Exposition Dessiner découper : Rodin, trouvailles et pressentiments

Connu pour ses productions tridimensionnelles, pâteuses et plâtreuses, quelquefois plus nobles – en marbre, par exemple –, l’auguste sculpteur Rodin pourrait désormais l’être, tout aussi définitivement, grâce au travail de la commissaire Sophie Biass-Fabiani, pour ses admirables et très nombreux dessins au crayon, à la plume, au pastel, et pour ses papiers découpés augurant ceux des artistes comme Braque ou Picasso ou du Matisse, dernière époque. c’est le propos de l’exposition dessiner, découper tout juste inaugurée au musée Rodin.

Il faudrait s’entendre. Et tenter de ne commettre ni d’anachronisme ni d’innécessaire révisionnisme, s’agissant d’un créateur dont l’œuvre dessinée fut, à juste titre, exposée de son vivant. Non seulement ses dessins servirent d’illustrations à la presse artistique (cf. l’article de Gustave Dargenty dans L’Art, 1883) ou à des ouvrages littéraires (l’exemplaire unique des Fleurs du mal de Baudelaire, 1889 ou Le Jardin des supplices de Mirbeau, 1902), mais ils furent accrochés et à plusieurs reprises bel et bien mis en valeur en tant que tels (cf. l’expo de 75 d’entre eux à Prague en 1902, celle de 300 papiers, galerie Bernheim en 1907, de 140, galerie Devambez en 1908, de 222 à Lyon en 1912). Les prises de vue en intérieur étant relativement rares à l’époque, trace photographique n’a pas été gardée de ces manifestations et il est difficile de savoir quels dessins avaient fait l’objet de ces monstrations.

Au musée Rodin, au lieu de servir, comme il est habituel, à illustrer tel ou tel thème de l’œuvre en 3D, dessins, formes colorées, découpes (semble-t-il au rasoir) de papiers relativement épais, tous de la main de Rodin, acquièrent leur légitimité à part entière. Ils sont, pourrait-on dire, à leur tour appuyés par les œuvres qu’ils ont permis d’élaborer (cf. une tête d’Hanako) ou qui ont inspiré l’artiste qu’on découvre par la même occasion collectionneur (cf. les masques expressifs de la région de Tōhoku). Rodin, comme Bourdelle, n’a cessé de faire des croquis – cf. notamment ceux consacrés à la danse et aux danseuses de tous genres, du style « libre » isadorien, au traditionnel issu du Cambodge ou à celui plus cabaretier (cf. la contorsionniste Alda Moreno). A la fin de sa vie, il cesse de prendre plaisir à modeler la matière et ne fait pratiquement plus que dessiner. Ou de découper, autrement dit, de combiner dans l’espace, de copier-coller par le trait ou par la forme de marionnettes plates, un univers singulier de wayang kulit pré-cubiste, pré-Dada.

Les dessins, duplications sur papier calque et copies par transparence, une feuille vierge posée sur un motif précédemment exécuté, fixé sur la vitre d’une fenêtre, rendu translucide par la lumière naturelle sont, à l’en croire, la « clé de [son] œuvre ». La conservatrice en charge des œuvres graphiques en présente plus de deux cents, de formats assez modestes, mais de toutes sortes de techniques – assumant approximation, inachevé, palimpseste de crayonnage, lavis et rehauts de gouache. Sans détourner ces images de leur but premier (résoudre des problèmes compositionnels, des distributions spatiales, des agencements de figures, des positions d’équilibristes ou d’amateurs de kamasutra), de type préparatoire, il est permis de les considérer pour la beauté qui, qu’on le veuille ou non, s’en dégage. La finesse du trait est remarquable, les monochromes rouges et ocres se passent parfois de tout préliminaire crayonné, les trouvailles et pressentiments sont étonnants de modernité – un seul exemple mais prophétique, invente le personnage à tête renversée, autrement dit le Baselitz avant l’heure.

Et plus si affinités

http://www.musee-rodin.fr/fr/exposition/rodin-dessiner-decouper

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