Brunius et le cinéma : parcours cinématographique un “touche-à-tout de génie”

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La récente publication des écrits de Jacques-B. Brunius (présentés par Grégory Cingal et Lucien Logette), sur laquelle nous reviendrons, nous offre l’occasion d’évoquer l’ouvrage d’Alain Keit, tout simplement intitulé Brunius et le cinéma, paru l’an dernier dans la merveilleuse collection de poche de Jean-Michel Place, “Le cinéma des poètes”, que dirige Carole Aurouet.

Malgré quelques coquilles (les “ciné-club” sans “s”; la date du film écrite après le nom de l’auteur et non après celui du titre; un trait d’union en trop entre les prénoms d’Auriol, Jean et George, p. 11, le film de Gance, dont le tournage débuta en 1925, daté de 1924 au lieu de 1927; l’orthographe, tirée au sort, du patronyme de Jean Benoit-Lévy, p. 13, etc.) qui nous font regretter le bon vieux temps où journaux et maisons d’édition employaient des correcteurs, le livre est très agréable à lire. Sa structure (1-Brunius sa vie; 2-Brunius son œuvre) tient les promesses par le titre annoncées. En outre, on peut à tout moment passer d’une partie à l’autre sans encombre.

Alain Keit garde de Jacques-Henri Cottance, alias Brunius (après le pseudo provisoire Olaf Appollonius!), l’image de l’homme “qui porte un maillot rayé et qui fait la cour à Jane Marken dans Partie de campagne de Renoir Jr et de celui “entrant dans une chapellerie pour acheter un béret français dans un film de Pierre Prévert” (L’Affaire est dans le sac). Les attributs, le premier, pagnolesque, le second, franchement franchouillard, ont pu amuser et inspirer aussi bien Jean-Paul Goude que Jean-Paul Gaultier ! Il faut dire que Brunius était le contraire de cette image indélébile puisque tous ceux qui l’ont connu parlent de son style vestimentaire british, son élégance de dandy, son goût pour la perfide Albion où il finira sa vie après son exil politique en 1940.

Keit cite ses sources (thèse de IIIe cycle de Lucien Logette à Paris III en 1981 et livre de Jean-Pierre Pagliano, Brunius, Lausanne, L’Âge d’homme, 1987; “non film” papier de la Cinémathèque Française), passe en revue les événements, les personnes et les dates marquantes de sa vie : son amitié avec Edmond T. Gréville et Jean George Auriol ; sa rencontre avec Jean Mitry et Louis Chavance dans le circuit des ciné-clubs parisiens qu’il commence à fréquenter; sa figuration dans le… Napoléon d’Abel Gance qui lui permet de croiser le Marat-Antonin Artaud ; sa sympathie pour Desnos et les frères Prévert; sa collaboration avec plusieurs cinéastes de renom, etc.

Après avoir écrit pour Cinéa, Ciné pour tous, Photo-ciné, Brunius contribue à ce qui a sans doute été le meilleur magazine de cinéma de tous les temps, La Revue du cinéma. Créée par Auriol en 1928, elle eut pour collaborateurs réguliers ou épisodiques Louis Chavance, Paul Gilson, André Gide… Il passe de la théorie à la pratique, devenant ce qu’on n’appelait pas encore “intermittent du spectacle”, assistant d’Henri Chomette, de Luis Buñuel, d’Alberto Cavalcanti (au sein de la GPO Film Unit de John Grierson) et de l’écrit à l’oral, comédien dans La Vie est à nous (1936) de Jean Renoir, dans la troupe d’agitprop du Groupe Octobre, puis speaker à la BBC, entre autres, pour “les Français parlent aux Français”. Admis tardivement (en 1936) au groupe surréaliste, beau-frère de la photographe proche de ce mouvement, Brunius participera jusqu’à son dernier souffle aux activités des artistes anglais de cette tendance (Roland Penrose, Herbert Read, Patrick Waldberg, le Belge de l’étape E.L.T. Mesens, etc.).

“Touche-à-tout de génie”, pour reprendre l’expression d’André Breton à son propos, Brunius a laissé son nom à une œuvre filmographique, à base essentiellement de courts métrages, qu’Alain Keit analyse en détail, avec pertinence, en deuxième partie d’ouvrage : Autour d’une évasion (1933), Records 37 (1937), Sources noires (1938), Violon d’Ingres (1939), Brief City (1952), To the Rescue (1952), The Blakes Slept Here (1953). Les titres produits en France sont sortis en DVD chez Doriane Films. Découvreur méconnu du Facteur Cheval, scénariste, critique, théoricien, dessinateur, cabot, imitateur, dramaturge, homme de radio, conférencier, metteur en scène, monteur, producteur, Brunius fut avant tout poète. Il fit de sa vie son œuvre maîtresse.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur l’ouvrage Brunius et le cinéma, rendez-vous sur le site de l’éditeur Jean Michel Place :

http://www.jeanmichelplace.com/fr/livres/detail.cfm?ProduitID=1413

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