qui l’entourent, les dangers qui planent : juif, Bauer est aussi homosexuel, dans un pays qui l’interdit et le punit.

En se saisissant de ce sujet, le scénariste et réalisateur Lars Kraume met en lumière avec précision l’atmosphère qui règne en Allemagne quinze ans seulement après la chute d’Hitler. La dénazification proclamée par les Alliés y apparaît comme incomplète, pour ne pas dire fantaisiste. Ceux qui veulent reconstruire le pays sur des fondations saines connaissent les pires difficultés, face aux clivages, aux obstacles multipliés par les anciens maîtres qui tirent encore les ficelles dans l’ombre. Les rouages de la justice notamment sont complètement vérolés, sapés, alors qu’ils sont essentiels dans cette entreprise.

Face à cette chape de plomb, Burghart Klaußner incarne un Fritz Bauer torturé par tant de corruption, mais convaincu du bien fondé de sa mission, un professionnel qui connaît les lois, sait en jouer, trouve toutes les astuces possibles pour parvenir à ses fins, déjoue les pièges et Dieu sait s’il y en a, ses adversaires ne reculant devant aucune bassesse pour le contrer : le sort de son jeune collègue Karl Angermann en dit long, qui est surpris avec un autre homme, au terme d’une véritable machination ; il y laisse sa carrière, sa réputation, se sacrifiant pour permettre à Bauer d’aller au bout de sa tache.

Le film se regarde à la fois comme un récit historique et un film d’espionnage, tourné avec rigueur et sobriété pour mettre en lumière l’inertie propre à l’Allemagne d’après-guerre, dans les institutions comme dans les esprits. On saisit mieux la force de caractère qu’il fallut à ces hommes et à ses femmes pour continuer à lutter contre l’hydre invisible du fascisme. Preuve qu’il convient de rester vigilant et intransigeant, car comme l’a judicieusement formulé Brecht « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. »

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/052359-000-A/fritz-bauer-un-heros-allemand/

http://www.arpselection.com/category/tous-nos-films/historique/fritz-bauer-un-heros-allemand-351.html#bande-annonce

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