Comme s’il en pleuvait sur France 2 : argent facile, farce grinçante et retransmission efficace

Bernard Murat nous l’avait expliqué lors de notre rencontre en interview : la diffusion en direct des pièces de théâtre constitue pour lui un grand plaisir. Et de fait c’est un sourire radieux qu’on découvre sur son visage à l’occasion de la retransmission synchro de Comme s’il en pleuvait sur France 2 ce mardi 29 avril 2014.

Il y a de quoi : la pièce datée de 2012 a tourné à plein régime, séduisant un  public toujours renouvelé par son sujet, son humour, son interprétation. Sur scène Pierre Arditi, Evelyne Buyle,  Nanou Garcia et Chick Ortega se donnent la réplique avec une délectation évidente pour illustrer cette farce grinçante sur l’argent facile et ses ravages.

L’intrigue, tout le monde la connaît : du jour au lendemain, des billets pleuvent dans l’appart de Bruno et Laurence ; sans explication, comme ça, pour le meilleur et surtout pour le pire, puisque cette manne va ronger le couple, dévoiler le caractère véritable de chacun, tandis que les personnages secondaires rehaussent le rocambolesque de la situation de leurs exagérations.

Rocambolesque ? Pas tant que ça, et c’est ce qui surprend agréablement à la découverte du texte de Sébastien Thiéry, dialogues savoureux et tirades énergiques mêlés, dont la bouffonnerie cache à peine un regard amère et lucide sur notre rapport à l’argent. En regardant le salon des époux se remplir de billets à chaque porte ouverte (l’effet de soufflerie est frappant), on se prend à désirer être à leur place, puis on hésite finalement sur le parti à prendre : en profiter … ou se méfier ?

Quid de ses idéaux de gauche ? Quid de son équité ? Quid des valeurs humaines ? Chacun va illustrer un point de vue extrême, refus épidermique, oubli total, dépenses frénétiques, achats compulsifs, dégoût du consumérisme et de l’exhibitionnisme. En termes simples et grâce au jeu impeccable des acteurs, à la limite du burlesque sans toutefois sombrer dans la caricature ni le grotesque, ce sont les dérives de l’agent à l’excès qui nous sautent ici à la face pour nous amuser, nous divertir et nous faire méditer.

Absurde ? Irrationnel ? Ou simplement symbolique ? Repris tout spécialement pour célébrer la semaine « Coup de théâtre » orchestrée par France Télévisions, le spectacle illustre à la fois la pérennité de l’art dramatique auprès d’un public large et multiple ainsi que la vivacité de ses créateurs, auteurs, metteurs en scène, acteurs et professionnels confondus, lorqu’il s’agit d’observer notre société et ses travers.