44ème édition du Festival International du Film : La Rochelle, la cinéphile éclairée

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Retour sur la 44ème édition du Festival International du Film de La Rochelle qui s’est déroulée du 1er au 10 juillet dernier.

S’il est un festival de cinéma qui préfère la cinéphilie au marché du film et aux soirées cosmétiques qui ne le valent pas tant que ça, c’est bien le festival international du film de La Rochelle. Ici, pas de compétition, pas de films grand public, pas de stars de cinéma, pas de passe-droits… Deuxième plus important festival consacré au 7ème art après son clinquant grand frère cannois, la manifestation rochelaise a encore prouvé, en 2016, son énorme attrait. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 328 projections de 195 films (152 longs métrages et 43 courts), 80 862 entrées salles dont 60 388 entrées payantes. A cela s’ajoutent celles des rencontres publiques et professionnelles, les visites de l’exposition de photos de Carl Th. Dreyer à la Tour de la Lanterne ainsi que les événements hors les murs, ce qui représentent 5 086 entrées supplémentaires. Le total est de 85 948. 2016 soit la meilleure année de l’histoire du Festival en termes de fréquentation globale.

Gianfranco Rosi Photo Philippe Lebruman cc Météore Films
Gianfranco Rosi
Photo Philippe Lebruman
cc Météore Films

Entre fiction et documentaire

Les festivaliers ont donc honoré l’éclectisme d’une programmation irréprochable, oscillant entre fiction et documentaire à l’instar de cette image qui aura dominé la 44ème édition du Festival International du Film de La Rochelle, celle tirée du film La Vallée de Barbet Schroeder qui voit Bulle Ogier entourée de plusieurs hommes d’une tribu à moitié nus et portant de drôles de masques.

Plus largement, l’œuvre du réalisateur américain, à qui le festival rendait un hommage en projetant une bonne partie de ses films en sa présence, est le parfait exemple de cette tension. La carrière de Schroeder aura été parcourue à la fois par le documentaire (Général Idi Amin Dada : autoportrait ; Koko, le gorille qui parle ou encore L’avocat de la terreur) et la fiction (More, Barfly, Le Mystère Von Bülow).

Le documentaire aura été plus directement mis en avant à travers l’hommage rendu au documentariste américain Frederick Wiseman (High School, Welfare, In Jackson Heights) ou encore par la présence de l’italien Gianfranco Rosi qui venait montrer son dernier film – Fuocommare – qui a reçu l’Ours d’or au dernier festival de Berlin, et un autre plus ancien Bellow Sea Level (2009).

À Frederick Wiseman et Gianfranco Rosi, on pourrait rajouter le cycle dédié au documentaire d’animation, genre en plein essor depuis Persépolis et Valse avec Bachir, pour donner une pleine mesure du documentaire en 2016.

Séance de ciné-concert

Jean Vigo et Carl Theordor Dreyer : rétrospective

Deux autres cinéastes avaient les honneurs d’une rétrospective. Celle consacrée au danois Carl Theodor Dreyer permettait de faire le tour d’une filmographie qui s’étend de 1919 (Le Président) à 1964 (Gertrud), entre le cinéma muet et le cinéma parlant avec une carrière qui semble en deux temps. Plutôt prolifique au moment du muet, Dreyer se fait plus rare après le passage au parlant marqué par Vampyr, qui garde par ailleurs quelques traces du muet, avec un film tous les dix ans. A travers cette rétrospective, la grande précision de Dreyer et son extrême croyance dans le cinéma impressionnent.

Malgré sa très courte carrière (seulement 4 ans), Jean Vigo a aussi eu le droit à une rétrospective. Celle-ci a permis l’émerveillement devant la beauté sur grand écran du célèbre L’Atalante. Un cinéma riche aussi de toutes les trouvailles du chef opérateur de Vigo, Boris Kaufman, fait de trucages en tous genres. Cette volonté d’une expérimentation constante est encore plus visible avec les courts-métrages documentaire de Vigo comme La Natation par Jean Taris, champion de France.

Rester vertical © Damien Bonnard, India Hair © Les Films du Losange
Rester vertical © Damien Bonnard, India Hair © Les Films du Losange

Alain Guiraudie, un cinéaste français incontournable

Enfin, dernier cinéaste « hommagé » : Alain Guiraudie qui depuis maintenant vingt ans étonne par son cinéma étrange et fantasque, inventant un territoire, une époque. Outre le merveilleux L’Inconnu du lac, sorti il y a déjà trois ans, l’ensemble de ses moyens et longs métrages était montré à La Rochelle. Entre western moderne, traques des bandits, histoires de bergers d’ounayes, monde en désindustrialisation, recherche du plaisir, le cinéma de Guiraudie est parcouru par une noirceur qui semble ne cesser d’augmenter, à l’image de son exceptionnel dernier film Rester Vertical.

Mustang

Le regard des réalisatrices turques

La catégorie Découverte regroupait cette année 11 films récents de réalisatrices turques dont le succès Mustang de Deniz Gamze Ergüven. « Cette sélection casse un peu un cliché selon lequel les femmes turques ne peuvent pas s’exprimer, poursuit Prune Engler. Au contraire, on voit là leurs différents regards sur la famille, la société turque. » Ce qui fait dire, à raison, à un festivalière, que « Le festival de La Rochelle est un voyage autour du monde, mais aussi dans notre mémoire de cinéphile ». Un voyage bien convivial où l’on célèbre sans falbalas le cinéma, acceptant sans (presque) resquiller les files d’attente démesurément longues, délimitées par aucune barrière. Pour faire passer le temps, chacun prend plaisir à échanger ses impressions sur les derniers films vus, sur ses projets immédiats. D’une file d’attente à l’autre, on se retrouve, on apprend à se connaître et il arrive souvent que des personnes renouent une amitié démarrée lors du ou des festival(s) précédent(s). Beaucoup sont des fidèles et il n’est pas désagréable de se nourrir de leurs expériences des années précédentes. Quant à l’édition 2017 on l’attend avec impatience.

Et plus si affinités

http://www.festival-larochelle.org/

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