Festival de Cannes 2017 : le point sur une première semaine de projections

Muni du badge “presse” exigé aux divers points de contrôle, cette année avec portique de détection de métaux, armé d’une infinie patience requise par tant de fouilles et de foules multipliant les files d’attente, nous avons pu avoir un échantillon de la production cinématographique la plus récente, sinon la plus neuve, ayant été retenue par les programmateurs des différentes sections du festival azuréen.

Cela a bien démarré selon nous, avec le dernier film de Todd Haynes, Wonderstruck, un exercice de haute école pour ce qui est de la méticulosité du travail de reconstitution historique dans les Studios d’Amazon, ainsi que de l’usage du montage alterné instauré par Griffith. Une fillette et un garçonnet atteints de surdité, la première depuis sa naissance, le second suite à un accident, vivant, l’une, en 1927, date de l’arrivée du film… parlant, l’autre, en 1977, année de la Grande panne d’électricité qui toucha New York, sont les héros de cette quête des origines. Contrairement aux lignes de vie parallèles, les destinées de ces deux personnages finissent par se croiser. On passe alors, comme dans le Magicien d’Oz, du noir et blanc à la couleur, de la musique pompière accompagnant les mélos du muet dont la mère de la petite est la star à la soul music des seventies.

Avec Un beau soleil intérieur de Claire Denis (et Christine Angot, serait-on tenté d’écrire), les choses se sont gâtées. Nous nous sommes ici aussi téléportés à l’époque déjà fort éloignée d’”Au théâtre ce soir”. Autrement dit, du vaudeville néo-feydaldien, comme on n’en fait plus, avec une situation un peu toujours la même de Juliette (Binoche) à la recherche de nouveaux Roméos. Le film vaut surtout pour les prestations subtiles de Philippe Katerine, Balasko et, in fine, enluminant le déroulant du générique, la farce ayant assez duré, celle de Dipardiou himself, notre dernier monstre sacré, prodiguant à la pulpeuse brunette des conseils de mage ou de sage.

Les Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechins, tout un chacun pourra s’en convaincre, le film étant d’ores et déjà disponible en salle, satisfont à tous les critères d’une certaine “qualité française”, comme on disait autrefois, mais ne nous ont pas pour autant emballé. Trop de références à de grands créateurs (Joyce, Van Eyck, Pollock) ou à des cinéastes consensuels (Fellini, Hitchcock, Truffaut) font-ils pour autant un film d’auteur? La question peut se poser.

Heureusement, le Carrosse d’or de la Quinzaine des réalisateurs est venu à point nommé se garer sur la Croisette, qui a relancé l’intérêt cinéphilique. Werner Herzog, en pleine euphorie cannoise, hommagé par la SRF, est venu présenter sa version perso de Bad Lieutenant (2009) inspiré du script d’Abel Ferrara et de la regrettée Zoë Lund, réécrit et transposé dans la Nouvelle Orléans d’après ouragan Katrina. Le scénario et non le film puisque Herzog, s’il a eu l’occasion de passer un bon moment en la compagnie du cinéaste new-yorkais, n’a à ce jour pas vu le film originel. Le remake est très réussi et Nicolas Cage fait une remarquable composition de flic véreux, sans parvenir à totalement estomper celle de Harvey Keitel.

Okja, le dernier opus de Bong Joon-ho coproduit par Brad Pitt et Tilda Swinton, joué par la Britannique au teint blême et aux yeux de brume, Paul Dano et la toute jeune Seo-Hyun Ahn, distribué autour du monde par Netflix, allégorie sur notre épique époque prenant la défense de la cause animale et contestant l’usage des OGM par les multinationales de l’agro-alimentaire, est étonnant à plus d’un titre. Par son traitement numérique, il anticipe et rend plausible la cohabitation des humains et d’une faune de mutants spécialement conçus pour nourrir la planète entière. Par sa poésie, il renouvelle le conte de Noël ou la féerie fantastique. Par ses trouvailles visuelles, il actualise le mythe de King Kong.

Western, de Valeska Grisebach, un Tony Erdmann taciturne chez les Bulgares, dépeint avec justesse l’arrivée dans un village proche de la Grèce d’une équipe allemande d’ouvriers qualifiés pour y poser les fondations d’une future centrale hydroélectrique. Tout ne se passe pas aussi facilement que prévu. Le chantier est bloqué, les Allemands sont en goguette, les motifs de frictions avec la population locale se multiplient au point qu’une vétille est susceptible à tout instant de déclencher un drame. Le héros du film, un ancien légionnaire, quoique peu loquace, semble être le seul personnage à pouvoir communiquer entre les deux communautés…

Le long, très long, métrage de Robin Campillo consacré à Act Up, 120 battements par minute, se réfère par son intitulé même au rythme cardiaque et, naturellement, aux fameux bpm indiquant un tempo entre le moderato et l’allegro. Ce film militant, très documenté et non du tout documentaire, traite des années Sida dans la France de la génération Mitterrand via la “love story” d’un couple d’hommes magistralement interprétés par Nahuel Pérez Biscayart et Arnaud Valois. Ceci dit, le parti pris fictionnel n’offre pas que des avantages. D’une part, le style filmique, si style il y a, passe au deuxième plan, la priorité étant donnée au message, à l’information factuelle et à l’émotion plus qu’à l’expression. L’opus n’a pas réuni les moyens de son ambition : la reconstitution historique pourra sembler cheap, les manifs de type Gay Pride réunissant deux pelés, trois tondus, toujours la même quinzaine d’acteurs et de figurants. Mais étant donné le sujet inédit et le regain d’intérêt pour les films politiques en France, il est à parier que le jury le distinguera au palmarès.

On avait perdu des écrans de contôle Abel Ferrara, venu en catimini, il y a déjà quelque temps, projeter hors programmation officielle sa vidéo sur le cas DSK. On le retrouve en assez bonne forme, au côté de ses deux musiciens attitrés, Joe Delia et Paul Hipp ainsi que de sa jeune et nouvelle épouse, la danseuse et choriste Cristina Chiriac débute comme comédienne dans ce film musical au titre à double sens, Alive in France. Le film est louftingue, comme le trio de vieux briscards new-yorkais, filmé à la va-vite, monté cul par-dessus tête, se saisit du prétexte d’un voyage en France à l’invitation de la Cinémathèque de Toulouse pour faire la preuve que Ferrara est, sinon bon chanteur, du moins excellent performer dans un esprit rock, s’il en est.

Et plus si affinités

http://www.festival-cannes.com/fr/

Enregistrer

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.