Annie Abrahams : le web est un théâtre

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D’origine néerlandaise, cette artiste s’est taillé la part belle dans l’univers des arts numériques ou baptisés comme tels en exploitant le pouvoir dramaturgique de la toile. Au cœur de son travail, vidéos, interactions, performances, lectures et mises en voix en temps réel : l’idée est d’explorer par plusieurs angles l’évolution des comportements d’internautes impliqués dans une action théâtrale allant de la lecture de textes en réseau au jeu de comédien télécommandé par les directives des usagers.

La liste de ses cyberprestations est impressionnante d’originalité, de qualité, de pertinence et de continuité : notons la longue série composée par Being Human (1997-2007), soit 10 ans d’interactions interrogeant la relation d’échange à partir du point fixe d’un espace personnel intime : en effet nos actions d’internautes nous amènent à communiquer avec la planète entière sans bouger d’un lieu clos, fixe et très souvent déterminé comme notre lieu de vie, intime, fermé et secret.

C’est donc ici la question du huis clos sartrien qui trouve un nouvel écho, avec l’autre comme échappatoire et enfer ? Annie Abrahams n’hésite guère à rebondir sur la philosophie sartrienne avec Huis Clos/No Exit – On Collaboration & Jam (2010) dont elle avait ébauché la logique avec Double Blind (love) (2009). C’est que le champ des NTIC concoure à nourrir les relations virtuelles dématérialisées, trompeuses, décevantes et paradoxalement addictives, … ou à les libérer, ainsi avec Angry Women (avril 2012) performance qui amène des utilisatrices convoquées par Annie Abrahams à formuler de façon très bergmanienne leurs frustrations les plus amères entre cris et chuchotements.

De tout ce travail c’est Beyond en binôme avec Igor Stromajer, qui est probablement le plus marquant : il s’agissait pour les deux partenaires d’interpréter devant leur webcam et du mieux possible les directives formulées par des internautes depuis ordinateurs et smartphones via une URL dédiée, tandis que deux narrateurs lisaient ces injonctions au public rassemblé devant l’écran où se reflètent les performers. Dans cette boucle, le spectateur devient metteur en scène et manipulateur tandis que les acteurs incarnent l’idéal du comédien/marionnette selon Artaud ou Craig.

On pense bien sûr à Fluxus ou à Marina Abramovic, à ceci près qu’ici l’écran instaure une distance qui décompose le réel tout en le rendant grotesque. On pense aussi à Shakespeare, à Beckett, à Ionesco, … On pense surtout qu’ici sur ce théâtre du monde qu’est le web, l’homme ne se cache que pour mieux se montrer. Et l’action sans cesse répétée d’Annie Abrahams a pour objectif de démasquer ce jeu de masque, de mettre en lumière ces ombres qui n’en sont plus dans une commedia dell’arte à rebours, une farce qui efface les limites entre réel et fiction pour révéler nos absolus.

 

Et plus si affinités

http://www.bram.org/

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