Dialogue des Carmélites à l’opéra de Lyon: entre Gethsemani et Thermidor

En ce début de saison à l Opéra de Lyon une belle rencontre nous attend, celle de Poulenc, Bernanos et Honoré. Une histoire tragique, celle des Carmélites de Compiègne condamnées a mort pendant la Révolution française.

Le réalisateur Christophe Honoré nous avait déjà enchanté avec Les chansons d amour ou Non ma fille tu n’ iras pas danser. La musique déjà omniprésente dans son œuvre se fait ici personnage central pour cette première mise en scène d’opéra. Comment comprendre le parti pris pour la modernité sur cette adaptation du Dialogue des carmélites ? Cette œuvre chargée du poids de l Histoire s’éloigne ici notre Révolution de 1789. Nous sommes en effet plongés dans un anachronisme flou, quelque part entre la Seconde Guerre Mondiale et notre époque. Ce choix risqué et parfois difficile à cerner nous permet pourtant de découvrir un autre carmel. Loin d’une vision de morosité, nous découvrons ici une micro société féminine où chacune exprime sa singularité.

L opéra découpé en trois actes et douze tableaux partage une ligne de chant très nette. Il n’y a ici aucune volonté d impressionner par des artifices. Le style récitatif et lyrique se maintint avec un bonheur constant pour évoquer le tragique de l’œuvre. En ce sens, Kazushi Ono chef permanent de l Opéra de Lyon était la personne parfaite pour la direction musicale. Une interrogation, posée par Poulenc lui même, s impose a nous : que dirait-on d’un opéra sans intrigue amoureuse ? Le tragique sert ici à montrer des passions plus mystiques que charnelles. Cependant ce sont des sentiments terriblement humains qui y sont contés : la peur, l orgueil, l’altruisme ou encore l angoisse de la mort.

Pourquoi et pour qui meurt-on ? En martyre, pour une foi qu’on a choisi plus par dépit que par envie comme en témoigne Blanche de la Force, mais aussi pour montrer sa face humaine lorsqu’on est une personne de foi à l’exemple de l’agonie de la mère supérieure. Les religieuses du carmel rachètent par leurs vies la cruauté toute entière d une révolution qui au nom de la liberté les prive de la leur. Entre le mystique Gethsemani et l historique Thermidor, la portée religieuse et de mémoire témoigne de ce mystère du martyre. Comme il est écrit en exergue sur la première page de la parution : « que Dieu m éloigne des saints mornes ». Cette phrase de sainte Thérèse n a pas été choisie au hasard par Poulenc.

Le paroxysme de l œuvre se trouve au moment du fantastique « Salve Regina », original et bon liturgique. Le tragique et le pathos ne résident pas dans une quelconque surprise. Tout comme les sœurs, nous savons qu’elles vont monter à l échafaud. Cette chute vers l’au-delà s inscrit dans un moment d une rare violence. Blanche qui arrive au carmel guidée par la peur choisit de livrer sa vie avec courage en chantant les quatre derniers passages du « Veni creator ». Nous retenons notre souffle devant tant d émotion …

 

Et plus si affinités

http://www.opera-lyon.com/spectacles/opera/fiche-opera/fichespectacle/dialogues-des-carmelites/

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