Bonjour Paresse : Corinne Maier ou l’éloge de ne surtout rien faire en entreprise !

C’est un petit bouquin de 150 pages mais qui fait un gros plouf et pas mal d’éclaboussures à l’acide quand on le lance dans l’univers du travail. Pas pour rien que le New-York Times a bombardé Bonjour Paresse au pinacle de la contre-culture à sa sortie en 2004, propulsant par là-même son auteure, Corinne Maier sur le devant d’une scène sociale qu’elle prend un malin plaisir à perturber de ses réflexions aigres-douces.

Pourtant la dame n’avait pas forcément le profil pour, en pur produit de l’Institut d’Études Politiques qu’elle est, avec en cadeau Bonux une batterie de diplômes en relations internationales, économie et psychanalyse obtenus dans de prestigieuses universités parigotes. Seulement voilà, il a suffi d’un séjour chez EDF pour qu’elle retrouve ses esprits et son sens critique. Et qu’elle passe à la moulinette les us et coutumes de l’entreprise.

Tout y passe depuis la notion de réussite jusqu’à la flexibilité en passant par le coach, la novlangue, l’éthique, le marketing, l’usage galvaudé du terme « gérer » … un vrai festival de la tronçonneuse, jubilatoire à souhait car Dame Corinne ne manque ni d’ironie ni de mordant, encore moins de justesse dans son approche d’un univers au final factice, vide, où le salarié n’est, il faut bien le reconnaître, qu’un esclave amélioré, le manager un garde-chiourme sans beaucoup d’horizon, le dirigeant un pur produit d’école de commerce totalement dépourvu de la moindre once de culture et de créativité.

On vous avait prévenu, ça fait rire, certes, mais ça fait mal. D’autant plus que cet livre ô combien salvateur affiche maintenant 16 printemps … mais que rien n’a changé à l’heure d’une start-up nation qui, malgré son côté jeune et disruptif, entretient l’hypocrisie ambiante, sous couvert de la dislocation du droit du travail. Travailleur, réveille-toi, ils sont devenus fous ? La question se pose au sortir de ces pages. Quelle solution sinon la lutte ou le chemin du free-lance ? Ce qui revient au même d’ailleurs …

Anyway, en ces temps de vaches covidiennes amaigries, avec une rentrée placée sous le signe du dégraissage annoncé de grands groupes et de petites structures, lire ou relire Bonjour Paresse devient impératif. Histoire d’en faire le moins possible avant la fin du monde ?

Et plus si affinités

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