Eugène Labiche en cinq pièces clés : le rire à l’honneur !

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Réveillon du Nouvel An : tandis que la plupart se précipitent en soirée, nous nous calons bien au chaud devant notre tranche de saumon et notre pavé de bœuf mariné, pour déguster le pur plaisir de ce coffret DVD consacré à Labiche mis en scène par la Comédie Française, le tout propulsé par nos petits camarades des éditions Montparnasse.

Soit les incontournables du dramaturge : Doit-on le dire ?, La station Chambaudet et La Fille bien gardée mises en scène par Jean-Laurent Cochet, La Poudre aux yeux mis en scène par Jacques Charon et Le Voyage de monsieur Perrichon mise en scène de Jean Le Poulain. Des gros succès, des pièces plus discrètes, des opus en un acte, … le tout orchestré et joué par trois des meilleurs metteurs en scène en la matière – et avec un casting d’exception : Yvonne Gaudeau, Françoise Seignier, Michel Duchaussoy, Jacques Sereys, Claude Giraud, Paule Noëlle, … j’en oublie tellement il y en a.

Une troupe prestigieuse qui a fait les grandes heures de cette institution dans les années 70 … et qui lui a donné un air de folie en mode colonie de vacances pour grands enfants qu’on n’est pas prêt d’oublier. Avec un esprit de camaraderie, une complicité et un plaisir palpables et délectables pour les interprètes … et le public visiblement conquis. Il faut dire que pour jouer les facéties de Perrichon, les roucoulades de Doit-on le dire ? ou les veuves quadra enamourées de La Station Chambaudet, il ne faut vraiment pas se prendre au sérieux … et être un bosseur exigeant. Parce Labiche, à jouer, … c’est rock’n roll. Avec Feydeau et Courteline, il complète la triade des vaudevillistes français prestigieux. Et c’est ça qui est bien. Parce que ça fait rire ! Aux éclats !

Eugène Labiche n’avait pas son pareil pour dépeindre les travers de ses contemporains, leurs mesquineries, leurs ridicules, leur bêtise de bon bourgeois satisfait. Son arme : le vaudeville donc, un genre qu’on qualifierait volontiers de secondaire si l’on ne prenait en compte les difficultés qu’il impose en matière d’écriture … et de jeu. Eh oui ! ce n’est pas du tout évident de faire rire, c’est même parfois complexe pour ne pas dire ardu. Il faut tenir la cadence et le registre. Et s’il est déjà délicat de composer une mécanique où péripéties rocambolesques, personnages farfelus et jeux de mots accrocheurs se mêlent sans s’étouffer ni tomber dans l’excès du grotesque, il est encore plus difficile d’en interpréter le texte avec justesse et disons le retenue.

Victor Hugo et son Ruy Blas n’ont pas le monopole du coriace en matière dramaturgique ; en cela Labiche se défend très bien. L’interpréter sur scène est assez glissant, amateurs s’abstenir. Un exercice auquel les acteurs de la Comédie française se sont pourtant toujours essayés avec succès. La Grande Maison est exigeante en matière de compétences, on n’y entre pas comme dans un moulin et les sociétaires sont tenus de passer sans répit de la tragédie la plus sombre de Racine aux éclats burlesques de ces auteurs chers au XIXème siècle. En un claquement de doigts. Grand écart stylistique qu’ils accomplissent d’un geste et d’une tonalité de voix (ils n’ont gère le choix avec une prog qui peut alterner sans complexe Marivaux en après midi … et Bourdet en soirée).

Il faut avoir les épaules, et ils les ont. Légers et professionnels même quand ils poussent la chansonnette dont l’humoriste adorait truffer ses textes – n’a-t-il pas travaillé avec Offenbach dont il reprend les morceaux de bravoure tirés de La Périchole, La Grande Duchesse de Gérolstein ou La Vie parisienne, avec des paroles à se rouler par terre (les textes initiaux étaient déjà cocasses, mais cette version inattendue et cocasse vous fera pleurer de rire). Vous l’aurez compris : le mariage Labiche/Comédie française tient bien la route. Dixit les 5 pièces que nous avons dévorées avec un bonheur non feint et ces petits plus savourés avec la délectation de spectateurs en mal d’évasion :

  • la diction des acteurs : c’est peut-être du vaudeville, le texte est néanmoins prononcé à la voyelle prêt, avec l’exigence d’un alexandrin ;
  • l’intégration des parties chantées dans les répliques avec parfois cette impression hilarante de regarder Les demoiselles de Rochefort en crinoline ;
  • des crinolines, justement et des costumes superbes, colorés, travaillés, d’époque, élégants, beaux, aussi bien pour les hommes que pour les femmes ;
  • des décors ingénieux, notamment celui de La Station Chambaudet qui se métamorphose à vue, avec des panneaux tournants, des meubles qui s’inversent et un lustre qui s’ouvre et se referme comme par magie ;
  • des figurants ! oui, des figurants, et des acteurs de compétition dans les seconds rôles… et même un chien, un vrai … avec un nœud bleu assorti à la toilette de sa maîtresse.

Situations impossibles, maris, femmes, amants, chansons, humour, caricature, costumes et décors léchés : on aime, on en redemande, parce que c’est drôle, parce que c’est intelligent, parce que ces histoires d’ego déplacés nous aèrent un peu les méninges tout en demeurant d’actualité car lles expriment la vanité humaine, parce que c’est une leçon de théâtre qui s’ignore.

Et plus si affinités

http://www.editionsmontparnasse.fr/p1447/Eugene-Labiche-Coffret-DVD

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