Acceso aux Célestins : Dire ce que l’on doit taire ?

Ce soir dans le cadre du festival Sens Interdit, Acceso de Pablo Larrain et Roberto Farias nous emmène au Chili. Le très classique théâtre des Célestins met en lumière la question de la provocation à travers un monologue de cinquante cinq minutes en espagnol joué pour la première fois en France.

acceso

Lancé en 2009, le festival Sens Interdit donne la parole à des artistes internationaux. Sortant des sentiers battus, il met en avant le théâtre contemporain et original pour évoquer la politique, les problèmes de société afin peut être de changer notre vision du monde. Spectacle créé en 2014 à Santiago de Chile, Acceso colle à cette problématique, construit autour d un recueil de témoignages de garçons chiliens abusés sexuellement dans les centres Sename, en charge des mineurs en difficulté. Les 300 pages initialement produites ont été transformées par l’auteur Roberto Farrias en un monologue d’environ une heure jonglant entre l’évocation de l’horreur humaine et des pauses sans un style très « télé shopping ». Cinéaste et producteur chilien dont on se souvient surtout pour son film No en 2012, évoquant le référendum du dictateur Pinochet en 1988, Pablo Lorrain met en scène les confidences de Sandokan, vendeur ambulant chilien, SDF qui porte en lui cette triste mémoire.

Ce marginal s’exprime dans un espagnol vulgaire, parfois même incompréhensible, et ne cesse d’interpeller son public. Pas besoin de décors ou d’artifices pour nous faire saisir, la puissance des mots remplit ici tout à fait son rôle. Âmes sensibles, spectateurs trop jeunes ou même puristes du théâtre s’abstenir ! L’horreur et la misère sont ici exposés sans complexe, presque à outrance. Les répliques sont dérangeantes choquantes, provocatrices. Pour être sincère, on ne passe parfois pas un très bon moment. Cependant cette faculté à mettre mal à l’aise le spectateur est ici travaillée et voulue, elle remplit son rôle, celui de faire réagir, d’interpeller. La provocation peut dénaturer une pièce, ici elle la sublime, la rend différente et originale.

Ce cri de l’homme désespéré contraint le spectateur à contempler ce qu’il ne veut pas voir, pas entendre et surtout pas savoir. Cet homme on l’a sûrement croisé de nombreuses fois dans la rue faisant la manche, interpellant les passants pressés que nous sommes. Qu’avons nous fait alors ? Sourire éventuellement mais nous avons surtout continué notre chemin pour ne pas approcher de trop près la misère sociale flirtant avec une folie qui nous effraie. De par sa place même de spectateur, le public passif ne peut intervenir et laisse Sandokan guider la pièce. On se sent parfois pris au piège, on voudrait que cette logorrhée de drames et de misère s’arrête mais on persiste, fasciné, on écoute ….

Sandokan nous laisse peu de répit, sauf quand parfois il redevient vendeur. Dévoilant ses blessures intérieures de jeune garçon pauvre, abusé et miséreux il vomit sur scène sa détresse. Par la provocation, que Romain Gary décrivait comme « sa forme de légitime défense préférée », nous ressortons de ce récit formulé dans cette belle langue espagnole conscients de la misère présente. Au Chili 11% de la population vit sous le seuil de pauvreté, en 2012 127 écoles de la capitales ont subi des enquêtes pour pédophilie, plus récemment le Vatican s est excusé publiquement quant au crime du prêtre O Reilly. Acceso narre sans pitié une épouvantable réalité banalisée qui tourmente définitivement l’âme quand on la découvre dans son entier, insupportable, inacceptable, intolérable.

Et plus si affinités

http://www.celestins-lyon.org/index.php/Menu-thematique/Saison-2016-2017/Spectacles/Acceso

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