Automne en Normandie : un mois de festival pour interroger le rapport masculin/féminin

… Et mesurer à quel point cette question du transgenre et des relations entre les sexes irrigue la création et les arts du spectacle à l’international, alors que la chose déboule sur la place publique pour y faire débat. C’est ce qui ressort en premier lieu de ce mois de programmation très pointue et variée. Car pour sa 8ème édition, Automne en Normandie a mis la barre haut avec une thématique ambitieuse, difficile à traiter, et un bilan chiffré qui témoigne d’une organisation d’ampleur :

  • 80 représentations sur l’ensemble de la Haute-Normandie
  • 27 salles partenaires dont les SMAC le 106 à Rouen, et le Tetris au Havre
  • 41 compagnies et ensembles artistiques de 27 nationalités différentes
  • 61% des propositions artistiques venues de l’étranger
  • un taux de fréquentation en hausse à 79% (contre 77% en 2012)

21.000 entrées payantes, un public fidélisé où les jeunes et les étudiants sont de plus en plus nombreux, qui n’hésite pas à bouger sur le territoire, y compris pour participer aux rencontres et conférences : le festival s’est infiltré jusque dans les milieux scolaire et hospitalier. Un tour de force qui prouve que les choix de Robert Lacombe, directeur du festival, et son équipe sont justes, pertinents, visionnaires. Et hardis.

D’une part car le choix de la thématique et l’organisation, débutés il y a deux ans, ont pris corps en une période de fort questionnement et de polémique autour du mariage homosexuel, collant ainsi à une actualité brûlante qui interroge les esprits et les êtres dans leur épanouissement et leur intégration sociale. D’autre part car les spectacles convoqués, théâtre, danse et musique confondus, sont très souvent difficiles, sans concession, subversifs, outranciers, abordant le sujet de front, crûment même, sans tomber pour autant dans le trash ni le voyeurisme.

Une gageure portée par des classiques, Mademoiselle Julie de Strinberg, La Nuit des rois ou Othello de Shakespeare, La maison de poupée de Ibsen, Yerma de Garcia Lorca, Le Lac des cygnes, remis au goût du jour par des metteurs en scène, des chorégraphes d’avant-garde qui offrent une lecture ambiguë et dérangeante. La présence du cabaret également avec An evening with Judy ou le Cabaret New Burlesque, de la musique classique avec Jeanne la Pucelle par Jordi Savall, ou un hommage aux castrats.

En parallèle de ces relectures, des œuvres contemporaines qui mixent les genres et jonglent avec le tendancieux :

  • Le Tourbillon de l’amour, pièce du japonais Daisuke Miura, jouée pour la première fois en France et qui aborde la question de la sexualité nippone moderne au travers de la vie quotidienne dans un bordel ;
  • In the Pony Palace / football de Tina Satter, qui nous plonge dans l’univers d’une équipe féminine de football américain où se côtoient hétéros, lesbiennes, transgenres ;
  • le délirant, drolissime et catégorique Scum Rodéo, adaptation par Sarah Chaumette et Mirabelle Rousseau du Scum Manifesto réclamant la création d’une association pour émasculer les hommes (rien que ça) ;
  • Mes jambes si vous saviez quelle fumée, sensuel et terrible hommage de Bruno Geslin au très sulfureux artiste Pierre Molinier, interprété par un Pïerre Maillet d’une justesse incroyable, tout en ironie désespérée ;
  • P.P.P où Phia Ménard symbolise ses ambiguités existencielles par la glace dont elle joue durant tout son spectacle sur une chorégraphie de jonglage qui évoque la remise en question des équilibres personnels ;
  • le sauvage et violent Tragédie, ballet d’Olivier Dubois qui mêle les corps nus des danseurs dans une sarabande orgiaque saisissante, une fable en movement sur la naturelle bestialité des rapports humains ;
  • le très sculptural et recherché The Pyre où la chorégraphe Gisèle Vienne questionne l’identité féminine en croisant les modes d’expression de l’écrit, du visuel, du numérique ;
  • le très étrange et déglingué cabaret buto Crazy camel qui mêle la danse nippone et l’attitude burlesque dans la flamboyance baroque du Kimpun Show.

Nous ne pouvons tous les citer tant la programmation est touffue et ne conservons que les plus extrêmes dans leur formulation. Il ressort néanmoins de cette analyse une variété des approches, des discours, des questionnements et une thématique qui amène les créateurs à faire évoluer leur art, à en repousser les limites en jouant la carte de la rencontre avec d’autres supports. En explosant les barrières qui séparent le masculin et le féminin, les artistes ici convoqués en viennent naturellement à abolir la sectorisation des disciplines pour en se cherchant, chercher d’autres voies de communication, d’autres mode de représentation et d’échange.

C’est un des grands mérites de ce festival que de mettre en évidence cette mutation par une approche transversale révélatrice d’un questionnement international.

Et plus si affinités

http://automne-en-normandie.com/fr

 

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