American Horror Story 6 – Roanoke : reality show à coup de hachoir !

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Le fait est suffisamment rare pour le souligner : si nous ne consacrons généralement qu’un seul article à une série TV, force est de constater que la saison 6 d’American Horror Story vaut bien qu’on en remette une couche. Et pour cause : en sus d’être superbement construit et remarquablement interprété, « Roanoke » est une véritable claque dans la gueule, aussi bien au niveau violence que symbolique.

Le secret fut bien gardé jusqu’au lancement du premier épisode le 14 septembre 2016 : on savait seulement que ce nouveau chapitre traiterait de la disparition mystérieuse de la première colonie anglaise établie en Caroline du Nord à la fin du XVIeme siècle : une légende fondatrice qui en dit long sur la brutalité crue de cette contrée. Avec l’imagination jubilatoire qu’on lui connaît, Ryan Murphy apporte sa propre version, décoiffante, horrifique … et d’une mordante ironie.

Le rêve américain est ici d’autant plus écorné que son récit est superposé à un docu fiction narrant les mésaventures du couple Miller, malheureux propriétaires d’une magnifique ferme de Caroline du Nord, achetée une bouchée de pain ainsi que la terre qui l’entoure. Ils ignorent que la ferme et ses alentours sont hantés, comme il se doit dans AHS, par les spectres des colons et de leurs victimes, fermement décidés à se débarrasser de tout intrus. Je n’en dis pas plus, pour ne pas « spoiler » l’intrigue et votre plaisir, dont de toute façon on imagine bien qu’elle se termine atrocement.

Comme toujours dans cette série, il convient de creuser. D’aucuns rapportent ce nouvel opus au premier « Murder house ». Un retour aux sources trompeur car le véritable objectif de la manoeuvre narrative est d’exploiter les joies cruelles du found footage, tel que le Projet BlairWitch en a édicté les règles en son temps. Dans la même foulée, on en profite pour aller se balader dans les derniers succès à la mode type Paranormal activity, tout en s’égayant dans le slasher de base, avec références constantes aux histoires de bouseux cannibales en mode Leatherface et autres dégénérés consanguins à la Firefly.

Avec pareil enchevêtrement, on n’a plus trop envie d’aller séjourner dans la cambrousse américaine, soyez en sûrs. Même la modernité des ordis/écrans/smartphones ne sert de rien face à cette agressivité primale exsudée par la forêt, petit clin d’oeil au passage à Evil Dead. Murphy connaît ses classiques, ce n’est pas nouveau. Mais ici il en use comme personne, s’offrant au passage une critique particulièrement salée de ses contemporains obsédés par le voyeurisme, l’audimat et le besoin de briller sur les réseaux sociaux. Autant vous dire que ces crétins finis vont payer leur vanité dans le sang (au passage nous déconseillons fortement la série à ceux qui ont des problèmes d’intestins ou d’hémorroïdes).

Le réalisateur pousse si loin l’effacement des limites entre réalité et fiction qu’il en vient à sacrifier le sacro-saint générique (fallait oser) pour nous entraîner direct dans ce délire, et nous déstabiliser à l’image des personnages, au risque de perdre ses fans. Nous voici voyeurs malgré nous et bien contents de l’être, au même titre que les millions de téléspectateurs qui se repaissent de l’exhibitionnisme masochiste de quidams devenus des stars par l’étalement de leurs déboires affectifs. Sauf qu’ici la punition est expéditive, définitive et bien bien gore. Le malaise qui se dégage de cette approche n’est pas sans rappeler les deux derniers opus zombiesques de Romero qui plaçait notre rapport à l’image et au virtuel au coeur de ses scenarii.

Tout ça pour dire que American Horror Story 6 confirme la puissance de frappe du concept, en mobilisant une troupe d’acteurs dont la cohérence est évidente, mention ++ pour une Kathy Bates absolument effrayante dans son rôle de Bouchère tyrannique et psychopathe. On appréciera par ailleurs l’usage de la mise en abime, cette conjugaison moderne et sanglante du théâtre dans le théâtre, quand les interprètes du docu fiction My Roanoke nightmare, seront confrontés aux personnes qu’ils ont incarnées. A ce point de jonction, ce qui nous avait effrayé passe soudain pour une aventure de Mickey, une gentille petite comptine, en comparaison avec la férocité expéditive propre à la réalité, dont on découvre soudain qu’elle est beaucoup moins « poétique ».

Et plus si affinités

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