Cannes 2015 – The Assassin de Hou Hsiao-Hsien : un maître et ses disciples

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Cette fois, c’est vraiment terminé. Le palmarès, peu engageant, vient d’être proclamé. Plutôt qu’un bilan (il restera quelques films à découvrir en salles : Carol, The sea of trees, Son of Saul, Mustang,…) voici un bref retour subjectif sur un film incontournable de cette édition : The Assassin de Hou Hsiao-hsien, prix de la mise en scène.

Fin de la fébrilité. Découverte d’un film sans doute beaucoup trop attendu (des années de préparation, un tournage interrompu) … et la projection dépasse pourtant la légende. Un format (4/3) qui suggère la miniature (pas vraiment idéal pour le Grand Théâtre Lumière et ses habitants éphémères ou impatients), une ouverture en noir et blanc, des paysages superbes, tout semble s’enchaîner comme une suite de tableaux animés. Tout semble aussi nous échapper, comme si notre admiration pouvait se fissurer d’un moment à l’autre.

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Jeu des acteurs, montage, direction artistique, ce sentiment de fragilité, d’artisanat dans l’excellence est sans doute la grande qualité du film. L’impression de voir un wu-xia (film de sabre) caché dans une forêt, ou de surprendre l’intimité familiale d’une dynastie médiévale à travers un voile, un textile précieux. La bande-son fait également son travail de la plus belle façon.  La photo signée comme toujours Ping Bin Lee est elle-aussi au-delà des attentes.Vous l’aurez compris, The Assassin est plus proche des oeuvres de Mizoguchi ou Kurosawa (incroyables scènes en extérieurs qui retrouvent l’esprit des grands films d’aventure des premiers âges du cinéma) que des films de série de la Shaw Brothers.

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Une deuxième vision le lendemain, dans des conditions parfaites, viendra confirmer un apparent classicisme, bouleversé par la relative brièveté du film et son déroulement au tempo unique. Une dramaturgie beaucoup plus limpide qu’annoncé (cette exaspérante faiblesse critique du « c’est très beau mais j’ai rien compris ») et une présence indiscutable de Shu Qi et Chang Chen (elle, presque toujours là, presque sans parole, lui rejoignant une chorégraphie dans l’une des plus belles scènes du film, elle et lui loin des gros plans) viennent confirmer le statut de classique instantané de The Assassin. Le film qui nous manquait dans ces années 2000, peut-être un des plus beaux films du monde…

HHH

Impossible d’évoquer Cemetery of  splendour d’Apichatpong Weerasethakul et Mountains may depart de Jia Zhangke en quelques lignes, aussi enthousiastes soient-elles. Alors, avant  de revenir sur ce nouveau  chef d’oeuvre de « Joe » W. et le grand mélodrame de Jia, peut-être au moment de leur sortie respective, peut-être avant, juste un rapide témoignage de  mon admiration pour cette famille de cinéma, planante mais profonde, qui ose de nouvelles choses tout en cultivant son jardin secret, qui reste très loin du bruit médiatique, excelle dans la douceur souhaitée de nos relations, ou l’observation des sociétés actuelles et qui aurait logiquement dû rejoindre Hou Hsiao-hsien, hier soir, au palmarès.

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