Apocalypse: la Première Guerre mondiale, La Crande Boucherie, les ténèbres en couleurs

Mardi 18 Mars 2014 : 5,9 millions de spectateurs sont devant France 2 pour regarder Apocalypse: la Première Guerre mondiale.

22,5 % de part d’audience donc pour les deux premiers épisodes de cette saga documentaire composée de cinq chapitres aux titres évocateurs : « Furie », « Peur », « Enfer », « Rage », « Délivrance ». Un record pour la chaîne publique qui s’impose avec ce choix de programmation particulièrement pensé, pertinent et sûr puisque misant une nouvelle fois sur le travail des réalisatrices Danielle Costelle et Isabelle Clarke, auteurs heureuses et très inspirées du précédent opus Apocalypse sur la guerre de 40.

Ces dames reprennent la même recette pour s’attaquer au monument historique que constitue la Grande Boucherie, ici documentée à partir de 500 heures d’images collectées en Europe et outre-Atlantique (la série résulte d’une co-production franco-canadienne), images triées avec soin dans l’étonnante masse de témoignages filmés en cette période qui voit l’émergence du cinématographe. Deux ans et demi de travail, le conseil d’historiens et de spécialistes en tout genre, furent nécessaires pour réaliser ce pari de recomposer de façon attractive et claire à la fois 4 ans d’enfer absolus.

Colorisés au terme de quarante-sept semaines de travail assidu, les souvenirs du conflit sont organisés de telle sorte qu’on y décline les étapes successives de cette guerre, depuis la présentation de la situation initiale, des belligérants, de leurs antagonismes jusqu’aux grands temps de ce ballet de mort, assassinat de l’archiduc d’Autriche, jeu des alliances, mobilisation, créations des différents fronts, glissement vers la guerre de position et enterrement dans les tranchées, … le tout dissèque les différents visages de cette guerre totale, perfectionnement fou des armes et de leur caractère létal, implication des colonies, mutations de la société, bouleversement des forces et des systèmes politiques … autant de thèmes que prolonge un site web très fourni.

La voix de Mathieu Kassovitz souligne la tension latente, croissante, l’horreur émergente au fil des images, sans néanmoins verser dans un commentaire sensationnalisme ni le pathos que pourrait impliquer la célébration du centenaire de 14-18. Ici se souvenir n’est pas le seul objectif, il s’agit surtout de comprendre le mécanisme qui a engendré cette dérive incroyable, cet enlisement dans l’atroce. On frémit en comprenant que notre modernité est née dans tout ce sang, toute cette bêtise, ce vide. Car c’est ce qui ressort de l’analyse proposée : de grandes familles impériales, des dirigeants enfermés dans leur caste, des sentiments nationalistes exacerbés, une diplomatie incompétente, des industriels motivés par le gain de la fabrication d’armes … Et l’humain dans tout ça ? A la dérive, comme on l’apprend progressivement …

Le massacre arménien par les Turcs entrés dans le conflit, la résistance héroïque et désespérée du peuple belge, l’éviction de ceux qui, clairvoyant et humanistes, ne voulaient pas de cette guerre (en parallèle de ce centenaire, nous célébrons l’anniversaire de l’assassinat de Jaurès, balayé pour avoir osé s’interposer et rappeler chacun à la raison et au bon sens, criant tout haut ce que nombre de dirigeants redoutaient tout bas dans l’ombre des échanges épistolaires diplomatiques et des confidences de chancelleries) … les deux premiers épisodes frappent par leur clarté, leur violence. Mieux qu’un cours ou une commémoration, ils déroulent le schéma implacable d’une véritable catastrophe humaine, dont les conséquences ébranleront le monde et poseront les fondations d’un deuxième conflit qui ne sera que la continuation du premier, après une pose de 20 ans, histoire de recomposer les rangs des armées avec une chair à canon toute fraîche, docile et prête à l’emploi.

Une continuation … et un reflet ? Difficile à l’heure où l’Ukraine s’enflamme, où des quatre de l’Europe et du monde, les extrémismes se réveillent, menaçants, de ne pas voir dans la marche à la Grande Boucherie un avertissement pour le futur, et une excellente raison de se souvenir.

Et plus si affinités

http://apocalypse.france2.fr/premiere-guerre-mondiale/