Festival Cinéma du sud : A mon âge je me cache encore pour fumer

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestShare on LinkedInShare on RedditShare on TumblrBuffer this pageShare on StumbleUponEmail this to someonePrint this page

Dans le cadre du Festival Cinéma du Sud, l’incontournable institut Lumière, quatre jours durant, nous fait voyager dans le bassin méditerranéen. Cet événement culturel intéressant, différent et réflexif est cette année parrainé par Hiam Abbas. Cet autre regard sur notre monde contemporain trouve dans A mon âge je me cache encore pour fumer une magnifique ouverture.

Ce film est écrit et réalisé par Rayhana, produit par Michèle Ray-Gravas et joué en partie par la talentueuse Hiam Abbas. Ces trois femmes engagées viennent non sans émotion nous présenter leur chef d’oeuvre. Auparavant pièce de théâtre, le film se déroule quasiment à huis clos dans le Hamam traditionnel. Plongé immédiatement dans un univers strictement féminin, le spectateur est embarqué dans les années noires algériennes. À travers le rire, les commérages, les confidences et les péripéties de la journée, les émotions sont démultipliées. Cette joyeuse bande d’algériennes avec leurs corps dénudés, leurs caractères, leurs vies en dehors nous sont présentées dans leur stricte sincérité. Le lieu, intime et presque secret renforce ce sentiment de vérité.

Le film est tout d’abord une merveilleuse évocation de la mer d’Alger, au son des mélodies khabiles. Les dialogues arabes chantent dès les premières minutes. Dénonciateur et engagé, le discours est aussi léger. Les éclats de rire incontrôlables envahissent à l’unisson la grande salle. C’est parce que ces femmes sont vraies qu’elles sont drôles. Leur féminité est déployée sans tabous, ni censure. On parle sexualité, histoire d’amour et d’amitié, éducation mais aussi épilation. Si les personnages sont si touchants c’est qu’ils représentent de manière universelle la féminité. Au-delà des religions et des cultures, chacun peut se reconnaître dans ces profils. Pas besoin de discours féministe vu et revu, leur naturel en fait instantanément des amies et des modèles.

La critique de la violence, de l’obscurantisme, du terrorisme est omniprésente. Elle s’effectue comme un exutoire, une catharsis. Si cette dénonciation est aussi marquante et bouleversante, c’est qu’elle est extrêmement bien amenée. Tout d’abord parce qu’elle vient de l’intérieur. Rayhana est algérienne, elle a connu les années de terreur, elle est capable de les expliquer parce qu’elle même a ressenti la douleur et la peine. Loin d’un regard moralisateur occidental, le portrait est plus réaliste et bien plus intéressant. D’autre part la critique n’est pas unilatérale, elle n’est ni réductrice, ni simpliste, elle s’adresse également à nos pays occidentaux, à notre mode de fonctionnement, à notre obscurantisme.

Cette heure et demi nous rend plus clairvoyants, plus humains, plus engagés et plus intelligents. Ce film est sans hyperbole un chef d’œuvre. Il mérite d’être vu, revu, adoré, critiqué mais surtout projeté. Parce que le cinéma peut changer les choses et notre regard sur le monde, parce que sous nos yeux tous les jours la folie des hommes engendre des massacres, parce que le cinéma ne devrait pas être snob et élitiste, allez voir À mon âge je me cache encore pour fumer !

Et plus si affinités

http://www.filmsdulosange.fr/fr/film/233/a-mon-age-je-me-cache-encore-pour-fumer

http://www.institut-lumiere.org/actualit%C3%A9s/festival-cinemas-du-sud-2017.html

Enregistrer

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestShare on LinkedInShare on RedditShare on TumblrBuffer this pageShare on StumbleUponEmail this to someonePrint this page

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire