Des Hommes d’influence : histoire de prestidigitation politique

Ah, je suis vraiment d’humeur taquine en ce moment, ça doit être la météo … et l’actu. Tandis que je suis les auditions de la commission d’enquête parlementaire tentant de percer à jour les méandres du Benallagate, que je scrute les interrogatoires des sénateurs, que je rebondis d’article en interview, je saisis au vol cet esprit complotiste que chaque camp s’envoie à la tronche comme une balle de golf chargée d’acide. Et je me rappelle soudain l’excellent Des hommes d’influence de Barry Levinson, que je m’empresse de revoir, avec délectation.

Une fois de plus, Conrad Brean débarque en catimini à la Maison Blanche ; c’est toujours lui qu’on appelle quand une merde survient. Et celle-là est de taille : à quinze jours des élections, le président sortant s’est fait chopé dans le bureau ovale en train de tripoter une chef scout. Mineure. Le genre de news qui ne doit surtout pas fuiter. Consultant de l’ombre, spécialiste émérite de la gestion de crise Brean est un ponte en matière d’escamotage. Pour étouffer le scandale, il a la solution : déclencher une guerre.

Pas une vraie, bien sûr. Une guerre de pacotille, un conflit-fiction avec un pays lointain dont le ricain de base ignore jusqu’à l’existence. Et pour donner de l’épaisseur à cette illusion, rien de mieux qu’un producteur de ciné, le génial et auto-centré Stanley Motss, que Brean va débusquer dans sa somptueuse villa de Los Angeles, avec l’aide de la chargée de communication Winifred Ames. Le trio va alors tisser cet énorme mensonge d’État, sous forme d’un scénario à rebondissements, qu’il faut réadapter à chaque réaction de la presse et de l’opposition.

Storytelling, gestion de l’image, marketing de l’attention, manipulation des émotions, exploitation des média … ce film hilarant est une véritable leçon en matière de communication de crise et de prestidigitation politique, où tous les coups sont permis, y compris les plus tordus. Satirique à souhait pour ne pas dire cynique, l’intrigue, inspirée du roman Wag the dog dfe Larry Beinhart tourne en dérision les théories du complot, notamment celles portant sur la non existence des Guerres du Golfe, … et en profite pour tailler des croupières à l’impudence coupable des gouvernants et de ceux qui les épaulent, en dehors de tout code moral.

Pour concrétiser cette épopée rocambolesque, Robert De Niro et Dustin Hoffman se donnent la réplique du tac au tac, que c’en est un véritable bonheur. Le premier incarne l’éminence grise, le second le producteur fantasque et frustré, les deux vont devoir gérer des situations ubuesques, dans un secret absolu que le producteur aura bien du mal à garder, enthousiasme oblige. Derrière la caméra, Barry Levinson plonge son film dans la pénombre, tout en adoptant une narration nerveuse, collant parfaitement à l’urgence de la situation et à la dinguerie du propos. On se laisse emporter, avec en fond les accords de Marc Knopfler, mélodies un brin mélancoliques qui soulignent le tragique à l’œuvre dans cet aveuglement volontaire.

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.