Exposition Les Tudors : comme une passe de rugby …

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Henry VIII, son père, ses six femmes, son mouflet, ses deux gamines dont l’une sera une grande souveraine du monde occidental (et c’était pas gagné car Elisabeth Iere dût gérer avec les stigmates bâtards de l’exécution de son indomptable de mère, Ann Boleyn décapitée au glaive) : allez faire entrer tout ça dans les quatre salles du musée du Luxembourg … forcément c’est laisser en rade ministres, guerres de religion, affrontement entre cathos et protestants, Shakespeare et la cohorte d’auteurs et d’artistes qui vont faire la grandeur de ce siècle d’or, les conquêtes territoriales en Amérique, …

Ou alors on coche la case synthèse/résumé/comprimé : c’est l’option choisie par les commissaires de l’exposition dédiée à la dynastie des Tudors, qui abordent le sujet sous l’angle de la démystification. Pas évident, la famille a fait couler beaucoup d’encre et inspirer foultitude de pièces, d’opéras, de films … jusqu’à la série historique qui a mobilisé l’attention d’un public littéralement fasciné par les mésaventures politico-affectives du grand Henry incarné par le très sensuel Jonathan Rhys Meyers.

Du coup revenir au réel s’avère délicat, car ce clan a proprement révolutionné l’Angleterre, l’a sorti du carcan médiéval pour la propulser dans la modernité avec l’énergie d’une passe de rugby et la vigueur d’entrepreneurs sans vergogne ni pitié. Enclosures, déforestation intensive, démantèlement des monastères, création d’une flotte militaire et marchande, de pays relayé en queue de peloton par un siècle de guerres intestines, les Tudors vont hisser leur nation au rang de puissance européenne, leader diplomatique et tête de proue du protestantisme.

Quant Henry VIII prend le pouvoir, tout est à faire, sur le socle coulé par son padre Henry VII, vainqueur du conflit des Deux Roses, outsider qui cloue le bec aux deux belligérants exsangues que sont les Lancastre et les York. Éjectés du ring en 1487. L’aventure prendra fin en 1603 quand Elizabeth Regina ferme les yeux au terme de presque 45 ans d’un règne splendide mené d’une main de fer et de velours par cette femme d’exception parlant couramment le français, l’italien, l’espagnol, le grec et le latin. Plus d’un siècle donc pour cette tétralogie historique digne d’un Shakespeare, pur produit du temps, et dont chaque acteur mériterait à lui-seul un étage de documentation.

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Autant dire qu’il faudrait un palais complet pour rendre une juste idée de ces Tudors. Aussi le parcours proposé par le musée du Luxembourg pose-t-il de très grandes lignes généralistes sur un champ d’investigation multiple et complexe qu’on ne peut réduire à une seule manifestation. Dommage ? Frustration oui !!!! Et en même temps imaginez le coût d’une pareille ambition ! Le transport des œuvres d’Holbein à elles seules creuserait un gouffre financier, car les portraits du peintre chéri d’Henry VIII sont inestimables à plus d’un titre.

C’est cette frustration même qui traduit l’impact encore tangible et perceptible de cette famille hors du commun. Des Tudors on ne peut faire le tour, c’est la source même de leur pouvoir de fascination, à jamais légendaire. Un mythe dont vous ne découvrirez dans les murs de l’exposition qu’un pauvre petit dixième. Un point de départ pour de plus amples explorations, car ces fortes natures vont à coup sûr attiser votre curiosité, votre haine, votre dégoût, votre admiration. Dans tous les cas ils ne vous laisseront pas indifférents, et vous risquez fort de vous prendre à leur jeu et de devenir supporters malgré vous.

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Et plus si affinités
http://museeduluxembourg.fr/expositions/les-tudors

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