Les Fourberies de Scapin : Molière et la piste aux étoiles !

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Roublard, ironique, manipulateur et grand coeur : Scapin résume à lui seul les traits de caractère du valet intelligent. Père du Dubois des Fausses Confidences, grand-père du Figaro de Beaumarchais, Scapin hérite des facéties de son aïeul le très napolitain Arlequin pour les transmettre aux générations futures.

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Jamais grotesque, toujours retors, fin même quand il est sarcastique, ce bad boy au grand cœur avoisine le picaresque, jongle avec le burlesque, surfe sur toutes les traditions comiques … et fait le bonheur de ses interprètes : on se souvient de Torreton, de Auteuil, de Smaïn même. La pièce constitue par ailleurs un pilier de la Comédie Française, un incontournable du répertoire … et pas mal de soucis pour un metteur en scène, car il suffit d’un rien pour que les aventures de ce diable d’homme tourne à la farce lourde et indigeste là où on voudrait se montrer original et subtil.

Pas évident donc de s’atteler à pareil monument sans sombrer dans la caricature ou la redondance. Aussi la mise en scène que Jacques Echantillon orchestra en 1971 pour la Grande maison fait-elle encore école et pour cause : il propulse l’intrigue de Molière sous le chapiteau d’un cirque. Scapin y devient tireur d’élite tout droit sorti d’un show de Buffalo Bill, une sorte de Lucky Luke rompu au revolver, qui fait mouche à chaque réplique, les jeunes premiers quant à eux deviennent qui un jongleur qui un acrobate, les amoureuses qui une montreuse de chiens qui une écuyère, les pères des clowns et ainsi de suite …

La valse des quiproquos se double alors de pirouettes et de cabrioles sous les trapèzes et les agrès, et chaque scène devient un numéro en soi. C’est d’autant plus savoureux que les rebondissements de Molière s’adaptent parfaitement à l’univers circassien. Le monde des acteurs et des bateleurs a toujours été mitoyen, non ? Jacques Echantillon jongle avec ce cousinage, n’hésitant pas à faire grimper ses interprètes dans les cintres, et quels interprètes ! Alain Pralon dans le rôle titre, André Dussolier et Bernard Alane dans celui des deux amoureux, Claire Vernet et Paule Noëlle pour les belles, Georges Audoubert et René Camoin pour les deux barbons, Francis Perrin Pour Sylvestre… une belle affiche, prometteuse comme l’a prouvé le parcours de chacun par la suite.

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L’ensemble date peut-être de 45 ans, il n’a pas pris une ride, l’analogie fonctionne toujours, ce petit air de folie douce, cet exercice d’adresse qu’est l’écriture comique prend ici des allures de voltige sans filet, tandis que les répliques et les situations rebondissent comme autant de tours de magie. Illusionniste, amuseur, clown, orchestrateur, homme de scène et de piste, les multiples visages de Molière apparaissent ici tour à tour pour nous saisir, nous faire rire, nous faire frémir. Son exceptionnelle virtuosité, sa modernité n’en sont que plus flagrantes.

Et plus si affinités
http://www.editionsmontparnasse.fr/p1738/Les-Fourberies-de-Scapin-DVD

 

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