ARTE fait son cinéma : Abus de faiblesse de Catherine Breillat

Autre temps fort du festival ARTE fait son cinéma, Abus de faiblesse s’impose comme un film choc, d’une rare perversité qui n’égale que la qualité de son interprétation et son esthétique.

Le film raconte comment une réalisatrice foudroyée par une hémorragie cérébrale va progressivement tomber sous la coupe d’un escroc. Toute la subtilité du propos repose sur une ambivalence permanente, qui interroge le positionnement de cette artiste aux prises avec ce voyou dont on comprend au premier regard qu’il va la dépouiller sans pitié : elle-même est tout à fait au courant, elle repère ce garçon lors d’une interview où il raconte son parcours délinquant. Pourquoi alors le choisit-elle comme acteur ? Pourquoi lui prête-t-elle de l’argent ? Pourquoi le garde-t-elle dans son environnement proche quand tous ses amis la mettent en garde ?

Une fiction ? Oui mais ancrée dans le propre parcours de la réalisatrice Catherine Breillat, elle-même terrassée par un AVC puis victime de Rocancourt, l’arnaqueur de vedettes. Et l’on sent à chaque plan, qu’elle interroge le gouffre dans lequel elle est progressivement tombée, tentant de cerner la teneur d’une relation hypnotique de part et d’autre. Car si Vilko est un monstre de cynisme, sa prétendue victime est capable d’une grande cruauté mentale. Ainsi chacun impacte l’autre, et l’on peut se demander si Maud ne se laisse pas berner en toute conscience, savourant ainsi toute la perversité d’une relation fondée sur le rapport de force. A croire qu’elle teste ses propres limites, qu' »elle se met volontairement en danger comme pour reprendre le contrôle sur un corps qui ne lui appartient plus ?

Qui ici fait abus de faiblesse ? Le jeu des comédiens ne permet jamais de trancher. Face à un Kool Shen oscillant entre grossièreté, tendresse, attention et brutalité, Isabelle Huppert incarne Maud, d’une pâleur de fantôme, tranchante comme une lame, capricieuse, volontaire, solitaire, indépendante, … un brin suicidaire ? La relation qui se tisse entre eux va être ravageuse, et chaque acteur ajoute à la tension palpable en affirmant sa personnalité, en montrant à peine ses faiblesses, effrayants tous deux, par la manière dont ils s’abandonnent dans leur rôle. Huppert dés la première image, est absolument écrasante, et cela ne varie pas jusqu’au dernier plan du film, tout au long duquel elle se met en péril, sans jamais perdre le fil de son personnage.

Le tout est magistral, tenant à la fois du film à suspens, de l’oeuvre introspective, du portrait psychologique. Sans jamais à aucun moment apporter de réponse au mystère de cette rencontre, véritable réponse du sort au mystère de la maladie.

Et plus si affinités

http://cinema.arte.tv/fr/article/abus-de-faiblesse-de-catherine-breillat-jeudi-1er-decembre-22h30

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.