Colonia : effrayant tableau d’une indignité historique

Colonia

Avec Colonia, Florian Gallenberger met en avant l’ancrage de la Colonia Dignidad au sein du régime dictatorial de Pinochet. Fondée par l’ancien officier nazi Paul Shäfer, cette secte vient s’installer au fin fond du Chili en 1961 pour y fonctionner en vase clos, tandis que son gourou vend ses services de tortionnaire, de spécialiste du renseignement anticommuniste et de trafiquant d’armes à la DINA, police politique du gouvernement en place. En suivant le périple de Léna venue y chercher son amant Daniel, arrêté et reclus dans ce lieu secret, Gallenberger aborde toutes les facettes de cette institution criminelle et monstrueuse, où Shäfer s’adonne à la pédophilie en série tout en martyrisant ses disciples avec une brutalité sans limites.

Sur un rythme soutenu, souligné par un décompte des jours passés dans la colonie, le film s’articule en trois temps : le coup d’état, l’arrestation du couple et le transfert de Daniel vers le centre de torture de Colonia Dignidad, le départ de Léna pour la secte où elle entreprend de retrouver son compagnon sous couvert de conversion, la tentative de fuite. Le tout en 130 minutes haletantes, où nous plongeons dans la folie destructrice d’un univers parallèle régi par la violence au quotidien. Sans complaisance aucune, mais sans non plus sombrer dans le voyeurisme, le spectaculaire ou le sanglant, Gallenberger reconstitue un tableau effrayant, qui échappe à toute logique, et laisse démuni.

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Très vite on s’identifie à ce couple, jeune, moderne, heureux, idéaliste, frappé en quelques minutes par le putsch ; la rapidité avec laquelle la situation bascule, la brutalité de leur arrestation, l’enfermement dans les stades ne sont cependant qu’une amorce vers la démence rencontrée dans l’antre de Schäfer. Un monde reconstitué avec précision par un réalisateurqui s’est rendu sur place, a visité les installations, a lu et écouté les témoignages de ceux qui ont survécu, se sont retrouvés impliqués. Difficile démarche, car aujourd’hui encore le souvenir de Colonia Dignidad dérange, et on n’en parle qu’avec difficulté : le silence persiste, malgré la chute du régime Pinochet, l’arrestation et la mort de Shäfer.

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Remarquablement interprété par Emma Watson, Daniel Brülh et Michael Nyqvist, Colonia fait acte de mémoire en détaillant par le menu les modes de fonctionnement totalement inacceptables de ce microcosme et son influence incroyable. Manipulateur chevronné, Shäfer gère son empire comme on le ferait d’un camp de concentration, brisant ses ouailles physiquement et mentalement, séparant les familles, montant les uns contre les autres pour renforcer sa main mise sur les consciences et les agissements, n’hésitant pas à se débarrasser des récalcitrants comme il le fait des opposants politiques qu’on lui amène dans les chambres d’interrogatoire.

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On aimerait que ce soit faux, ou du moins exagéré. Mais les documentaires traitant du sujet confirment la vision réaliste de Gallenberger. Fasciné par ce phénomène depuis plus de30 ans, le cinéaste a dû faire un long travail de recherche pour aboutir à ce récit à la fois nerveux et juste,où sa colère initiale transpire à peine. Le tout est saisissant, et ne laissera aucun spectateur indemne.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur le film Colonia consultez les liens suivants :

http://www.rezofilms.com/distribution/colonia

https://www.facebook.com/coloniadignidad/?fref=ts

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