Album : No One is innocent – Frankenstein – Verycords – 2018

On pensait en avoir fait le tour : No One is innocent calé dans le paysage de la contestation comme un nain de jardin sur sa pelouse, la Joconde souriant connement devant les hordes du tourisme de masse … Erreur !!!! Depuis qu’ils existent, Kemar et ses gars se font une joie de dynamiter les consciences trop chaudement emmitouflées ; du coup, les albums de ces dernières années n’en finissent plus de monter dans les tours pour cracher sur les conneries surmultipliées d’un système zombi qui s’obstine à tout bouffer, y compris ses propres intestins.

Frankenstein déboule dans un paysage musical assez morose et conventionnel pour nous coller un grand coup de pompe dans le cul, avec une dizaine de tracks où la gratte hystérique de Shanka répond en riffs destructeurs et visionnaires aux incantations de Kemar, allez savoir encore plus mordantes que d’habitude. Dixit le premier morceau, « A la gloire du marché » qui vous accueille avec une gifle dans la gueule, et la crucifixion très officielle du capitalisme cannibale. Je ne vous cache pas que l’ensemble du LP m’a sonnée gravement, parce qu’intégralement en transe, à faire hurler d’une chanson à l’autre les sirènes d’alarme face aux prédateurs multiples lâchés sur nous.

Ou quand le rock réinvestit sa fonction révolutionnaire, non comme un discours dérisoire et guerilla marketing propre sur lui, mais tel la prémonition quasi mystique de l’assaut à venir. Et un regard sans pitié sur notre monde, « Les revenants » qui aborde tout haut la question du retour des djihadistes éduqués par Daesch comme des bombes à retardement, « Hold up au nom du peuple » qui défonce la manipulation des masses par les politiques, « What the fuck » qui résume la folie destructrice ambiante, ou la reprise du légendaire « Paranoid » de Black Sabbath qui en dit long sur notre état mental à l’heure du tout numérique.

Bref, si on se bouge pas les miches, on va finir de se faire dévorer et digérer. Avis aux amateurs, les No one ne sont pas des Cassandre et refusent d’y rester. « Nous sommes la nuit » est LE morceau à retenir de ce galop furieux, qui résume le positionnement constant du groupe : d’ultimes résistants, qui lutteront jusqu’au dernier souffle s’il le faut, gratte et micro en pogne, … et ont de fortes chances d’atteindre leur but : car ils savent qu’ils ont le pouvoir de fédérer, qu’ils y excellent, qu’ils peuvent d’un concert remettre les têtes sur les épaules, les pieds sur terre, et en rythme, s’il vous plaît !

Est-ce pour cette raison qu’une majorité des textes est en français, comme une urgence d’être compris ? Toujours est-il qu’avec Frankenstein, No One is innocent a été touché par la fureur des dieux si jamais ceux-ci existent, ils en expriment le courroux total face à l’abjection et la connerie, et très nettement appellent à résister, par l’intelligence et la création, car, optimistes et fiers de l’être, ils le savent : il n’est jamais trop tard !

Et plus si affinités

http://www.nooneisinnocent.net/

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