Un Chapeau de paille d’Italie : comme des chiens fous et heureux

Il est flambant neuf, élégant, un brin coquin avec ses coquelicots, et orne la chevelure d’une belle dame en goguette au bras d’un fougueux militaire. Zim boum ! Au détour d’une allée du bois de Vincennes, le chapeau s’envole, au gré d’une étreinte passionnée pour finir … dans l’estomac du cheval de Mr Fadinard.

  • Problème 1 : la dame au chapeau n’est pas mariée au militaire, et la perte du chapeau constituera une preuve solide d’adultère pour son soupçonneux mari.

  • Problème 2 : Fadinard est en route pour sa noce avec la jolie Hélène, qui déboule, suivie de son papa poule prêt à rompre ses engagements s’il prend son gendre en défaut et de huit fiacres d’invités avides de fiesta.

  • Problème 3 : le militaire désireux de sauvegarder l’honneur de sa maîtresse déboule chez Fadinard et investit les lieux, menaçant le futur mari de tout péter chez lui s’il ne retrouve pas un chapeau identique.

  • Problème 4 : ce chapeau est unique ou presque, il ne s’en trouve qu’un seul autre semblable dans Paris.

Et Fadinard de suivre le couvre-chef à la trace, poursuivi par sa smala, dans l’espoir de le récupérer et de solutionner ce problème dont il a hérité à son corps défendant.

Voici les ingrédients de l’équation hystérique que Labiche va résoudre en cinq actes désopilants. Jouée pour la première fois en 1851, cette comédie irrésistible nous entraîne dans des situations ubuesques avant l’heure, qui ne souffrent aucune rupture de rythme et s’accommodent parfaitement d’un gros brin de démence. Plus difficile cependant d’en assurer la conversion temporelle, et de placer cette frénésie dans le monde contemporain, sans risquer de faire capoter l’ensemble et de sombrer dans le grotesque lourd et maladroit, sachant qu’en prime la pièce comporte des parties chantées.

En 2013, Giorgio Barberio Corsetti va pourtant s’y essayer avec succès, en entraînant la troupe de La Grande Maison dans une farandole abracadabrante aux accents 60’s, qui évoquerait un Jacques Demy sous acide. Au casting de cette version survoltée, Pierre Niney campe un Fadinard halluciné, qui rebondit de péripétie en péripétie avec l’agilité d’un Arlequin, Christian Hecq dans le rôle du beau-père et de son myrte, Danièle Lebrun en baronne passionnée de musique … bref l’ensemble est raccord dans l’exubérance, avec un moment d’anthologie quand Hecq et Niney massacrent allègrement « Le Hussard de la garde », transformant la chanson paillarde en morceau de musique bruitisto-rap.

Aucun temps mort dans cette course poursuite, même les saluts sont exaltés. Et le pari gagné : Labiche revisité par Giorgio Barberio Corsetti passe crème, on pourrait même dire qu’il y puise une seconde jeunesse, un petit quelque chose de la folie italienne à la Ettore Scola peut-être ? Tout en demeurant dans le degré d’exigence de la Comédie Française, tenue, élocution, pluridisciplinarité, qu’on trouvait déjà dans les mises en scène plus conventionnelles concoctées par Jacques Charon, Jean-Laurent Cochet ou Jean Le Poulain. Bref à la problématique : comment adapter les auteurs classiques pour qu’ils parlent au public contemporain sans perdre l’essence de leur discours d’origine, la Grande Maison a su apporter une solution idoine sans trahir ses engagements ni son ADN, ou son public. On ressort de ces deux heures ragaillardi et rigolard, avec le sentiment d’avoir partagé le plaisir pur de ces comédiens qui se prennent au jeu, s’y roulent comme des chiens fous et heureux.

Et plus si affinités

http://www.editionsmontparnasse.fr/p1581/Un-chapeau-de-paille-d-Italie-Labiche-DVD

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