Festival d’Automne – HATE : l’amazone et la bête dans un duo improbable

© Dorothée Thebert Filige

Assumant le « je », Laetitia Dosch qui signe le texte et la mise en scène de cette création, nous embarque dans une aventure hors norme, se jouant de tous les codes, faisant parler son cheval à la façon d’un ventriloque, le chevauchant sur du Schubert dans une allure d’amazone prête à partir au combat et allant jusqu’à lui offrir sa croupe dans une tente quechua.

Ovni théâtral

Il fallait sans doute un peu de la folie de Laetitia Dosch pour qu’une entreprise aussi incongrue (une sorte d’ovni théâtral prenant la forme d’un dialogue entre une jeune femme nue et un cheval, nu lui aussi !) se transforme en une réflexion si touchante et poétique sur la vie. En partant de son univers teinté de révolte, d’un brin de provoc et d’une bonne dose de tendresse, la comédienne évolue avec un naturel désarmant dans le plus simple appareil (ou plutôt armée d’un glaive et d’une banane en guise de ceinture) et égrène ses coups de gueule, prenant à témoin l’animal, en l’occurrence Corazon (cœur en espagnol), un magnifique étalon à la robe gris pommelée.

Peau à cuir

C’est lors du tournage d’un western aux États-Unis que Laetitia Dosch a eu l’idée de ce corps à corps ou plutôt de ce peau à cuir entre la femme et l’animal. Puis lors d’un séjour en Suisse, auprès de Judith Zagury, du haras de l’école-atelier Shanju, un laboratoire de recherche théâtrale sur le rapport que l’homme entretient avec l’animal, elle rencontre Corazon. « La meilleure façon de parler de notre époque était de le faire en compagnie d’un cheval », explique-t-elle, « pour questionner notre rapport aux animaux et revenir à une relation plus primitive, plus essentielle. Pour ramener du féérique, du rêve. Du cauchemar aussi ».

Rapports de domination

Car ne nous y trompons pas, c’est bien du désastre du monde dont il est question, ce lac froid et intérieur qu’elle décrit dans un très beau texte dit en début de spectacle, et qui semble reflété dans la magnifique toile qui lui sert de décor, dans la scénographie signée Philippe Quesne, le directeur du théâtre Nanterre – Amandiers. Laetitia Dosch, en bobo trentenaire désabusée, convoque les réfugiés de Calais, la lutte contre le réchauffement climatique, l’absurdité de l’époque au fond pour en finir avec les rapports de domination qui caractérisent les relations humaines.

Pourquoi faisons-nous du mal à ceux qu’on aime ? Comment faire face à l’absurdité de nos vies ? Qu’est-ce que l’amour au fond ? De ces questions, elle invente une histoire d’amour fou et impossible avec l’animal, avec qui elle ose tout et avec qui elle développe une relation d’égale à égale et sans impudeur, à son image… un moment suspendu.

Et plus si affinités

https://www.festival-automne.com/edition-2018/laetitia-dosch-hate

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