Bouvard et Pécuchet – Jérôme Deschamps : Misère et splendeur des suffisants …

Bouvard et Pécuchet -  ©  Pierre Meunier
Bouvard et Pécuchet – © Pierre Meunier

Un soir d’été brûlant à Paris, Bouvard et Pécuchet, deux copistes, font connaissance et sympathisent. « Je ne sais pas si vous, mais moi je suis lassé de Paris » : ce leitmotiv commun les rapprochent instantanément comme leurs très nombreuses aigreurs sur la vie urbaine. Paris : ces incessants travaux ordonnés par Haussmann ; ces spectââââcles où le Tout-Paris se pressent, malmené par des ouvreuses acariâtres ; cette faune suffisante qui pense tout connaître. Rien ne vaut à leurs yeux la campagne, « cet océan de verdure ». Au fil de leurs vaines discussions rancies par des stéréotypes et idées toutes faîtes, ils deviennent inséparables et c’est suite à un inattendu héritage, que les deux nouveaux compères décident de rejoindre les vertes prairies de Chavignoles, non loin de Falaise. L’objectif des deux bonhommes: se lancer dans diverses entreprises qu’il s’agisse d’apprentissages, d’engagements intellectuels ou politiques. Après un semblant de succès, toutes échoueront presque. Misère et splendeur des suffisants …

Bouvard et Pécuchet - Photo by Pascal Victor/ArtComArt
Bouvard et Pécuchet – Photo by Pascal Victor/ArtComArt

Flaubert s’y connaissait en bêtise, au point de faire de Bouvard et Pécuchet une encyclopédie de la bêtise humaine qu’il décrira comme « l’histoire de (…) deux bonhommes qui copient une espèce d’encyclopédie critique en farce ». Pas étonnant que Jérôme Deschamps se soit emparé de ce chef d’oeuvre pour son retour sur scène avec sa compagnie (il a quitté la direction de l’Opéra Comique il y a quelques mois). En propulsant l’œuvre flaubertienne dans son univers reconnaissable entre mille (décor fait d’éléments de récup’ comme de la tôle et des palettes de bois truffés de chausse-trappes et autres bidules merveilleux ; comédiens à la dégaine et gouaille improbables …) et en le teintant de références de notre siècle ( #NuitDebout, la bravitude, l’écologie entres autres), Jérôme Deschamps signe un comeback fracassant sur scène.

Bouvard et Pécuchet -  ©  Pierre Meunier
Bouvard et Pécuchet – © Pierre Meunier

Le duo qu’il y forme avec Micha Lescot est un pur délice digne de ceux qui firent les beaux jours du cinéma balbutiant (Laurel et Hardy notamment). Micha Lescot, ici en grand échalas et parfait parangon du parisien cynique et bon à gifler, fait des ravages. Au diapason : Pauline Tricot et Lucas Hérault, touchants provinciaux mal dégrossis qui essuieront moult gifles et claques durant les 1h30 de spectacle. On pense bien évidemment ici à Yolande Moreau, à François Morel, aux scénographies géniales de Lapin Chasseur, Des Pieds dans l’eau et C’est magnifique dont on note quelques nostalgiques résurgences. On se réjouit tout bonnement de retrouver un Deschamps au top de sa forme, s’apprêtant à recevoir un énième triomphe si l’on en croît l’enthousiasme du public rochelais de La Coursive où fut créée la pièce en ouverture de saison.

Et plus si affinités

http://www.la-coursive.com/spectacles/bouvard-et-pecuchet-gustave-flaubert-jerome-deschamps

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