Exposition Caro/Jeunet à la Halle Saint Pierre : « Qui a volé le rêve de l’enfant ? »

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L’un à la direction artistique, l’autre à la mise en scène : de film en film, Caro et Jeunet se répartissent les rôles, accouchant de véritables joyaux cinématographiques. Delicatessen, La Cité des enfants perdus, Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain, Un Long dimanche de fiançailles, Alien Résurrection, Micmacs à Tire-Larigot, L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux TS Spivet, Dante 01, sans compter quelques court-métrages, des animations et un pilote de série TV dédié à Casanova, ces deux messieurs, ensemble ou séparément, ne cessent de compter la même histoire.

Des êtres à part, uniques, en marge, qui luttent avec les moyens du bord contre un système écrasant de bêtise et de brutalité ignare. Artistes, saltimbanques, voyous, miséreux, ou simples quidam … Leurs armes : l’imaginaire, la poésie, la sincérité, … et le Do it Yourself. Dans l’esprit de Jacques Tati, les Deschiens, Beckett, Fellini. Dans ces univers glauques au possible, où le sépia oranger voisine avec le bronze, le fluorescent, l’objet, vieux, patiné, HS, défoncé, reprend vie, réanimé par des héros qui ne manquent jamais de créativité ni d’audace. Autant dire que chaque film du tandem se singularise par son décor et ses accessoires, travaillés au détail près.

Ce sont ces protagonistes essentiels que l’exposition Caro/Jeunet tout juste inaugurée à la Halle Saint Pierre met en exergue, dans la sombre salle du rez de chaussée. Le lieu n’a rien de hasardeux : située dans ce Montmartre si souvent célébré par les deux artistes, la Halle est un centre névralgique de l’art brut et outsider, omniprésent par ses conceptions et son essence dans la logique de ces cinéastes ; ainsi les machines de Gilbert Peyre s’inscrivent dans l’atmosphère de Micmacs à Tire-Larigot, la créature d’Alien est une production de Giger, les décors de Delicatessen évoquent les maquettes de Sévellec, quant à l’atmosphère de La Cité, elle célèbre cet art des foires et des grands tatoués que Hey ! porte depuis des années.

La filmographie de Caro et Jeunet s’inspire de ces œuvres quand elle ne les met pas en action ; elle les place en contexte de manière récurrente, les resituant dans une folie protectrice, une démesure du quotidien qui par de nombreux côtés expriment l’état d’esprit de l’art brut, pauvre, modeste, ce cri spontané, presque viscéral, de survie. Un art pour rien, un art pour tous, drôle, décalé, subtil. Un rempart pour éviter la noirceur d’un monde qui tue, enlève et rançonne, cannibalise, produit les monstres et la mort en série, par avidité d’argent et de pouvoir. L’ultime solution contre l’Apocalypse. Ne soyez pas étonnés alors que l’ensemble de cette rétrospective soit parquée dans les ténèbres du rez de chaussée de la Halle, bien au chaud derrière un rideau épais comme celui de la baraque aux freaks dans un cirque de banlieue.

Cet espace est traditionnellement consacré aux ombres intérieures, à la cruauté, au secret des perversions humaines, modulés d’oeuvre en œuvre comme un silencieux hurlement, une confession malsaine et insidieuse. Les hybridations inventées par Caro et Jeunet y prennent une saveur amère, reflets des pires fantasmes, soudain convoqués pour être mis en œuvre, projection d’âmes innocentes et contraintes à la lutte. Ce cabinet de curiosités a tout de la galerie monstrueuse, du cerveau d’un prétendu Frankenstein obsédé par d’improbables combinaisons visionnaires. C’est là tout l’intérêt de cette rétrospective que de dévoiler pareille cabalistique, véritable ressort d’une fable sans fin résumé en une réplique phare : « qui a volé le rêve de l’enfant ? »

Pour consulter l’album photos de l’exposition, suivez le lien.

Et plus si affinités

http://www.hallesaintpierre.org/2017/06/27/caro-jeunet/

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