A l’avant garde spécial Arles : Mathieu Asselin – Monsanto, une enquête photographique

A quoi sert la photographie ? Saisir la réalité ? La magnifier ? La transmettre ? Avec Mathieu Asselin, l’objectif devient détecteur d’indice et lanceur d’alerte. Au cœur de son travail d’investigation, Monsanto et les ravages en série qu’occasionne la firme américaine, dans l’indifférence générale … ou presque ?

Car il est difficile de demeurer insensible face aux clichés que saisit le photographe français. L’humanité fait face à la nature, toutes deux violées par l’inconséquence et les méthodes mafieuses de l’industrie, affolée de dividendes et de puissance, balayant sans scrupule les rares obstacles qui se dressent sur sa route. Restent le martyre des champs contaminés, des êtres handicapés, mutilés par les substances chimiques, condamnés à plus ou moins long terme.

Mathieu Asselin ne fait pas que montrer cette vérité, il la met en exergue, douloureusement mais avec un sens aigu de l’image. Les bocaux où reposent les fœtus monstrueux, sobrement saisis en gros plan sur un fond noir, reflètent ces enfants sans bras, vêtus de Tshirt aux couleurs du Stars and Stripes, qui posent dans la luxuriance d’un balcon fleuri. Ignoble, injuste, criminel, … et particulièrement stratégique.

Ceux qui douteraient encore des effets dévastateurs de ces produits et de la totale absence de scrupules qui caractérise leur fabriquant en seront pour leurs frais. En convoquant au besoin des symboles mystiques comme la pieta, la scénographie de chaque photographie piège les regards, focalise l’attention des spectateurs sur l’impact physique et la manière dont chaque victime en supporte le joug, avec morgue, défaitisme, fatalité …

S’il montre les outrages répétés commis par Monsanto, Mathieu Asselin rappelle qu’ils frappent des individus, dans leur chair, leur quotidien, fauchant leurs espérances, leurs projets, leur santé, leur bien-être. Par contre-coup nous nous sentons aussi menacés, enfermés dans cette logique, étouffés, … Le destin chimique qui réduit ces gens au néant, nous pourrions bien le subir aussi, sans même le réaliser, aveuglément …

La force des photos de Asselin réside là : nous mettre sous les yeux les conséquences de cette peste invisible dont nous sommes probablement frappés, infectés, en cet instant, ignorant tout de la décomposition à l’œuvre …

Et plus si affinités

http://mathieuasselin.com

https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/view/145/mathieu-asselin

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