Dos au mur : Gomorra à la danoise

Et c’est parti pour un nouvel opus à inscrire dans notre rubrique « Les contes des 1001 séries ». Dos au mur nous entraîne dans les arcanes du narcotrafic danois, dans ce qu’il a de plus calculé et de plus dangereux. Au cœur de l’intrigue, la question du blanchiment de l’argent, des millions accumulés qu’il faut faire disparaître du circuit puis réinjecter comme par magie sur les compte en banque des gros dealers.

Une piste que les policiers peinent à suivre, préférant les saisies de stocks de drogue spectaculaires au travail de fourmi de la traque financière, plus lent, plus ingrat, plus intellectuel aussi. Pour secouer ses collègues de leur cowboy attitude, Alf, limier émérite mais borderline, a bien des difficultés. Face à lui, un pourvoyeur d’une rare intelligence, jeune archange blond et mystérieux du nom de Nicky, dont on comprend vite qu’il est bien plus qu’un sous-fifre. Et pour corser le ton, Anna, banquière géniale en mal de reconnaissance qui tombe dans la fraude fiscale comme on se venge, pour enfin accéder au statut qu’elle convoite tant.

Autour de ces trois personnages centraux, d’autres policiers, d’autres dealers, d’autres banquiers. Avec qui il va falloir composer, échanger, négocier, qu’il faudra peut-être acheter, menacer, éliminer. Sans pitié. Cela ne laisse guère de place aux émotions, aux affects, aux élans du cœur et de l’âme … qui sont pourtant là, irrépressibles et foutrement dangereux pour la zone de confort de chacun. Un fils abandonné qu’on veut élever, une maîtresse adorée qui se dérobe, un mari devenu indifférent. Bref autant de vies de merde qu’on cherche à sublimer comme on peut, par l’argent, le challenge, la transgression.

C’est justement la force du scénario forgé par Jeppe Gjervig Gram et Søren Balle, qui nous viennent de Borgen et Au nom du père. Leurs protagonistes ont beau être des flics et des voyous, ils n’en sont pas moins des êtres humains. Et cette humanité pèse comme un fardeau sur leurs épaules déjà fragiles, alourdies par le contexte dans lequel ils évoluent. Leur univers est d’une rare dureté, ne laisse prise à aucune pitié, n’autorise aucune attachement, aucune confiance … d’autant plus que les dés sont pipés dés le début. Dans cette histoire, l’argent demeure le seul fluide vital, la banque gagne forcément, protégée par la société, le politique.

Søren Balle, par ailleurs réalisateur, met cette mécanique en évidence caméra à l’épaule, privilégiant une approche très nerveuse de l’image et du rythme, des couleurs froides, des cadrages très serrés qui saisissent en un instant le durcissement des protagonistes, leur déshumanisation instantanée dés qu’il s’agit de protéger le territoire, l’activité, le business. On retrouve beaucoup de l’esprit Gomorra dans Dos au mur, autant de violence contenue, autant de calcul, autant d’humanité paumée. Sauf qu’on est à Copenhague et non plus à Naples. De quoi confirmer, s’il le fallait encore, les analyses de Saviano sur la mondialisation mafieuse.

Récapitulons. Dos au mur, aka Bedrag 3, se détache de deux premières saisons plutôt complexes et alambiquées pour offrir une narration autrement musclée et autonome. Cette nouvelle orientation mérite le détour car elle propose une intrigue haletante focalisée sur le cheminement de l’argent sale, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Son déroulé est particulièrement accrocheur, ses personnages fascinants, attachants car complexes. Bref n’en faites pas l’économie, c’est un véritable bijou qui apporte un regard différent sur la série policière en général et le thème du drug dealer et du flic borderline en particulier.

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-017778/dos-au-mur/

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