Ce Pays que tu ne connais pas – François Ruffin : l’humain pour disrupter les Rastignac 2.0

Il n’en a rien dit, a écrit son livre dans son coin … et là a balancé à la face du monde comme un brûlot, une gifle, une rage. Lecteur, si tu es FI, passe ton chemin, pour sûr tu as déjà parcouru ces pages frénétiquement. Et si tu es fervent macroniste, ne lis pas le dernier bouquin de François Ruffin, tu n’y survivras pas. Infarctus garanti. Mais si tu es dans le doute, si tu ne sais plus trop quoi penser, si tu as besoin de faire le point, si ce que tu vois dans les média te brise le cœur, que tu te sens mal de cette société qui va à vaut l’eau, que tu ne sais plus quoi faire, Ce Pays que tu ne connais pas t’est destiné.

Il est écrit avec les tripes autant qu’avec la tête, et c’est ce qui fait sa force. De l’émotion, Ruffin en a à revendre, trop peut-être, et ça doit beaucoup lui prendre la tête dans ce job de député dont il mesure chaque jour la vacuité, et ça se sent dans son écriture. Comment faire devant tant de détresse, qu’il est allé déterrer au fin fond des provinces, des banlieues, sur les rond-points, dans les quartiers pourris, qu’il traque du reste depuis son ado, depuis qu’il fait du journalisme de terrain ? Comment faire sinon ouvrir sa gueule dans ce brûlot où il règle ses comptes avec un pouvoir qu’il n’aime visiblement pas, qu’il vomit même ?

C’est sa stratégie que de comparer sa destinée avec celle de Macron, Rastignac 2.0, une stratégie inspirée des grands comme Hugo, Balzac, Jaurès, références dont il se réclame humblement, un genou en terre, comme pour reprendre le flambeau. D’aucuns le fustigent dans sa critique d’un président qu’il vouvoie et qu’il accule, argument après argument. Mon Dieu, relisez Zola et imaginez ce qu’il aurait hurlé, plume au poing et verbe haut, lui qui d’un « J’accuse » renversa l’affaire Dreyfus, équilibrant avec autant de flair que de talent conviction et persuasion, raison et sentiment, logique et cœur. A sa manière Ruffin prend la suite, et dans son récit d’une France à terre, on trouve nombre d’idées, de réflexions pertinentes et urgentes.

Outre la mise en lumière de multiples collusions avec la haute bourgeoisie et les sphères financières, ces lignes font réfléchir également sur ce que devrait être ou non un homme politique, sur les limites d’un système social, sur la pertinence d’une logique économique qui comporte des failles énormes. Presque shakespearien dans la volonté et rigoureux dans la question de fond : qu’est-ce que le bien commun ? Que devient-il quand le pouvoir est aux mains d’une classe qui possède tous les leviers, argent, entreprises, médias … et ne compte guère s’en démettre, enfermée dans sa bulle ? Et donc incapable de se mettre à la place de la pauvre nana qui ne peut accepter le job qu’on lui propose, car elle n’a pas l’argent pour déménager là où se trouve ce job.

Des exemples aussi terre à terre, le livre en déborde. Des trucs évidents, mais apparemment on n’en tient pas compte là-haut dans les cieux. Des contrats précaires qui ne deviendront jamais des CDI, des aides qui s’annulent, des factures plein la tronche, des fins de mois à ronger des biscottes quand on peut … Ruffin confronte ces réalités sordides et injustifiables avec la richesse accumulée, la confiscation des privilèges au profit d’un petit nombre. L’exemple de son pote syndicaliste dont les doigts furent arrachés par une machine nous propulsent en arrière aux pires heures de la révolution industrielle.

Au final, rien n’a changé, ou pas grand-chose. Une fois de plus, il va falloir se battre pour survivre. Voici l’enseignement de ce bouquin, et si tu doutais l’ouvrant, lecteur, pas dit que ce soit encore le cas en le refermant.

Et plus si affinités

http://www.arenes.fr/livre/ce-pays-que-tu-ne-connais-pas/

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