C’est eux les chiens : comment réparer l’erreur 404 ?

Non le 2eme film de Hicham Lasri ne traite pas d’un bug informatique. On préfèrerait, franchement, mais malheureusement non. Il s’agit ici d’un homme, dont 404 est le n° d’incarcération et la seule chose qu’il lui reste en mémoire après 30 ans au secret dans les geôles marocaines. Raflé pendant les émeutes du pain en 1981, considéré comme disparu, cet inconnu est relâché en plein cœur des manifestations du Printemps arabe, dans une Casablanca vouée au chaos où il part en quête de sa famille, de ses mômes, de ses amis et de son identité :

Autour de lui trois journalistes qui flairent un scoop, une population en mal de réussite, de reconnaissance et de dignité, et un pays qui peine à trouver son chemin dans la modernité. De recherches en retrouvailles en rencontres, 404 va remonter le fil de sa mémoire, retrouver ses souvenirs, sa trace.

Accepter son sort, faire le deuil de sa vie antérieure, se préparer à l’avenir. D’une force incroyable, cette initiation à rebours nous fait pénétrer magistralement dans le Maroc d’aujourd’hui. Par le prisme d’une caméra journalistique toujours en mouvement, faussement brouillonne et désordonnée, nous suivons 404 et ses camarades d’infortune sur le chemin de sa vie. Avec des moments de violence incroyable, des instants de rires absurdes et incontrôlables, des passages poignants et d’une très grande poésie.

Oubliez le Maroc des brochures touristiques avec palmiers et riads souriants, ici nous plongeons dans les medinas sombres et sales, les bidons villes, les routes et les villages. Partout des individus à cran, une société qui implose, coincée entre technologie, media, information, éducation, religion, traditions, prières et pouvoir absolu. Les références sont nombreuses dans ce moderne Colonel Chabert : Balzac bien sûr, Missing et Z de Costa Gavras (la scène de course poursuite après les voleurs de la caméra, astucieuse séquence qui nous fait pénétrer dans le Maroc populaire), l’absurde de Beckett et Camus, Brazil de Gilliam, la 4eme dimension de la série Le Prisonnier, …

Tout fait sens, ces musiciens rencontrés au bord d’une voie férrée qui entonnent l’air de Délivrance, le retour à la mer comme un bain amniotique, les lumières qui sculptent les traits endoloris du héros (superbe Hassan Badida qui incarne cet Ulysse du XXIeme siècle avec la fragilité d’un Candide) la figure du cercle qui revient à l’écran, verre, tasse, fenêtre, cette roue de vélo d’enfant que le héros traîne partout sur les murs comme traçant un fil invisible, la roue du destin. Rien de hasardeux, tout est écrit, pensé, jusque dans la fin qui finit la boucle de la vie pour en relancer le processus.

Franchement un très grand film, audacieux, intelligent et fin. A voir absolument pour se rappeler des fondamentaux qui dictent la vie d’homme.

Et plus si affinités

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