Biennale de Lyon 2013 / Part 3 : Spectateur, et si tu racontais mon histoire ?

Pour transmettre un message, une idée, une émotion, une perception, une vision du monde ? Raconter une histoire certes mais comment ? Comment dire, comment montrer ? D’un coup d’un seul embrasser l’œuvre dans son entier ? Ou bien séquencer son propos, le chapitrer ? Choisir un seul type de support ou croiser les expressions ? Guider le spectateur dans sa pensée ou le laisser libre d’appréhender cette histoire à sa façon pour en perpétuer lui-même le récit ?

A ce petit jeu, trois installations ont accroché notre attention, qui laissent libre court à l’imaginaire du spectateur, l’impliquent comme co-auteur de l’œuvre. En marge des installations proposées, ces trois créations jettent de multiples passerelles dans un hors champs chargés de significations que chacun d’entre nous trace au gré de ses propres envies.

Mary Sibande – Succession of three ages – 2013 – Musée d’art contemporain

C’est effectivement dans les salles du Musée d’art contemporain de Lyon que nous découvrons l’installation onirique de la sud africaine. Mary Sibande a construit son univers autour d’un personnage imaginaire baptisé Sophie. Sophie mute au gré de ses rêves, de ses fantasmes, elle s’abstrait du joug du réel, en remodèle perpétuellement les contours comme ses tenues dont elle déploie les outrances ainsi que des oriflammes conquérants « en contradiction complète avec la vie ouvrière traditionnelle de l’Afrique du Sud post-Apartheid » dont cet avatar veut s’absoudre avec opiniâtreté.

Quatre chevaux à bascule teints en noir que des tentacules de tissu violettes et mauves harnachent et semblent guider : voici l’un des rêves de Sophie. Une émanation des anxiétés, des peurs féminines de l’artiste que cette référence indirecte à une manifestation réprimée par la police à coup de canon à eau, le liquide étant teint en violet pour pouvoir identifier les manifestants après coup. Violence, pouvoir, délation ? Le violet est par ailleurs la couleur de l’élévation spirituelle. En jouant sur ces écarts, Mary Sibande nous offre les éléments pour construire notre propre symbolique.

Samuel Rousseau – L’arbre et son ombre – 2012 – Docks Art Fair

Un tronc décharné, sec, aux branches torturées et nues. Son ombre sur un écran blanc. Soudain l’ombre bouge, des bourgeons apparaissent, qui éclosent, s’ouvrent, fleurissent, deviennent feuilles. L’arbre soudain revit, se couvre d’un épais feuillage. Puis au gré du vent les feuilles frémissent, se détachent, tombent lentement. L’hiver succède à l’automne, achevant de dénuder l’arbre qui revient à sa condition présente de tronc mort.

C’est tout simple en apparence, mais ce travail de précision a demandé deux ans de mise au point à l’artiste, pour restituer ce cycle et enclencher le flot d’émotions qu’il suscite au spectateur. Nul besoin ici de construire l’histoire, nous la connaissons tous. Il s’agit plutôt de s’immerger dans la perception et l’affect de cette installation cathartique, exposée dans le cadre du marché de l’art contemporain Docks Art Fair par la galerie Claire Gastaud.

Benoît Pype – Chutes libres – 2013 – Des présents inachevés – Palais de Tokyo – Les Modules hors les murs – Fondation Pierre Bergé/Yves Saint Laurent

Il faut entre dans le nouveau bâtiment d’Euronews qui jouxte la Sucrière à Confluence pour découvrir l’installation de Benoît Pype. Réalisée dans le cadre du programme Modules – Fondation Pierre Bergé / Yves Saint Laurent propulsé par le palais de Tokyo et ici invité de la biennale, cette œuvre implique résolument le spectateur, invité à apporter son regard et son ressenti par des animateurs dédiés à cette mission.

Car ces Chutes libres, petites gouttes de plomb figées en formes improbables dans l’eau qui a cristallisé leur fusion, sont une variante esthétique de la molybdomancie, technique de lecture de l’avenir particulièrement en vogue chez les tribus germaniques de l’Antiquité. A nous, visiteurs interpellés, de jouer le rôle de Pythie et de donner notre version. Que voyons-nous dans ces silhouettes ? Un dauphin salvateur ? Une explosion nucléaire ? une attitude victorieuse ? Peu importe au final, sinon que notre intervention met en relief la précarité du savoir, ses origines complexes, sa fragilité.

 

Et plus si affinités

Album photos : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.511255005620099.1073741858.114156521996618&type=3

http://www.biennaledelyon.com/

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