Chris Anderson publie MAD in HOLLYWOOD : confessions d’un auteur tarantophile

Chris Anderson : si vous suivez régulièrement les aventures ARTchemisiennes, ce patronyme doit vous dire quelque chose. Outre Le Garage of rock, ses talents de peintre, photographe et joaillier, Chris est un auteur assidu, qui multiplie les romans atypiques et barrés, avec un goût certain pour la fan fiction, et une attirance toute particulière pour l’univers du réalisateur Quentin Tarantino. Dernier opus en date, MAD in HOLLYWOOD se greffe sur la fin ouverte de Once upon a time in Hollywood pour imaginer la rencontre entre Sharon Tate et Rick Dalton, et surtout s’interroger sur la réaction de Manson, après l’échec de ses tueurs, le tout en explorant un cran plus loin et avec moult détails LA en 1969. Objectifs de la manœuvre : creuser, apporter des réponses. Mais pas seulement. Que se cache-t-il derrière le processus créatif de Chris Anderson ? Nous sommes allés lui demander.

Hello Chris. Entrons dans le vif du sujet. Si je résume, vous aimez inventer la suite des films de Tarantino. Pourquoi ce réalisateur tout particulièrement ? Pourquoi ce besoin de compléter ?

Salut les ARTchemists ! Effectivement, on entre directement dans le sujet, avec toutes ces questions, j’adore !

Lorsque j’ai commencé cette quadrilogie, je ne pensais pas même une seconde que je me retrouverais là un jour. C’est en fait Danny « Machete » Trejo qui m’a donné l’idée. J’ai eu la chance d’avoir une pleine page dans le magazine Girls and corpses cité par MTV comme « le plus barré au monde » qui mélange filles et cadavres. Je précise : c’est un magazine en grande partie basé sur le sexy et l’humour et Danny avait posé avec le magazine chez lui à L.A avec une bague qu’il m’avait commandé et que j’avais créée, bref ! À cet instant précis, ça a fait BANG dans ma tête et cette question est arrivée : mais pourquoi personne n’a jamais envisagé la suite du film Pulp Fiction ? En fait, des centaines de milliers de fans en parlent depuis plus de 25 ans, mais jamais personne n’avait eu « les cojones » (ce n’est pas moi qui l’ai dit) (rire) de le faire…

Alors, je me suis lancé. Ce premier livre REVENGE a été écrit très rapidement et il est 100% dialogué, ce qui est aussi une première. Tous les fans sites francophones de Tarantino ont adoré, c’était déjà un très bon départ, et deux autres livres ont suivis, Mike Cascadeur et Serial Killer qui arrive à la fin du film Death Proof et pour réaliser le rêve ultime des fans de Tarantino, The VEGA Brothers qui réunit enfin les frères, tueurs en série, les plus célèbres du Maître, Vic et Vincent VEGA. Cette trilogie est disponible en 3 volumes séparés ou en un seul pavé saignant de 759 pages, sous le nom de DOGS : Ma Tarantino Trilogie.

Cela vous est venu comment, cette vocation d’auteur de fan fiction ? En quoi est-ce selon vous un genre à part entière ?

Ce n’est pas une vocation, et je ne me suis jamais posé de questions, j’ai simplement utilisé les ondes qui flottent dans l’air et ma connaissance des films de Tarantino, je n’aurai pas pu le faire pour un autre réalisateur. Avec ces livres j’ai voulu lui rendre le meilleur hommage possible et réaliser ce que personne n’avait jamais fait avant, une sorte de lien impossible.

Je n’ai pas voulu « faire comme », mais vraiment « faire du » et c’est la première remarque qui revient sans cesse : « On dirait vraiment du Tarantino ». Vous pouvez croire que pour moi, c’est un super compliment, certaines personnes doutent même du fait que ce serait peut-être lui qui aurait écrit ces suites, et qu’il testerait ça dans les pays francophones, avant de le lancer dans les autres pays … Est-ce vrai ? Faux ? Ce n’est pas moi qui vais vous donner cette réponse …

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Vous partez donc d’un scénario et d’un film pour développer un roman ? Comment vous y prenez-vous pour construire vos récits ? Vous vous appuyez sur quels éléments ? Quelles impressions ?

Le principal est de commencer par un commencement « crédible ». Pour REVENGE, j’ai commencé par le seul moment où une petite possibilité s’offrait à moi : lorsque Vincent Vega se prend une rafale de balles dans le bide lorsqu’il est sur les chiottes. Je me suis renseigné auprès de médecins afin de savoir si c’était possible qu’il ne meurt pas. Après plusieurs avis, la réponse fut : « Oui, selon plusieurs critères, oui, il pourrait survivre … » Voilà, j’avais le début du livre, ensuite tout est venu facilement et le « crossover » s’est fait tout naturellement entre Pulp Fiction et Reservoir Dogs, ce qui était logique aussi. Tous les films de Tarantino sont liés par des tonnes de petits détails… j’ai juste déroulé tout ça, mais je n’ai pas voulu utiliser toutes les théories que l’on trouve sur le net ou dans les forums, j’ai voulu apporter ma propre histoire.

Pour MAD in HOLLYWOOD , je me suis posé une seule question : que se passe-t-il lorsqu’à la fin du film Once Upon A Time in Hollywood, Rick Dalton est invité chez Sharon Tate pour raconter sa putain de soirée avec ces putains de hippies ? Comment va réagir Charles Manson, en apprenant que trois de ses disciples ont été tués ? etc…

Vous sortez donc le quatrième volume de cette quadrilogie avec MAD in HOLLYWOOD ?

C’est ça et comme pour la trilogie, il fallait être crédible. Je ne l’ai pas précisé ici, mais dans tous mes livres, la réalité et la crédibilité sont les principales qualités que je souhaite avoir, ne pas faire n’importe quoi. Toutes les distances entre divers points sont réelles, les menus de restaurant des années passées sont vrais, que ce soit dans les années 50,60 ou de nos jours, les tarifs de taxis, les hôtels etc… tout est réel, tout est calculé, comme pour les années où se croisent les personnages, je fais chaque fois beaucoup de recherches, c’est très important. Il est possible avec mes livres de retrouver toutes les routes, les lieux, les bâtiments etc…

Pour en revenir à « MAD » cette fois-ci c’était tout aussi important, et même plus en fait. Le film Once Upon a Time in Hollywood base son récit sur la réalité de l’année 1969, ce qui laisse encore moins de marge. Ce qui a un peu déçu les spectateurs, ce sont deux choses ; la présence de Charles Manson est trop discrète (quelques secondes) ; les personnes n’ayant pas toutes les infos sur cette époque ont été un peu larguées et sont passées entre beaucoup d’infos importantes. C’est ce que j’ai corrigé dans mon livre.

Les infos sur Manson, sur l’affaire, sur le fait de savoir qui était vraiment le couple Tate/Polanski en 1969 ? Que se passait-il vraiment au « Spahn Ranch » ? etc… J’inclus les vraies affaires dans cette histoire et donne beaucoup d’infos. Après avoir lu ce livre, les gens qui n’auront pas bien cerné le film, pourrons tout comprendre et le revoir avec toutes les infos qui auraient pu leur manquer. Bien sûr, j’ai aussi imaginé une toute nouvelle théorie sur cet événement, qui selon les premiers lecteurs, est hallucinante, malsaine mais tout à fait crédible. Pour la connaître, il faudra lire le livre.

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Avez-vous des rituels d’écriture ?

Je ne cherche pas, je n’ai pas de rituel, je ne me pose pas devant mon ordi. Je prends ce qui est dans l’air, les ondes, les idées viennent toutes seules, je ne construis rien, tout arrive dans ma tête, comme ça, je ne saurais pas l’expliquer.

Qu’est-ce qui singularise votre écriture ? Quelle est votre griffe, votre signature ?

Ce sont les autres qui peuvent le dire, mais disons que des livres 100% dialogués (ou presque), ce n’est pas commun apparemment (rire). Ce qui revient aussi c’est le fait que rien n’est détaillé, mais que tout est visible. Lorsque je dis que rien n’est détaillé, c’est que je ne décris pas les pièces, les lieux, mais en faisant jouer les dialogues entre les personnages, tout est réellement visible. Mes livres ne sont pas des livres, mais des films écrits…. Ça c’est une signature non ? (rire)

Demain Tarantino vous contacte, vous lui proposez de travailler sur quel sujet ?

(Silence) Je vais rester discret là-dessus, mais qui dit que ce n’est pas… bref !

Est-ce qu’il est possible de comprendre cette quadrilogie si on ne connaît pas les films de Tarantino ?

Justement, je me suis posé plusieurs fois la question et la réponse est venue des lecteurs : oui, c’est possible. J’ai reçu des messages de lecteurs me disant qu’ils n’aimaient pas vraiment Tarantino (ce n’est pas la majorité) mais qu’ils avaient aimé mes livres, quelques-uns ont même découvert certains films, comme Death Proof grâce à mes livres, c’est pas mal ça !

Vous n’avez pas toujours écrit des fan fictions. Quid de Fuck you Rhesus et de vos autres livres ?

Pour FYR, c’est autre chose, c’est particulier, le mieux est de lire le résumé du livre :

Mélangeant humour noir et personnages atypiques, se fondant lentement dans un comportement mentalement décalé et à l’évidence déficient. La violence monte crescendo pour ne jamais s’arrêter. Les scènes de tortures de plus en plus décrites dans les moindres détails. La confusion schizophrénique mélangée à la déficience mentale et paranoïaque, donnent souvent l’obligation de poser le livre, pourtant court, pour ne pas avoir des restes de repas sortir inopinément de votre bouche afin de venir s’étaler sur les pages. Assurément ce texte peut-être considéré comme illisible par certains, ne supportant pas ce style désorganisé mais pourtant très jouissif, ou drôle pour d’autres, mais quelque soit l’appréciation, toujours visuellement très poussé. Mais il y a-t-il finalement un style, ou simplement un plongeon au cœur des plus profonds méandres d’un être à part ?

Selon le magazine Rue Morgue, la référence en matière d’horreur c’est « un livre qui vous mettra mal, vous torturera, vous fera vomir peut-être. Abandonnez-vous à l’extrême, au décadent et à l’humour noir avec un livre à part, choquant et violent à ne pas mettre entre toutes les mains »… C’est pas mal comme critique… (rire). Mais je n’ai pas de direction particulière vers laquelle aller. L’exemple de mon livre UTSURO BUNE est juste une amitié Japonaise et une énorme chance. Il y a aussi Mais puisqu’on vous dit que ce livre n’en est pas un, une sorte de retournement de cerveau, à grands coups de psychologie métaphysique, vous transportant dans un délire imaginaire de digression linguistique et d’idées nouvelles jamais lues auparavant. Ou KSMOS, un récit scientifico-futuriste ou TORPES – SAINT TROPEZ, qui est une étrange histoire surnaturelle démarrant en 68 après J.C. pour arriver jusqu’à nous, un récit entre faits historiques et fiction, bref, il y en a pour tous les goûts.

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C’est quoi pour vous, le roman parfait ?

Je ne sais pas, je n’ai jamais lu de roman.

Vous auto-éditez : pour quelle raison ? Quels avantages ? Quelles limites ?

Je suis libre, je fais ce que je veux, je change, mets à jour, modifie quand je veux. Si je veux changer la couverture 50 fois, changer le texte, je peux le faire… C’est déjà pas mal comme raisons, non ? (rire)

Si vous deviez bosser avec un éditeur, qui choisiriez-vous ? Pourquoi ?

Est-ce que ma réponse précédente, n’est pas suffisante ? (rire) Le seul avantage d’un éditeur serait une plus grande visibilité pour mes livres, si l’éditeur fait bien son boulot, mais ça, c’est encore un autre sujet. Avoir des menottes, je ne sais pas, si, pour moi, serait la bonne solution.

Vous adorez le rock. En quoi votre écriture relève-t-elle de cet genre musical … et de ce mode de vie / état d’esprit ?

Mes livres sont un parfait mélange de faits divers, fiction et rock. Dans chacun de mes livres il y a des musiques et une discographie en fin de livre, ce qui permet, tout en lisant, d’écouter la bande son… Un livre avec une OST, ce n’est pas commun non plus (RIRE)…

Vos projets ? A quand la réal de films ?

J’ai déjà réalisé un long métrage, il y a bien longtemps, dans une autre vie, mais j’ai plusieurs scénarios sous le coude et rencontre régulièrement de possibles investisseurs, mais pour le moment, je n’ai pas trouvé « LE » ou « LES » bons, ceux qui me permettraient de faire ce que je veux vraiment … c’est donc une affaire à suivre.

Merci à Chris pour son temps et ses réponses.

Et plus si affinités

https://artofchrisanderson.jimdofree.com/

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