ADADA : au bonheur des ânes

L’âne ça vous gagne ? Il faut croire ! Quand on googlise le mot, les sites de fédérations et d’élevage n’en finissent plus de s’afficher. C’est qu’avec 7 races définies, il y a de quoi faire. L’adoption d’âne a le vent en poupe, c’est certain, et pour divers usages. Entretien des prés auprès des troupeaux de moutons, travail de trait en tous genres depuis les troncs d’arbres jusqu’aux charrettes, production de lait d’ânesse pour les soins de la peau, spectacles et randonnées, le bourricot a son lot d’adeptes, y compris dans les cercles médicaux où ses compétences thérapeutiques sont très appréciées : calme et sociable par nature, l’âne n’a pas son pareil pour tranquilliser autistes, handicapés, personnes âgées. L’asino-médiation a donc de beaux jours devant elle.

Pour ce qui est de l’âne proprement dit, ce n’est pas forcément toujours le cas. Maltraitance, abandons se multiplient et nombreux sont les congénères de Cadichon à finir à l’abattage parce que leur propriétaire, lassé, ne veut plus s’en occuper, ce qui est d’une injustice flagrante vu le nombre de services rendus par ce fier équidé à la collectivité. Forte de ce constat, l’ADADA s’inscrit en première ligne dans la lutte pour la protection des ânes … et cela depuis 1968. Fondée alors par le peintre corrézien Raymond Boissy, l’Association Nationale des Amis des Ânes avait initialement pour objectif d’éviter sa disparition du paysage français, en offrant notamment des animaux à des maisons de retraite ou des écoles.

Au fil du temps et avec le nombre grandissant d’adhérents, l’ADADA a fédéré le conseil de spécialistes pour épauler les propriétaires, les éclairer dans leur rapport quotidien avec leur âne. Cinquante ans plus tard, alors que l’âne est tendance, ce sont les abandons qu’il faut gérer en priorité pour ne pas dire en urgence. Cela implique en amont de toute adoption d’informer et de responsabiliser les personnes désireuses d’acquérir un âne sur les réalités que cela implique, de fédérer une communauté active de propriétaires passionnés (1000 adhérents à ce jour à l’échelle internationale), de multiplier les échanges et les débats, d’organiser des manifestations (courses, festivals, marches) … et de récupérer les ânes laissés pour compte.

C’est la fonction du refuge situé à côté d’Ambert dans le Puy-de-Dôme, un pré de 75 hectares où plus de trois cents ânes et mulets abusés sont pris en charge, soit sur ordre de justice, soit parce qu’on ne peut plus les assumer. Ils s’y refont une santé, peuvent être rééduqués si besoin, l’objectif étant qu’ils soient adoptés par de nouveaux maîtres plus avenants que les précédents, ou parrainés par des passionnés quand ils sont trop vieux ou trop malades pour quitter le refuge. Le travail accompli en cinquante ans a tellement porté ses fruits que l’association, de rayonnement national, a été reconnue d’utilité publique en 2008.

Une reconnaissance officielle que l’annulation des contrats emplois aidés risque fort de mettre à mal : comme pléthore d’associations sur le territoire, l’ADADA bénéficiait de cette aide pour engager plus aisément les soignants nécessaires à l’entretien de ses 325 pensionnaires, permettant par ailleurs à ces personnes de retrouver le chemin de l’emploi. Aujourd’hui c’est sa mission même qui est remise en cause, et ça c’est hors de question ; appel aux dons, campagne Ulule, vente caritative, l’équipe d’ADADA n’a cependant pas dit son dernier mot, et compte bien défendre son projet à coups de sabots !

Et plus si affinités

http://www.assoadada.fr