Alice Cooper, monstrueusement rock … et fier de l’être ?

Faut-il vendre son âme au diable pour devenir une star ? Et le rester ? Faut-il se foutre en l’air à coup de shooteuse à l’âge de 27 ans afin d’ inscrire son nom en lettres de feu au panthéon des dieux du rock, y demeurer pour l’éternité et continuer d’épater des générations de gamins en quête de frissons musicaux ? Eh bien, non ! Racontée comme un récit fantastique à la Docteur Jekyll et Mister Hyde par Reginald Harkema, Sam Dunn et Scot McFadyen, la vie d’Alice Cooper aurait tendance à foutre un coup de pied dans la fourmilière mythologique en proposant un schéma divergent mais néanmoins spectaculaire.

En quatre-vingt minutes pour le moins dynamiques et truffées d’archives et de témoignages passionnants, les trois réals déroulent un documentaire survolté, où nous voyons Vince Furnier, digne fils de pasteur et asthmatique notoire, monter The Spiders, céder à l’esprit psychédélique puis au garage band avant de se tourner vers une forme plus dark de musique, se laisser envahir par le spectre d’une sorcière britannique brûlée vive au XVIIeme siècle, et fonder une des groupes les plus dingues de cette génération bénie des dieux du rock puisqu’ils ont tout inventé, et qu’à chaque fois qu’on les entend, on se dit qu’on n’a rien vécu de ce qui a vraiment compté.

Accouchant du glam et du metal alors qu’ils plument les coussins et balancent un pauvre poulet dans une foule hystérique, les membres du combo Alice Cooper ne savent pas qu’ils viennent d’ensemencer l’avenir du hard, et de placer une petite graine ultra créatrice dans la tête de gars comme Axel Rose ou Marilyn Manson, qui ne s’est au passage jamais remis d’avoir vu son idole apparaître à la télé sans maquillage. Bah oui garçon, mais porter Alice Cooper au quotidien, à la scène comme à la ville, on comprend vite que c’est ultra cool et un max dévastateur.

Pour tenir le choc des compos, des tournées, la pression des fans et des journalistes, bref le barnum de l’industrie musicale alors en pleine explosion, Vince alimente Alice à grand renfort d’alcool puis de coke puis de crack. Le combo splite, l’idole en solo manque y laisser son couple, sa gamine … et la vie. Du reste la métamorphose occasionnée par les saloperies qu’il absorbe est aussi spectaculaire que ses shows mais beaucoup plus inquiétante, car on sent la mort toute proche, se poser par instant sur son visage. Étonnamment c’est Alice qui fichera la camarde dehors, pour sauver Vince et remonter en scène après des années de stand by.

Parce que la vraie drogue, c’est le live. Et le pire c’est que son come-back, Alice va le gérer fingers in the nose : c’est un pur succès ! Revenu des enfers, Alice Cooper se réconcilie avec la vie, s’éclate sur les planches et laisse Vince vivre sa vie de papa, d’époux et de golfeur tranquillement. Et au passage, tous deux s’offrent le luxe de demeurer une référence incontournable, un Janus Bifrons artiste hors pair qui puise dans Dada et les surréalistes le goût pour un music-hall horrifico-humoristique qui continue de séduire, parce qu’il est éternel. Eh oui, qui ne se reconnaîtra pas dans l’oriflamme « School’s out », aussi incontournable que le « Brindisi » de La Traviata ?

On ressort de ce Alice Cooper, monstrueusement rock à la fois ébloui, effrayé … et avec le vague sentiment que le quotidien musical a des saveurs de soupe refroidie. Qui pour reprendre le flambeau et se brûler les ailes sans finir comme Icare ou Jekyll ? Est-il encore envisageable que l’industrie donne naissance à pareille tornade, à l’heure où tout doit être politiquement correct y compris la provocation ? A méditer en regardant Alice Cooper mettre la scène à sac dans une explosion de riffs diaboliques …

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/082217-000-A/alice-cooper-monstrueusement-rock/

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