Exposition Alphonse Mucha au Musée du Luxembourg : la bohème aux deux sens du terme

« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (…)

C’est là qu’on s’est connu moi qui criait famine et toi qui posais nue… ».

La bohème, aux deux sens du terme, pourrait s’appliquer aux débuts de la vie parisienne d’Alphonse Mucha au tournant des années 1880 dont rend compte l’exposition que lui consacre le Musée du Luxembourg sous la houlette de la commissaire Tomoko Sato. Né en 1860 en Moravie, Mucha travaille un temps comme décorateur théâtral avant d’entrer à l’Académie des beaux-arts de Munich grâce au soutien financier du comte Eduard Khuen-Belasi. Il s’installe à Paris en 1887 où il continue à affiner sa technique dans les académies Julian puis Colarossi. Privé du mécénat comtal, suit pour lui une période de vaches maigres où il fréquente … la crèmerie de Mme Charlotte Caron, rue de la Grande-Chaumière, avec d’autres rapins parnassiens, en particulier les Nabis. Il se lie à Paul Sérusier, à Gauguin, travaille comme illustrateur pour Armand Colin et donne des cours de dessin à l’école fondée par Filippo Colarossi.

Au moment où naît le cinématographe, Mucha magnifie la tragédienne Sarah Bernhardt dans le rôle-titre de Gismonda, un drame de Victorien Sardou. Le succès du peintre désormais affichiste est immédiat. Il signe un contrat de six ans avec la diva des planches encore en parfait état de marche, poursuit son intégration dans le milieu parisien grâce aussi à son initiation au Grand Orient de France, obtient des commandes du gouvernement autrichien pour la décoration du pavillon de la Bosnie-Herzégovine à l’Expo 1900, reçoit la légion d’honneur et épouse une de ses étudiantes, la jeune Marie Chytilová. Il séjourne aux États-Unis où il fait la connaissance du mécène Charles Richard Crane. Après la fin de son contrat avec Sarah Bernhardt, il donne des cours à l’Art Institut of Chicago.

Le nom de Mucha est automatiquement associé à l’Art nouveau, dont il est l’un des iconologistes les plus insignes. Continuent à nous atteindre encore aujourd’hui ses représentations de modèles féminins ou de jeune filles modèles, le corps à peine voilé par des tenues antiques ou médiévales teintées de pastel, la silhouette soulignée par une ligne claire – et nette –, sans repentir notable, à la courbure idéale, fusion féerique du fond et de la forme, du sujet et de l’objet, des espèces humaine et végétale. La scénographie de l’Atelier Maciej Fiszer tient compte de la verticalité des formats et de la beauté des visages ne visant pas spécialement à aguicher. Elle sacralise une production relevant jusqu’à peu de l’art mineur, nous fait découvrir un pan de l’œuvre de Mucha moins connu, plus aérien que terrestre, plus spiritualiste que charnel, vaporeux, flou pour ne pas dire… abstrait comme le sera celui de l’autre Tchèque fameux – Kupka.

L’exposition valorise la part militante, tchèque, panslaviste du peintre (cf. son « magnum opus », L’Épopée slave) et parvient à entretenir le mystère, une fois l’attention captée. Nous découvrons alors les prises de vue photographiques, les incursions dans la troisième dimension – celles des bijoux, boucles d’oreille, colliers, bagues, broches –, ainsi que d’immenses formats. Le but de l’exhibition n’étant pas l’exhaustivité mais la présentation de la variété de l’œuvre d’un « artiste aux multiples facettes », ainsi que le qualifie Tomoko Sato, ces salles méritent le déplacement. La peinture, dès lors, semble n’avoir d’autre dess(e)in qu’elle-même, bien que l’artiste ait prétendu vouloir « être un illustrateur populaire [plutôt] qu’un défenseur de l’art pour l’art. »

Et plus si affinités

https://museeduluxembourg.fr/expositions/alphonse-mucha

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