Dérapages : le plus monstrueux des deux

C’est l’histoire d’un troisième mec … J’ai hésité à titrer cet article dans la continuité de celui consacré à Barry Lyndon. Il faut dire que Alain, le personnage central de Dérapages a un petit côté anti-héros à la Thackeray. Je me suis retenue. Je me demande si j’ai bien fait.

Alain Delambre donc, la soixantaine à l’horizon, ancien DRH viré comme une merde de son entreprise, qui depuis des années vivote de petits boulots, entre humiliations répétées, dépression, son couple qui prend l’eau comme son appart … ses filles qui vont leur chemin et avec qui il peine à échanger, son gendre qu’il ne peut souffrir. Un pur produit du management et de ses dégâts, un type déjà enclin à la brutalité, désormais à la limite de la rupture. Un gars profondément en colère, ultra bordeline. Prêt à exploser.

Ce qui ne manque guère d’arriver quand il est convoqué pour un entretien d’embauche un peu particulier pour intégrer ou pas une très grosse boite industrielle qui cherche LE DRH parfait, celui qui aura suffisamment de tripes et aucun scrupule pour virer 1200 employés dans une usine du groupe, jugée pas assez rentable. Et pour repérer la perle qui s’acquittera parfaitement de ce sale boulot, le recruteur et le PDG ne trouvent rien de mieux que d’organiser comme jeu de rôles une prise d’otages. Qui, on s’en doute, va tourner en eau de boudin quand Alain vrille complètement en plein milieu. Vrille ? En est-on si sûr ? A moins que …

Voici le pitch de la série bien nommée Dérapages, scénarisée sur le fil du rasoir par Pierre Lemaître qui adapte ici son livre Cadres noirs. Avec, derrière la caméra Ziad Doueiri, réalisateur de Baron Noir, et devant, Eric Cantona. Autant vous dire que les six épisodes de ce polar diabolique vont vous prendre à la gorge et ne pas vous lâcher. Avec une question lancinante : qui est le plus dingue ? Le plus manipulateur ? Alexandre Dorfmann, pDG d’une froideur de reptile, calculateur, sans aucune morale, un pur requin interprété par un Alex Lutz sidérant ? Ou cette victime de la société, dont Cantona doucement fait apparaître les failles, la dureté, l’intransigeance …

Lequel ici est le vrai loup ? C’est toute la question, qui pèse lourd dans la balance d’une société capables d’engendrer pareils monstres. A voir donc, le scénario est haletant, la réal parfaite, l’interprétation au cordeau. Et le propos absolument d’actualité.

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-016399/derapages/