Fosse Verdon : l’amour, la danse, la mort

Bob Fosse … que se cache-t-il derrière le chorégraphe exceptionnel, le réalisateur multi-primé ? Un coureur de jupons, un camé notoire … l’archétype du génie auto-destructeur qui exploite les talents autour de lui, les vampirise, les jette pour mieux les reprendre. Face à lui, comme un moteur un repoussoir, sa muse, Gwen Verdon, danseuse et actrice extraordinaire, son grand amour, sa Muse, qu’il va aduler, jalouser, détester … Entre ces deux-là, une passion artistique, esthétique tissée de complexités, que la mini-série signée Thomas Kail et Steven Levenson s’emploie à explorer.

Avec comme point de départ de ce récit en eaux troubles la biographie de Sam Wasson, Fosse, et le regard de sa fille, Nicole, qui est intervenue comme consultante sur le tournage. Et comme résultat, une lecture en huit chapitres de deux existences vouées à l’art, qui ont révolutionné la comédie musicale en lui apportant la dimension d’une tragédie. Une vision qui passe en revue les grandes productions façonnées par le couple, mais aussi leur dérive affective, face au succès qui les dévore.

Jouant la carte du flashback, le scénario mélange les périodes comme pour mieux cerner cette magie merveilleuse et funeste, avec en ligne de mire, la fascination de Fosse pour la mort. Du reste la narration de la série est très inspirée du superbe All that jazz, dont le tournage est du reste évoqué, ainsi que celui de Cabaret, la mise en place de Chicago ou le gouffre émotionnel de Lenny. Et derrière les paillettes, les plumes et tout le tralala de Broadway, c’est une véritable détresse qui transparaît, la pression de toujours mieux faire, l’obsession de la scène, tandis que l’âge, les excès rongent le corps inexorablement.

Cette détresse alimente inlassablement le style de Fosse et Verdon, dans le geste, la posture, le mouvement, la manière de poser la voix, d’injecter de la lassitude, de la nonchalance, de la vérité en somme, au sein de chaque pas, chaque mouvement d’épaule, chaque déhanché. Chaque épisode de cette marche au trépas traque la créativité pour le démon qu’elle peut devenir, cannibale, maléfique, trompeusement libératoire, impérieuse, addictive. Chacun dans le couple multiplie les sacrifices à cette déesse implacable, personne ici n’est victime, et c’est tout l’intérêt de la série que de cerner cette perversité à l’œuvre.

A ce titre, Fosse Verdon tranche avec le reste de la production sérielle actuelle en proposant un récit aussi pertinent que trépidant, qui évoque d’autres œuvres comme Fame, Chorus Line ou plus récemment la remarquable première saison de Feud consacrée à la querelle entre Joan Crawford et Bette Davis. On appréciera du reste l’interprétation de Sam Rockwell et Michelle Williams qui jouent avec bonheur sur la gamme des sentiments puissants et contradictoires qui ont agité ce couple mythique.

Et plus si affinités

https://www.facebook.com/FosseVerdonFX/

https://www.mycanal.fr/series/fosse-verdon-l-hebd-hollywood-du-26-01/p/1522205

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.