(Dé)Confinement, une psychologie de l’incertitude

Un mois … oui chers lecteurs, un mois que nous sommes enfermés chez nous, pandémie covidienne oblige. La deadline du 15 avril avait eu le malheur de s’imprimer un peu trop fortement dans la tête de certains de nos compatriotes. L’espoir de reprendre une « vie normale » s’est envolé avec les paroles de notre président, rappelant phrase après phrase le caractère exceptionnel de la situation que nous subissons en France et dans le monde. Situations professionnelles, personnelles et familiales, c’est peu dire que nous ne sommes pas égaux face au confinement. Tous n’ont pu passer au télétravail, l’enfermement n’est pas le même dans un studio et une maison de campagne. Les réserves alimentaires et financières s’amenuisent, déjà dans certains quartiers, les familles précaires se multiplient qui, privées de subsides du jour au lendemain, ne peuvent se nourrir convenablement. 

Anxiété

Le déconfinement envisagé le 11 mai ajoute une inquiétude supplémentaire, car on redoute un redoublement des contagions. Nous avions tous, il y a quelques semaines, un florilège d’idées, d’envies, de nouvelles choses à faire, à voir, à apprendre, … Cet arbre des possibles s’est éclipsé derrière une forêt vierge, celle de l’incertitude et l’anxiété qu’elle engendre. Ce sentiment très particulier, peu agréable, de subir une situation dont nous ne sommes pas maîtres, nous mine progressivement. Cette angoisse avait déjà connu un pic avec le prolongement du confinement annoncé le 15 mars, elle augmente avec l’incertitude du lendemain en matière d’organisation, de préservation, dans un flot d’annonces et de mesures contradictoires.  Comment alors faire pour gérer cette inquiétude ? Vivre un peu mieux la crise actuelle ?

Incertitude 

Abordons la question de l’incertitude d’un point de vue psychologique, ce qui est mon champ d’action. L’incertitude vient s’opposer à un besoin humain très fort, celui de savoir ce qui nous attend, ce qu’il va se passer ensuite afin de pouvoir anticiper. Il faut bien comprendre que notre cerveau n’aime pas l’imprévu, il déteste ça, préfère le contrôle pour ne pas être pris au dépourvu et apporter une réponse rapide à une situation opaque, clarifier une réflexion confuse : c’est ce que l’on appelle la coupure cognitive. Prenons un exemple pour mieux comprendre : vous venez de passer un entretien d’embauche, attendez la réponse du recruteur, réponse qui tarde à venir. L’attente est insupportable, vous décrochez le téléphone pour en savoir plus, être fixé sur votre sort. C’est typique d’une coupure cognitive. Et cela s’applique parfaitement à la crise que nous traversons actuellement.

Contradiction

Nous vivons une période de grande incertitude où nos attentes contredisent les signaux que nous percevons de la réalité. Il y a un mois, nous espérions sortir le 15 avril, puis maintenant le 11 mai… Et après ? Nous sommes bombardés d’informations contradictoires qui alimentent notre sentiment de mal être. Nous avons alors besoin de chercher des informations pour comprendre, simplifier ce problème très complexe et réduire cette attente. Et c’est bien ce qui est insupportable en ce moment : ne pas savoir, ne pas trouver les bonnes informations, les données fiables pour comprendre. Nous sommes fatigués de cela est c’est tout à fait normal. Notre tolérance à l’incertitude consomme énormément de ressources cognitives, qui sont aussi limitées. D’autant plus que nous sommes très loin d’être d’avoir tous accès aux mêmes ressources. 

Acceptation

Il n’existe qu’un moyen pour lutter contre cette angoisse, c’est d’accepter. Accepter d’être ignorant, accepter de ne pas tout comprendre, accepter de ne pas avoir toutes les informations. C’est le seul moyen d’échapper à l’angoisse du lendemain qui nous ronge. Bref il va falloir faire preuve de stoïcisme. Cette angoisse est notre ennemi, elle nous fait du tort en nous amenant à multiplier les raccourcis. En psychologie, on les appelle les heuristiques de jugement. Je m’explique : des individus ayant à lister 6 exemples de réussites ont une meilleure estime d’eux-mêmes que ceux ayant à en fournir 12 selon une étude en psychologie sociale de Scvhwarz en 1991 au sein de l’université du Michigan. C’est une heuristique, un mécanisme nécessaire pour effectuer plus simplement un jugement, économiser nos ressources cognitives et donc faire face à l’incertitude. Malheureusement, aussi pratiques que soient ces schémas mentaux, ils mènent parfois à des biais dans la réflexion et la prise de décision. C’est ce qui pousse à se tourner vers les théories du complot et les analyses douteuses qui fleurissent sur la toile cette période de crise. 

Déculpabilisation

Accepter, lâcher prise, … Facile à dire me direz-vous … eh bien oui. Et cela commence par jeter aux oubliettes notre culpabilité ! Au diable les grands projets, nous ne sommes pas tous des créatifs nés et nous n’avons surtout pas tous les mêmes envies ! Arrêtons de nous retourner le cerveau parce qu’à ce jour nous n’avons pas réalisé nos To Do liste gargantuesques !  Surtout quand celles-ci regroupent pêle-mêle des activités aux antipodes les unes des autres : apprendre à coder comme Steve Jobs, devenir bilingue français/suédois, cuisiner comme Etchebest, savoir tourner comme Christopher Nolan ou découvrir le prochain vaccin dans sa cuisine … Soyons humbles avec nous-mêmes. Notre maison regorge de possibilités d’occupations et de nouveaux apprentissages : lire, écrire, dessiner, cuisiner, décorer sans chichis et sans recherche de performance aucune. N’ayons aucune honte de vaquer à nos activités confinées, aussi ridicules soient elles et dans la tenue qui nous plaît ! Nous n’aurons aucun compte à rendre une fois sortis de chez nous. 

Partage

Prenons d’abord soin de nous : faire du sport, cuisiner, bricoler, chanter, danser, écrire, dessiner, découvrir de nouveaux films, séries, (à choisir parmi les innombrables chroniques de The ARTchemists bien sûr), méditer … Prenons ensuite soin des autres, ceux qui nous sont proches, et pourquoi pas, les un peu moins proches. L’être humain est un animal social ; un peu de contact, aussi virtuel soit-il, ne peut qu’être source de bien-être. Partager un instant de cuisine en visio, lire à un proche un chapitre de votre livre du moment, écouter la radio et débattre ensemble, prendre un café, l’apéro par skype conf … Nombreux sont les services gratuits durant le temps du confinement qui permettent un échange. L’occasion de reprendre contact, de créer du lien, pourquoi pas d’échanger des idées sur ce que les autres font et expérimentent : l’occasion de glaner de nouvelles idées !

Apprenons, seuls et ensemble, à danser sous la pluie le temps que l’orage passe, comme le suggérait Sénèque, une idée plus que juste en ces temps si particuliers !

Et plus si affinités

Les heuristique de jugement https://fr.wikipedia.org/wiki/Heuristique_de_jugement

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