Elizabeth Iere : portrait de femme, biopic captivant et leçon de politique

L’année 2005 a vu la sortie du film The Queen de Stephen Frears, qui relate la crise traversée par la monarchie anglaise après le décès de la princesse Diana. Dans le rôle d’une reine entravée dans les principes rigides de l’étiquette et du protocole, une Helen Mirren sidérante de justesse, récompensée pour cette prestation de qualité. On oublie cependant que la même année, l’actrice a interprété avec autant de fougue Elizabeth Iere dans un film éponyme diffusé sur Channel 4 puis HBO. Un film qui relate les grandes heures de cette souveraine du XVIeme siècle … et les grandes crises politiques qu’elle dût traverser.

Le réalisateur Tom Hooper a eu fort à faire pour concentrer en trois heures et demi les enjeux diplomatiques, économiques et religieux que la fille d’Henri VIII dut gérer. Cela sans effacer le conflit personnel qu’elle subit en tant que femme, s’interdisant le mariage et la maternité pour neutraliser toute prise de pouvoir par un époux qui l’aurait automatiquement supplantée. Nous sommes en pleine Renaissance, les guerres de religion font rage et dans ce conflit, l’Angleterre anglicane incarne la tête de proue du camp protestant face aux ultra catholiques.

Déjà fragilisée par son statut de femme, arrivée sur le trône après avoir été déclarée bâtarde par son propre père, Elisabeth devient une cible pour les papistes. Et les assassins fanatiques ne manquent pas. Dans un décor restituant les fastes de l’époque, ce film en costumes (flamboyants du reste) dessine une époque violente, déchirée par les querelles et les ambitions, où la vie est peu de choses. Cette figure de reine puissante et dominatrice tangue régulièrement entre passions amoureuses inabouties et inflexibilité d’une monarchie absolue, qui doit s’affirmer pour ne pas être balayée par des ennemis nombreux et féroces.

Guerres, rebellions, amours impossibles, Helen Mirren construit une Elisabeth changeante, grande et intelligente, névrosée certes, manipulatrice quand il le faut, séductrice puis menaçante, histrionique, en quête d’affection, mais toujours prompte à privilégier son trône et son pays, sachant s’entourer des plus fidèles serviteurs, capable de broyer sans aucune miséricorde les favoris qui la trahissent. C’est un portrait dur, sans concession, qui confronte les élans du coeur et la raison politique. On en retire plusieurs enseignements :

  • la gestion d’un pays doit se situer entre valeurs que jamais on ne transgresse et concessions mûrement pesées ;

  • l’être de pouvoir ne peut privilégier sa vie intime, il se donne pleinement à la nation qu’il gouverne et qu’il sert ;

  • il faut toujours se méfier des ambitions de ses proches, et savoir les neutraliser ;

  • la passion, l’émotion et l’immédiateté n’ont pas leur place en politique.

De fait, si le film de Tom Hooper constitue un divertissement de qualité et relate avec adresse un pan d’Histoire essentiel, il offre aussi un point intéressant sur les choses de l’État, les rouages, les ficelles et les leviers qui en activent, en freinent la dynamique. A ce titre, et à l’heure où la spontanéité et l’affect dictent notre rapport au pouvoir, il serait bon de visionner cette fresque prenante, qui reflète des problématiques universelles.

Et plus si affinités

http://www.hbo.com/movies/elizabeth-i

http://www.channel4.com/programmes/elizabeth-i/on-demand/39939-001

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