Daniel Darc – Pieces of my life : récit d’une vie en morceaux …

28 février 2013 : Daniel Darc est retrouvé mort dans son appartement … overdose de médocs, œdème pulmonaire … la nébuleuse rock hexagonale est en deuil, les hommages pleuvent, les regrets éternels … pas un pour s’étonner d’une pareille longévité. Écorché vif de naissance, camé notoire, chantre de l’autodestruction, Darc aurait dû rejoindre le club des 27 en majesté. Il attendra 53 ans pour tirer sa révérence, laissant un vide colossal dans un paysage musical qu’il avait coutume de secouer avec ses rages tranquilles et ses textes au scalpel.

Comme une homélie, Daniel Darc – Pieces of my life revient sur ce miracle long d’un demi-siècle, cette existence vouée à une mort qui ne vient pas, une valse hésitation avec une Faucheuse soudain effarouchée par l’audace de cet aède maudit et fier de l’être, culpabilisé par cette survie incompréhensible, surréaliste. Depuis les premières heures de Taxi Girl jusqu’à la résurrection de Crève coeur en passant par une carrière solo chaotique et le puissant « Nijinski », Marc Dufaud et Thierry Villeneuve exhument photos, films, interviews, rencontres, extraits de concerts et autres artefacts pour décomposer la légende, percer à jour le mystère.

Mais le mystère demeure, mystique. Daniel Darc considérait Artaud et Nijinski comme des saints modernes, et son chemin de croix l’associe à cette consécration, lui qui vécut en marge perpétuelle d’une société malade. « J’ai envie de mourir comme tous les jours » murmure-t-il sur les accords du compositeur Frédéric Lo : prophétie qui tardera à s’accomplir, alourdissant le fardeau de cette existence de damné, consumé par l’héroïne comme d’autres s’élèvent par l’hostie. Prenant, le documentaire fouille les souvenirs, traque les ombres, tente de saisir un fantôme qui nous obsède quand il ne demande que le repos.

Le vide est là, tandis que les références s’accumulent : Artaud donc, mais aussi Genêt, Lautréamont, Rimbaud, le Velvet Underground, Patti Smith … avec en contre-point les spectres de Johnny Thunders et Ian Curtis, l’ombre du regretté Pierre Wolfsohn … nonchalant, désincarné, androgyne, Darc n’en finit plus de côtoyer les morts sans jamais parvenir à les rejoindre. Alors il nous berce et nous perce de ses mots vénéneux, dans un doux murmure empoisonné, une séance d’ASMR aux effluves amères de flagellation sourde. Daniel Darc – Pieces of my life annule ainsi le charme propre au rock, fouille le terrible anathème qui frappe le punk dans son désir nihiliste le plus enraciné.

Au fil de ces images dérangeantes dans leur simplicité, leur crudité, leur sincérité, Daniel Darc s’érige en un oxymore artistique d’une beauté foudroyante dans sa souffrance alimentée, choyée, à la fois martyre volontaire et bourreau sans pitié, se crucifiant au quotidien pour mieux créer, repoussant ses limites esthétiques et nous terrifiant par la clairvoyance de ses paroles de poète rérpouvé. Daniel Darc – Pieces of my life est-il un testament ? Peut-être … ou bien un avertissement aux générations futures ? Pas de compromission, pas de concession, pas de pitié … seuls les plus détruits survivront …

Et plus affinités

https://www.ufo-distribution.com/movie/daniel-darc-pieces-of-my-life/

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