Film : Aguirre, la colère de Dieu – Werner Herzog – 1972

Certaines conquêtes excèdent nos limites et notre vanité. La quête d’Aguirre est de celles-là et il la finira seul, entouré des cadavres de ses proches, trahis par sa folle ambition.

En contant avec sa violence habituelle la démesure d’un conquistador espagnol en quête du mythique Eldorado, le réalisateur allemand traite d’un sujet qui lui sera cher toute sa  carrière : les minces limites qui séparent passion et folie.

 

 

Question inscrite dans ce récit épique : qu’est-ce qui pousse des êtres humains au-delà de leurs limites physiques et psychiques, au-delà de la raison et du bon sens ? Les soldats qui suivent Aguirre au cœur de la jungle amazonienne vont vivre cette expérience. Ils en mourront, comme nombre d’autres aventuriers d’alors, attirés par l’or et la gloire.

Le film est sans pitié, pesant dans sa narration, comme la chaleur tropicale qui incommode ces occidentaux perdus dans un univers hostile auxquels ils ne s’adaptent pas, embourbant les canons, coulant les chevaux, empêtrés dans leurs hallebardes, rouillant sur pied dans des armures inappropriées.

S’entredévorant pour le pouvoir. Logique dans ce microcosme confronté aux mystères de ce Nouveau Monde, animaux inconnus, nourritures exotiques, … cannibalisme aussi. Montaigne aurait aimé pour sûr, lui qui fustigea l’orgueil déplacé de notre civilisation.

Le travelling hallucinant qui clôt le film sur les radeaux dévastés de la troupe dérivant sur le fleuve, la musique, l’interprétation hystérique de Klaus Kinski (qu’Herzog eut bien du mal à gérer sur le plateau), tout concourt à faire de cette œuvre un incontournable, une leçon de cinéma.