Atlanta : regard critique et nécessaire sur une ghettoïsation coupable

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La série TV a été primée « Meilleure série musicale ou comique » aux Golden Globes 2017. Pourtant Atlanta n’a rien de drôle, et ne donne pas vraiment envie de pousser la chansonnette. En nous plongeant jusqu’aux cheveux dans la détresse de la population afro américaine, le récit de Donald Glover fait peur et pitié, ébauchant une mince lueur d’espoir dans un univers voué à l’échec constant. Earn a fait des études en fac, on se demande comment. Car sa vie va à vaut l’eau, entre un petit job de merde, des parents qui n’en peuvent plus de le supporter, une petite fille faite par hasard et une compagne qui n’en est pas une. Son rêve, son seul échappatoire, sa porte de sortie ? Devenir le manager de son rappeur de cousin, dealer par obligation, feignasse dans l’âme, talentueux mais pas trop, intolérant, inéduqué, … mais qui survit, et pourrait bien percer s’il ne loosait pas à longueur de journée.

Drogues, cuites, chômage, exploitation, violence, … voici le seul horizon qui s’offre à Earn et ses potes, sur fond de réseaux sociaux omniprésents et de consumérisme absolu. Il faudra dix épisodes d’un cynisme à peine caché pour que le héros trace un début de route, pose les bases d’une exfiltration des plus fragiles. Le rap US, rude et primal, n’est ici qu’un prétexte, un arrière plan, qui permet de pénétrer dans une sphère sociale défavorisée, exclue, brimée. Le racisme blanc n’est qu’à peine abordé, c’est en fait une évidence qu’on voit poindre de loin en loin dans la brutalité des flics, la condescende des bourgeois prétendument progressistes … ce qui frappe, c’est la dureté des relations dans la communauté même, où chacun pour survivre doit défendre son misérable pré carré de l’avidité de ses congénères. Et cela est effrayant à voir, Glover ne prenant pas de pincettes pour mettre cette âpreté relationnelle en évidence.

On ne se fait pas de cadeau dans le quartier de Earn, ni dans sa famille, ni parmi ses amis, c’est à celui qui entubera l’autre, le volera, l’humiliera. Pour oublier sa propre humiliation. Pour épater les autres avec une réussite de façade, fric facile, gonzesses à la cuisse légère, parce que ça paie le loyer … le fond du propos, c’est de montrer à quoi la population afro américaine en est réduite, alors même qu’un président noir a réussi à se hisser au sommet, on ne sait par quel miracle. Pour un peu on penserait à du Zola boosté à la punchline hiphop. Les situations sont ubuesques, pour ne pas dire effrayantes, désolantes et pitoyables. La culture, l’imagination, le rêve, la dignité ? Un luxe inenvisageable, impensable quand on se bat pour conserver un emploi précaire, un appart minable. Les diplômes ? Aucune utilité visiblement sinon être méprisé un peu plus.

On ressort des dix épisodes avec un sentiment d’étouffement, d’épuisement, face à ce combat quotidien pour garder la tête droite, ne pas sombrer dans la délinquance … Dans le contexte politique américain actuel, où les USA se referment sur eux-mêmes, adoptent un discours socialement intransigeant et rétrograde, et abandonnent volontairement les plus faibles, Atlanta prend des accents d’autant plus tragiques qu’elle démonte les conditions d’une ghettoïsation menaçant n’importe quelle communauté, peu importe sa religion, sa couleur de peau, son appartenance culturelle, sexuelle … A ce titre, elle aurait mérité un prix plus approprié ne l’enfermant dans un genre restrictif et léger, qui amoindrit sa portée véritable, son regard critique et sans concession.

Et plus si affinités

https://www.facebook.com/AtlantaFX/?fref=ts

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