La Coursive Scène nationale de La Rochelle : Jackie Marchand ne bat pas en retraite face à la culture !

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À la tête de La Coursive, Scène nationale de La Rochelle depuis 27 ans, Jackie Marchand tire sa révérence fin juillet en partant à la retraite. Il laisse la place à Franck Becker, ex-directeur du Théâtre de Cornouaille (Quimper). Entretien avec un jeune retraité hyperactif !

Pouvez-vous me présenter votre ultime saison au sein de La Coursive ?

La saison 2017/18, comme de nombreuses autres saisons, a été conçue avec Florence Simonet. 20 pièces de théâtre, 10 pièces chorégraphiques et la seconde édition du festival hip hop Shake La Rochelle, une vingtaine de concerts tout univers confondus, du cirque… bref cette programmation est définie en fonction de critères propres à ceux d’une Scène nationale mais elle résulte aussi de choix personnels. Pendant longtemps j’ai été assez exclusif dans mes choix puis la ligne éditoriale s’est faîte avec le soutien de Florence. Au fil du temps et de nos réflexions, j’ai accepté son regard. Nos approches sont devenues complémentaires.

Cette année ce qui m’a sidéré c’est la nouvelle génération de metteurs en scène qui investit les planches. Je pense à Julie Duclos, Pauline Bayle qui ont la vingtaine, une patate incroyable et une énergie décomplexée. Il n’y a pas d’ostracisme avec cette nouvelle génération. Qu’importe que Guitry ait vendu du beurre aux allemands, on le remontrera si on a envie semble-elle nous dire ! C’est une génération qui a bénéficié bien souvent des cursus théâtre ou cinéma dans les lycées. Ils ont été très jeunes confrontés à cette culture mais sans le côté formaté des grandes écoles type FEMIS et leur pendant en Art dramatique.

Avec Julie Duclos nous allons présenter Nos serments, très librement inspiré du classique de Jean Eustache La maman et la Putain. L’Odyssée d’après Homère de Pauline Bayle qui fait suite à son Illiade qui a été un beau succès la saison précédente sera également un temps fort de la saison.

À une quinzaine de jours de votre départ, n’êtes-vous pas trop triste de dire au revoir à La Coursive ?

Forcément ce n’est pas facile de quitter ce lieu que j’adore et ce métier qui consiste à se faire rencontrer une œuvre avec le spectateur. C’est la fin d’un cycle mais il faut bien s’y résigner. Cela a été tout au long de ces années un bonheur extrêmement fort. Quand j’ai reconstitué récemment ma carrière j’ai pris conscience de tous les métiers que j’ai traversés, professeur de lettres, journaliste, animateur radio à France Musique, metteur en scène … mais celui de directeur de théâtre a été un des plus grisants. Je l’ai fait par égoïsme par pur plaisir personnel mais aussi avec beaucoup d’altruisme. Pour les artistes, pour les spectateurs. Ce qui pourrait vraiment me déprimer c’est de ne plus rien faire, de n’être plus près de la scène mais ce ne sera pas le cas.

Oui car vous rejoignez la COPAT…

Tout à fait, depuis peu je suis devenu le président, à titre bénévole, de cette coopérative. Créée en 1996, La COPAT (ndlr : Coopérative de Production Audiovisuelle Théâtrale) regroupe une cinquantaine de membres associés (théâtres, compagnies, tourneurs…) et recense à ce jour 200 spectacles enregistrés dans l’espace francophone. Son objectif est de réunir un ensemble d’entrepreneurs de spectacles à travers une structure de coopérative ouverte, comprenant toutes les familles de théâtres privés et publics, français et étrangers francophones et d’affirmer la présence du théâtre dans l’audiovisuel pour rendre le « meilleur du théâtre » accessible au plus grand nombre. Elle enregistre de grands succès actuels des saisons théâtrales en France, Belgique et Suisse. Elle était un peu en déshérence ces dernières années. Là, nous venons d’enregistrer le Dom Juan de Jean-François Sivadier à l’Odéon, Les affaires sont les affaires de Claudia Stavisky et à La Colline Mayday de Julie Duclos justement.

Rejoindre la COPAT est un vrai « cadeau de Noël » que m’a fait Irène Ajer pour qui j’ai travaillé déjà il y a bien longtemps auprès du Ministère. Mon réseau me permet de mettre en contact des metteurs en scène, des structures. Les transactions vont ainsi plus vite. C’est un peu le privilège de mon âge ce carnet d’adresses !

Autre activité également le festival Ré majeure sur l’île de Ré.

Oui la 7ème édition se tiendra du 26 au 29 octobre prochain, à la Toussaint donc. Je poursuis ma collaboration avec mon ami et chef d’orchestre Marc Minkowski qui a pris avec succès la direction de l’Opéra National de Bordeaux la saison passée. Ce festival est devenu un rendez-vous très suivi. Nous sommes fier d’y avoir Jacques Toubon comme président d’association. Il a été un bon ministre et il a une connaissance impressionnante de la musique classique. Je reste persuadé que ce rendez-vous Rétais peut devenir bien plus fort. Entre ici et San Sebastian en passant par le bassin d’Arcachon, il y a de quoi imaginer un festival nomade, une tournée. Nous arrivons à faire venir des pointures et il y a dans la nouvelle région des villes qui aimeraient sans doute les accueillir. Bordeaux pas forcément car l’offre y est déjà très bonne mais une ville comme Mont-de-Marsan.

Imagineriez-vous être à la tête d’un festival de littérature à La Rochelle, vous qui êtes un homme de lettres ?

Pas du tout. Je ne veux pas reproduire ce que j’ai déjà fait même si être professeur de lettres n’est pas identique au métier de directeur d’un festival littéraire. Non de ce côté il n’y a pas d’envie. Par contre je vais profiter de ma retraite pour lire. Toutes ces années d’activité ne m’ont pas permis de lire autant que je l’aurais souhaité. Dans mon métier, j’ai lu beaucoup de magazines, de pièces de théâtres mais le plaisir de se lever le matin et de lire un roman accompagné d’un café sans avoir à se dire « il faut que je sois à 8h à La Coursive », ça c’est un plaisir. Je vais relire À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Il faut du temps pour cela : facilement 3 semaines – 1 mois pour le lire dans sa continuité. Peu de personnes ont lu cette somme en une ligne, sans cavalcades et c’est ce que je souhaite pour apprécier pleinement toute la matière et la beauté de la langue.

Vous disiez récemment vouloir vous « rendre modestement utile » à La Rochelle.

Je ne suis demandeur de rien mais totalement disponible. Ce n’est pas à moi de décider de quoi que ce soit mais je suis là. Je reste vivre à La Rochelle. Cette ville a besoin d’être aidée. Bien souvent j’entends qu’ici tout est idyllique. Les festivals reconnus, le succès de La Coursive, la qualité de la Sirène, du CCN, du CNAR … mais derrière c’est du boulot. Nous ne sommes pas bénis des dieux juste parce que c’est La Rochelle. Je me souviens qu’au début de La Coursive, il y avait 0 spectateurs, tout à construire, 6 millions de déficit. Il a fallu relever les manches. Une étape indéniable a été franchie : tous les soirs, le public peut choisir entre plusieurs spectacles répartis sur toute la ville. Cette densité est la marque d’une cité qui vit, qui réfléchit et notre ville n’est pas une métropole. À Paris, le choix est parfois plus complexe car tellement pléthorique, ici chaque structure a établi une relation de confiance avec son public.

Et votre successeur alors : Franck Becker. Vous dîtes qu’il était « le meilleur choix » pour La Coursive.

Oh il faut que j’arrête de dire cela car c’est sans doute blessant pour les autres qui ont postulé. Je connais bien Franck. Nous sommes en adéquation sur beaucoup de points et il est effectivement celui qui est le plus en compatibilité avec ce que demande La Coursive : un directeur pas parisianiste, une grande appétence pour le cinéma et les Francos, la capacité à fournir beaucoup de travail et de temps au lieu. Je vous rappelle que nous sommes ouverts quasiment toute l’année et tous les week-ends. Franck est rigoureux, attentif et il suit le travail de La Coursive depuis longtemps. Il sera très bien.

Merci à Jackie Marchand pour son temps et ses réponses.

Et plus si affinités

http://www.la-coursive.com/spectacles/saison-2017-2018

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