Apathy for the devil – Nick Kent : le rock, cette foire aux Vanités …

9782743623814

« Padmé, là franchement tu retardes !!!!! Tu avais pas lu ce bouquin ???? Il est sorti en 2010, voyons ! » Non je n’avais pas lu … mais comme dit le proverbe il n’est jamais trop tard pour bien faire. Et lire, pardon, dévorer Apathy for the devil est probablement une des meilleures choses que j’ai faites cette année avec regarder la série Vinyl et écouter Girls Names. Il faut dire que les mémoires de Nick Kent, baptisées du jeu de mots que commit Dylan à partir de la fameuse chanson des Stones ont tout pour accrocher le lecteur et le faire plonger tête la première dans les remous du fleuve rock au sein de ce tronçon prospère et désespéré que furent les 70’s.

Que retenir de ce récit ? Que cette décennie a donné naissance aux plus grands groupes de l’histoire de la musique moderne avant des les engloutir dans le gouffre de leurs excès ? Que le business qui favorisa cette embellie confinait au mafieux, que tous les (sales) coups y étaient permis ?Qu’heureusement il y eut des Nick Kent pour repérer et chroniquer ces talents dans une presse spécialisée en devenir ? Que pour ce faire il fallut développer une écriture, un style aussi hargneux que l’étaient les univers musicaux décrits ?

Année après année, Kent, avec un style frénétique, décrit l’ancrage progressif de cette subculture dans notre civilisation moderne. Négligé, décrié, méprisé, le rock en moins de 20 ans devient un phare rayonnant qui attire à lui les génies comme les loosers. Devenir une star est difficile, le rester est rarissime. Combien se cassèrent les dents en essayant de suivre la trajectoire des Beatles, des Rolling Stones, de David Bowie, des Sex Pistols ? Observateur averti, détecteur de tendances, Kent ne s’y trompe pas, en dépit des tonnes de drogues qu’il va s’enfiler, au risque d’en mourir, il demeure celui qui voit, qui entend, qui raconte. Son autobiographie n’est pas sous-titrée « Voyage au coeur des ténèbres » pour rien.

De ces dix années de flamboyance musicale, il ne reste que des albums superbes, des groupes mythiques, des souvenirs en pagaille et des fantômes. De quoi bâtir des légendes … et rétablir certaines vérités. D’un trait vigoureux, Kent taille un short bien court à certaines idées reçues, étouffant dans l’oeuf les ragots et les on dit qui pullulent dans ce microcosme. Il faut dire que ce type est béni des dieux du groove, toujours là quand il le faut, assistant à un des premiers lives des Stones, à deux doigts d’être agressé par Bob Marley et ses musicos dans des chiottes douteuses, vivant son premier amour avec une certaine Chrissie Hynde, échappant de peu à une overdose grâce à Iggy Pop, cornaquant les Sex Pistols avant qu’ils ne s’acoquinent avec Sid Vicious …

Et j’en passe … encyclopédie vivante du rock, Nick Kent a vécu cette révolution dans ses tripes, sa tête et son coeur. Et il n’a pas son pareil (sauf Lester Bang peut-être, son mentor rédactionnel) pour inoculer au lecteur le formidable appel d’air que constituèrent les premiers temps de ces années échevelées … et exprimer la fascination morbide qu’exerça ce monde fait de paillettes et de mensonges sur des jeunes générations vite aveuglées par les psychotropes et la vie facile. Ce « rock’n roll circus » au coeur de la Swinging London n’est pas autre chose q’une foire aux vanités célébrant la fin d’un monde, et Kent s’avère très proche par son ironie d’un Thackeray sous coke.

Le livre est sorti en poche dans la collection Rivages Rouge ; vous n’avez donc plus d’excuse pour vous en passer … et savez désormais ce que vous emporterez en vacances, si vous n’avez pas bouffé l’intégralité de ces 470 pages avant, avec la sono à fond pour illustrer le propos d’une playlist bien sentie.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur ce petit chef d’oeuvre, consultez le site de l’éditeur Rivages Rouge :

http://www.payot-rivages.net/livre_Apathy-for-the-Devil-Nick-Kent_ean13_9782743623814.html

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