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	<title>homosexuel</title>
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		<title>Shōjo entre archaïsmes sentimentaux et prémices de l&#8217;empowerment : une lecture féministe du manga pour filles</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/shojo-manga-feminisme-critique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dauphine De Cambre]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Oct 2026 08:39:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Longtemps relégué aux marges de la légitimité littéraire par une critique occidentale peu familière de ses codes, le shōjo manga (bande dessinée japonaise originellement destinée à un lectorat féminin jeune) constitue un objet d&#8217;étude sociologique singulier. Terrain d&#8217;expression privilégié des désirs, des angoisses et des projections des adolescentes depuis plus d&#8217;un demi-siècle, ce genre narratif [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Longtemps relégué aux marges de la légitimité littéraire par une critique occidentale peu familière de ses codes, le shōjo <a href="https://www.theartchemists.com/?s=manga">manga</a> (bande dessinée japonaise originellement destinée à un lectorat féminin jeune) constitue un objet d&rsquo;étude sociologique singulier. Terrain d&rsquo;expression privilégié des désirs, des angoisses et des projections des adolescentes depuis plus d&rsquo;un demi-siècle, ce genre narratif oscille perpétuellement entre deux forces contraires :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>la reconduction d&rsquo;injonctions patriarcales traditionnelles axées sur la docilité, l&rsquo;assujettissement sentimental et la dictature de l&rsquo;apparence</li>



<li>un espace d&rsquo;émancipation poétique et politique où s&rsquo;inventent de nouvelles formes d&rsquo;affirmation de soi.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Pour tenter de cerner le shōjo, il faut donc accepter de le lire comme un texte double, à la fois miroir des normes d&rsquo;une époque et atelier de leur contestation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La cage dorée des archétypes sentimentaux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;analyse de la structure dramatique des œuvres canoniques du genre révèle la persistance de motifs profondément conservateurs. Le schéma relationnel dominant y repose bien souvent sur la fascination exercée par une figure masculine dominante. Le stéréotype de l&rsquo;« homme d&rsquo;exception » incarné par le personnage du <em>ikemen</em> (l&rsquo;homme beau, froid, ténébreux et souvent fortuné) s&rsquo;oppose quasi systématiquement à une héroïne caractérisée par une maladresse constitutive, une grande naïveté et un statut social plus modeste.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ouran_High_School_Host_Club_(s%C3%A9rie_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9e)">Ouran High School Host Club</a></em> d&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Hisaya_Nakaj%C5%8D">Hisaya Nakajo</a> en offre une déclinaison presque caricaturale, avec sa galerie de jeunes hommes archétypaux (le froid, le charmeur, le protecteur) organisés en catalogue de désirabilité masculine à destination d&rsquo;une héroïne d&rsquo;abord spectatrice de sa propre intrigue amoureuse. Dans ce dispositif, la dynamique amoureuse prend parfois un tour toxique que le récit légitime sous couvert du sentiment romantique.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Les attitudes intrusives, l&#8217;emprise psychologique, voire les gestes de violence physique mineure (comme le célèbre <em>kabedon</em>, geste consistant à plaquer brutalement une femme contre un mur) sont fréquemment mis en scène comme des manifestations désirables d&rsquo;un désir masculin irrépressible. Le classique <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Candy_Candy">Candy Candy</a></em> (<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ky%C5%8Dko_Mizuki">Kyoko Mizuki</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Yumiko_Igarashi">Yumiko Igarashi</a>) illustre cette veine ancienne : la persévérance de l&rsquo;héroïne face à des figures masculines distantes ou dominatrices y est présentée comme une preuve d&rsquo;amour véritable plutôt que comme un signal d&rsquo;alerte. Ice genre de récit privilégie donc la romantisation de la contrainte.</li>



<li>L&rsquo;épanouissement de l&rsquo;héroïne demeure conditionné par sa capacité à susciter l&rsquo;intérêt du protagoniste masculin, suggérant implicitement aux lectrices que la valeur d&rsquo;une femme se mesure à l&rsquo;aune du regard d&rsquo;un tiers. Le salut des héroïnes découle de leur soumission.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Loin d’être spécifique à la culture japonaise, ce schéma narratif rejoint, dans sa mécanique, les codes du roman sentimental occidental, ce qui invite à situer la critique du shōjo dans une réflexion plus large sur la culture populaire genrée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La tyrannie du corps et les injonctions à la normativité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan visuel et thématique, le shōjo opère également comme un vecteur d&rsquo;inculcation des normes d&rsquo;esthétique et de comportement liées à l&rsquo;étiquette féminine japonaise. La méticulosité apportée aux détails vestimentaires, la codification extrême des visages caractérisés par de grands yeux immaculés et des traits graciles, participent à la construction d&rsquo;un idéal corporel rigide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les thématiques du relooking (<em>makeover</em>) et de la métamorphose physique structurent de nombreuses intrigues. La transformation d&rsquo;une jeune fille réputée « négligée » ou « banale » en un être gracieux grâce aux cosmétiques et aux vêtements souligne une injonction fondamentale : l&rsquo;intégration sociale et la réussite affective exigeraient un alignement strict sur la normativité esthétique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Fruits_Basket">Fruits Basket</a></em> de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Natsuki_Takaya">Natsuki Takaya</a>, malgré la profondeur psychologique qu&rsquo;il déploie, n&rsquo;échappe guère à cette logique : l&rsquo;acceptation sociale de son héroïne Tôru Honda reste en partie arrimée à sa capacité à incarner une douceur et une gentillesse sans faille, quasi sacrificielle. La minceur, la pâleur du teint, la retenue émotionnelle constituent les conditions préalables à toute reconnaissance : on imagine bien comment cette équation peut impacter l&rsquo;estime de soi d&rsquo;un lectorat adolescent en pleine construction identitaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du miroir des aliénations aux territoires de l&rsquo;émancipation</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Réduire le shōjo manga à un simple instrument d&rsquo;endoctrinement patriarcal constituerait néanmoins une erreur de lecture majeure. Historiquement, l&rsquo;appropriation du genre par des autrices à partir des années 1970, sous l&rsquo;impulsion du mythique<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_de_l%27an_24"> Groupe de l&rsquo;an 24</a> (porté notamment par <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Moto_Hagio">Moto Hagio</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Keiko_Takemiya">Keiko Takemiya</a>), a métamorphosé la bande dessinée pour filles en un laboratoire de subversion formelle et thématique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Rose_de_Versailles">La Rose de Versailles</a></em> de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Riyoko_Ikeda">Riyoko Ikeda</a>, publiée dès 1972, en constitue une œuvre fondatrice : son héroïne Oscar de Jarjayes, élevée comme un homme et commandant la garde royale, incarne une remise en cause frontale de l&rsquo;assignation genrée, bien avant que le terme d&#8217;empowerment ne s&rsquo;impose dans le débat public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les autrices de shōjo ont su détourner les contraintes du genre pour insuffler des récits d&rsquo;émancipation particulièrement novateurs :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>En introduisant des personnages androgynes ou en explorant les amours homosexuelles (aux fondations du Boy&rsquo;s Love ou du Yuri), le shōjo a offert aux lectrices un espace psychique précieux pour penser le désir affranchi du carcan hétéronormatif et des rôles de genre assignés. <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sailor_Moon">Sailor Moon</a></em> elle-même, à travers le couple des Sailor Uranus et Neptune, a introduit dès les années 1990 une représentation lesbienne rare dans un manga grand public.</li>



<li>A travers le sous-genre du Magical Girl (dont <em>Sailor Moon</em> demeure le parangon), les héroïnes sortent de la passivité pour s&rsquo;approprier la force, le combat et la sororité, affirmant que la féminité et la grâce n&rsquo;excluent en rien la puissance d&rsquo;action ni l&rsquo;autorité politique.</li>



<li>Les productions contemporaines explorent désormais le refus des carrières toutes tracées, la maternité choisie, le travail des femmes et la critique explicite du harcèlement en milieu professionnel, reflétant les mutations sociologiques de la société japonaise. <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nana_(manga)">Nana</a></em> d&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ai_Yazawa">Ai Yazawa</a>, par exemple, met en scène deux jeunes femmes qui construisent leur trajectoire, artistique pour l&rsquo;une, sentimentale et personnelle pour l&rsquo;autre, hors des cadres attendus, sans que l&rsquo;une des deux voies soit hiérarchiquement valorisée sur l&rsquo;autre.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Cette bascule n&rsquo;est pas linéaire ni achevée : les deux logiques, reconduction des stéréotypes et travail de subversion, continuent de coexister, parfois au sein d&rsquo;une même œuvre, voire d&rsquo;un même personnage.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers une lecture éclairée et plurielle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, le shōjo manga ne peut être considéré comme un simple vestige d&rsquo;archaïsmes réactionnaires, ni une panacée féministe exempte de contradictions. Il s&rsquo;apparente plutôt à un palimpseste où se superposent les tensions d&rsquo;une société en pleine mutation. Exercer une critique féministe sur ces œuvres ne réclame nullement leur rejet dogmatique, mais invite plutôt à une lecture lucide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s&rsquo;agit de célébrer la richesse visuelle, la finesse psychologique et le potentiel d&rsquo;émancipation de ces récits, tout en conservant un regard acéré sur les stéréotypes qu&rsquo;ils véhiculent encore. C&rsquo;est à ce prix que le shōjo révèle sa véritable nature : celle d&rsquo;un miroir tendu aux désirs d&rsquo;émancipation de générations de lectrices et, de plus en plus, de lecteurs.</p>
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		<title>« Untitled » (Portrait of Ross in L.A.) ou comment sculpter le poids de l&#8217;amour … et de la perte</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/felix-gonzalez-torres-portrait-ross/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dauphine De Cambre]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Oct 2026 15:45:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Beaux-Arts]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 1991, l’artiste américain d’origine cubaine Félix González-Torres réalise une installation d&#8217;une simplicité désarmante : déposés à même le sol dans le coin d’une salle d&#8217;exposition, un tas de bonbons emballés dans du cellophane multicolore. La proposition, minimaliste pour ne pas dire simpliste, déploie pourtant l’une des métaphores les plus poignantes de l&#8217;histoire de l&#8217;art [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">En 1991, l’artiste américain d’origine cubaine <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9lix_Gonz%C3%A1lez-Torres">Félix González-Torres</a> réalise une installation d&rsquo;une simplicité désarmante : déposés à même le sol dans le coin d’une salle d&rsquo;exposition, un tas de bonbons emballés dans du cellophane multicolore. La proposition, minimaliste pour ne pas dire simpliste, déploie pourtant l’une des métaphores les plus poignantes de l&rsquo;histoire de l&rsquo;art contemporain. Oeuvre éphémère et participative, « Untitled » (Portrait of Ross in L.A.) matérialise le corps du compagnon de l’artiste, décédé des suites du <a href="https://www.theartchemists.com/?s=sida">sida</a>. En invitant le public à consommer ces sucreries, González-Torres invente un langage esthétique inédit pour aborder la maladie, le deuil et l’immortalité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sculpture vivante et masse prescrite</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au premier regard, l’installation s’apparente à une banale distribution de friandises dans un espace muséal. Le visiteur remarque un amoncellement de bonbons multicolores déversés contre un mur. Il est invité à en manger. L’oeuvre est constamment réapprovisionnée pour respecter en continu le même poids&nbsp;: 79,5 kg. Cette donnée chiffrée n&rsquo;a rien d&rsquo;arbitraire : elle correspond exactement à la masse corporelle de Ross Laycock, le partenaire de l’artiste, avant qu’il ne soit emporté par le SIDA en 1991, après une longue et douloureuse agonie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La fiche cartographique et le protocole imposé par Félix González-Torres révèlent immédiatement la nature intime et dramatique du dispositif. En qualifiant cette pile de bonbons de « portrait », il bouscule volontairement les codes de la représentation figurative traditionnelle. Il ne s’agit plus de reproduire les traits du visage de l&rsquo;être aimé, mais de matérialiser sa présence physique, sa masse biologique et sa vulnérabilité à travers la matière.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De l&rsquo;acte gourmand au rituel de dégradation</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’élément central de la proposition réside dans l’interaction avec le spectateur. Dans l’enceinte du musée, où la règle cardinale impose d&rsquo;ordinaire de ne pas toucher aux œuvres, Félix González-Torres abolit la distance contemplative. Le public est explicitement autorisé et encouragé à s’approcher, à tendre la main, à saisir un bonbon et à le consommer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet acte participatif apparemment anodin charge le public d&rsquo;une responsabilité symbolique troublante. Au fur et à mesure que les visiteurs prélèvent des bonbons, la pile diminue, s&rsquo;affaisse et perd de sa substance. Le public rejoue ainsi, de manière mécanique et collective, la perte de poids, la fonte musculaire et la déchéance physique subies par le malade.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’art de González-Torres ne se contente donc pas d&rsquo;exposer une tragédie : il la fait vivre aux spectateurs par l’expérience tactile, visuelle et gustative. L’expérience provoque un décalage saisissant entre le plaisir immédiat procuré par le bonbon et la prise de conscience de ce que la sculpture représente. En mangeant la sucrerie, le spectateur intègre physiquement une part de cette mémoire tragique dans son propre corps. La disparition de la matière ne constitue pas une fin absolue, mais une assimilation. Le visiteur devient à la fois l&rsquo;agent actif de la disparition du corps et le réceptacle du souvenir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Subvertir la censure par la poésie du quotidien</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour appréhender la portée de <em>« Untitled » (Portrait of Ross in L.A.)</em>, il convient de replacer la création dans le contexte politique et social des États-Unis au tournant des années 1990. L’épidémie de sida ravage alors les communautés homosexuelles et artistiques dans un climat marqué par le rejet institutionnel, la stigmatisation morale et des tentatives de censure étatique à l’encontre des représentations queer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Confronté à la violence des discours conservateurs et à l&rsquo;indifférence des pouvoirs publics, González-Torres choisit de déjouer l&rsquo;hostilité ambiante par une stratégie d&rsquo;infiltration poétique. Plutôt que de proposer des images chocs, médicalisées ou explicites du corps souffrant, il emploie un matériau universellement associé à la douceur, à l&rsquo;enfance et à la fête : le bonbon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette esthétique du quotidien permet à l&rsquo;artiste de faire pénétrer au cœur des institutions culturelles majeures une méditation poignante sur la crise du VIH. En rendant son message accessible à tous les publics sans distinction, il transforme un drame privé et marginalisé en une préoccupation humaine universelle. Il montre ainsi que la tendresse et la vulnérabilité peuvent constituer des formes de résistance politique d&rsquo;une efficacité redoutable.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La régénération permanente, une victoire sur la disparition</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’œuvre met en scène le processus de mort à travers le dépérissement de la pile, elle porte également en elle un message d&rsquo;espoir et de résistance face à la finitude. Le protocole rédigé par l’artiste stipule formellement que l’institution qui accueille l’installation a l’obligation de recharger la pile. Chaque soir ou chaque matin, le musée qui accueille l’œuvre se doit d’ajouter de nouvelles friandises pour restaurer la masse initiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette décision fondamentale modifie la nature même de l&rsquo;œuvre. À l&rsquo;image d&rsquo;un corps spirituel inépuisable, la sculpture renaît indéfiniment. Alors que le corps biologique de Ross Laycock a disparu, son équivalent artistique se régénère sans fin grâce au soin apporté par le musée et par la collectivité. Par cette remise à niveau quotidienne, González-Torres affirme la permanence du sentiment amoureux par-delà la mort. L&rsquo;œuvre devient le lieu d&rsquo;un éternel recommencement où la perte est continuellement réparée, la mémoire du défunt échappe à l&rsquo;oubli.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Portée conceptuelle et héritage contemporain</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En croisant ainsi l&rsquo;intime et l&rsquo;universel, <em>« Untitled » (Portrait of Ross in L.A.)</em> rappelle que l&rsquo;art possède la capacité de sublimer la douleur, de réparer le deuil par la poésie et d&rsquo;offrir à l&rsquo;amour une présence éternelle. Félix González-Torres (lui-même emporté par le sida en 1996) a réussi à transformer la rigueur du mouvement minimaliste des années 1960, caractérisé par des formes géométriques pures et une absence d&rsquo;affect, en une expérience profondément humaine et chargée d&rsquo;émotion. Cette démarche continue d&rsquo;exercer une influence majeure sur la création contemporaine et sur les pratiques d&rsquo;exposition. </p>



<p class="wp-block-paragraph">En France par exemple, la puissance de ce travail a été régulièrement célébrée dans les collections nationales et au cours d&rsquo;expositions phares. Le Centre Pompidou conserve ainsi dans ses collections d&rsquo;autres œuvres magistrales de l&rsquo;artiste, telles que <em>« Untitled » (Last Light)</em> (1993), composée d&rsquo;une guirlande de 24 ampoules évoquant le passage du temps et l&rsquo;épuisement de la lumière. Plus récemment, l&rsquo;exposition organisée en 2022 à la Bourse de Commerce (Collection Pinault) à Paris a permis de mesurer l&rsquo;actualité intacte de sa pensée, en mettant en dialogue ses créations avec celles de l&rsquo;artiste Roni Horn. </p>
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		<title>Camarades : l’esprit de Vincennes n’est pas mort</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/camarades-serie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Sep 2026 15:45:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petite pensée émue pour celles/ceux qui galèrent avec leur inscription en fac&#160;: il fut un temps heureux où Parcoursup n’existait pas, où on pouvait intégrer l’université en quelques minutes et profiter d’une bourse d’étude en prime avec à la clé un enseignement de qualité, qui cultive l’esprit, détruit les préjugés, forge la pensée critique. Nous [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Petite pensée émue pour celles/ceux qui galèrent avec leur inscription en fac&nbsp;: il fut un temps heureux où Parcoursup n’existait pas, où on pouvait intégrer l’université en quelques minutes et profiter d’une bourse d’étude en prime avec à la clé un enseignement de qualité, qui cultive l’esprit, détruit les préjugés, forge la pensée critique. Nous étions dans les années 70, et les préfabriqués de Vincennes, nichés en plein bois, s’ouvraient à tous, intellectuels, étudiants, ouvriers, artisans, mères de famille, pour y apprendre à réfléchir. Ce projet, les droitards de tout poil s’efforcèrent de le torpiller et y arrivèrent. L’université fut démantelée en 1980, rasée intégralement. Aujourd’hui il n’en demeure qu’une mémoire défaillante que la série <em>Camarades</em> réveille avec autant d’humour et de talent que de pertinence.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe hcb-fetch-image-from="https://youtu.be/EP-y3P753Fw?si=FIH3R4JZuBAI77-u" title="CAMARADES Bande Annonce (2026) Vincent Elbaz" width="1080" height="608" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen consent-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/EP-y3P753Fw?feature=oembed" consent-required="39300" consent-by="services" consent-id="39301" consent-click-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/EP-y3P753Fw?feature=oembed&amp;autoplay=1"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">«&nbsp;On ressort de Vincennes beaucoup moins bête, et surtout très autonome&nbsp;»</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons déjà évoqué cette histoire via notre article consacré au remarquable documentaire de Virginie Linhart <em><a href="https://www.theartchemists.com/vincennes-universite-perdue/">Vincennes, l’université perdue</a>,</em> avec à la clé ce constat&nbsp;: «&nbsp;on ressort de Vincennes beaucoup moins bête, et surtout très autonome&nbsp;». Ce constat, les réalisateurs Benjamin Charbit et Dominique Baumard vont le placer au cœur de la série <em>Camarades</em>, soit huit épisodes qui nous racontent les aventures de plusieurs personnages clés au sein de cette fac expérimentale aux allures d’utopie&nbsp;: Gérard le prof maoïste, Françoise l’étudiante révolutionnaire, Amadéo l’activiste homosexuel, Jimmy l’agent de surface en grève&nbsp;; ajoutons à ce quatuor, Merloux, philosophe bombardé président de cette université ingérable, Nino secrétaire administrative et militante PCF enragée et quelques autres figures de cet esprit libertaire en ébullition.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Psychose autoritaire et années de plomb</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Et pour observer tout ça, Jacques, flic gaulliste et nervis des Renseignements généraux bien décidé à foutre en l’air ce nid de <em>gauchiasses</em> (le terme n’est alors pas usité mais l’intention est déjà là) ; pour y parvenir, cet espion raté, ne trouve rien de mieux, que d’envoyer une taupe au cœur du vivier gauchiste, histoire de flairer un potentiel projet d’attentat (eh oui on est dans les années de plomb, avec leur lot de Brigades rouges, Action Directe, Fraction Armée Rouge et autre bande à Baader, autant d’organisations promptes à l’enlèvement et à l’assassinat de personnalités politiques et économiques jugées réactionnaires, du coup les autorités ont tendance à psychoter pas mal et à surveiller beaucoup).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ensemencer les consciences</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La taupe en question&nbsp;? Claudine, prostituée dont la caravane est située en plein bois à quelques encablures de la fac, et dont Jacques est l’amant. Claudine, un brin cruche, inéduquée, sans diplôme, la prolo parfaite. Seulement voilà&nbsp;: Claudine, en pénétrant les locaux de la Berkeley française, va se découvrir une vocation/passion pour les études, la lutte des classe et l’émancipation féministe et humaniste. Et le projet de torpillage de cette maudite université de prendre une tournure aussi inattendue que loufoque … et intellectuelle. Et les images de nos héros en quête de révolution de se mêler aux archives d’époque pour mettre en avant et illustrer les courants de pensée qui irriguent ce projet, s’y déploient et ensemencent les consciences fertiles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vincennes vs la grande casse sociale</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C’est un pur régal, doublé d’un festival d’idées, d’échanges, de débats, d’argumentations, de contre-argumentations … En toile de fond, des revendications d’égalité, de partage, de liberté d’expression … L’épisode évoquant comment les étudiantes, privées d’espace à elles, se barrent dans les clairières pour y monter un campement féministe, laissant en rade l’effectif masculin bien en peine de taper des tracts politiques sans faute d’orthographe est à se tordre. L’ensemble du récit est de cette facture, drôle, romantique, incisive et, il faut bien le reconnaître, d’une actualité troublante. Droits des femmes, des LGBT, des personnes racisées, accès à l’éducation, à la pensée peu importe l’origine, le sexe, le métier, la formation initiale, l’appartenance sociale … à l’heure de la grande casse sociale opérée par le centre et la droite, ce propos est plein d’espoir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">«&nbsp;Je préfère une révolution de gauche ratée, à une révolution de droite réussie&nbsp;»</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Et la série de sensibiliser le spectateur avec subtilité à cette perspective d’ouverture. Car l’esprit de Vincennes n’est pas mort, loin s’en faut, les livres restent, les enregistrements, les films … <em>Camarades</em> en diffuse l’essence par bribes, chaque épisode proposant l’exploration d’une citation qui de Derrida, qui de Deleuze, quand il ne s’agit pas de dialoguer avec Lacan ou d’écouter Foucault … L’ensemble aboutit à un point de bascule d’une rare lucidité avec notre actualité quand Claudine, au bord des larmes, explique&nbsp;la folie du capitalisme à venir, la gauche, privée de laboratoire de réflexion, réduite à ses petits arrangements, l’émergence d’un fascisme d’autant plus dangereux qu’il se voudra «&nbsp;joyeux&nbsp;», propulsé par des capitalistes rendus fous par leur enrichissement, leur seul plaisir. Et de conclure «&nbsp;je préfère une révolution de gauche ratée, à une révolution de droite réussie&nbsp;».</p>
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		<title>Une Journée particulière : un brûlot anti fasciste inégalé</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/journee-particuliere-ettore-scolla/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dauphine De Cambre]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jun 2026 10:51:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a peu, nous plongions tête dans le baroque et très très secouant M. L’enfant du siècle. Grosse claque, très grosse claque que cette série déjantée évoquant sans complaisance aucune la montée au pouvoir de Mussolini dans une Italie incendiaire. On a tendu l’autre joue en visionnant Vincere qui évoque la relation destructrice du [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Il y a peu, nous plongions tête dans le baroque et très très secouant <em><a href="https://www.theartchemists.com/m-enfant-siecle-serie/">M. L’enfant du siècle</a></em>. Grosse claque, très grosse claque que cette série déjantée évoquant sans complaisance aucune la montée au pouvoir de Mussolini dans une Italie incendiaire. On a tendu l’autre joue en visionnant <em><a href="https://www.theartchemists.com/vincere-film/">Vincere</a> </em>qui évoque la relation destructrice du même Mussolini avec Ida Adler. Autre gifle. Et puis on a remonté le temps jusqu’à 1977 et <em>Une journée particulière</em> d’Ettore Scola. La fessée originelle, le film fondateur en terme de récit et d’esthétique, un brûlot anti fasciste inégalé.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" hcb-fetch-image-from="https://youtu.be/oHYVQukznzM?si=AV4IqZmwFPdbdJYt" title="Une journée particulière (1977) - Bande annonce 2025 HD VOST" width="1080" height="608" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen consent-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/oHYVQukznzM?feature=oembed" consent-required="39300" consent-by="services" consent-id="39301" consent-click-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/oHYVQukznzM?feature=oembed&amp;autoplay=1"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Antonietta et Gabriele</h2>



<p class="wp-block-paragraph">6 mai 1938&nbsp;: tout Rome se précipite pour ovationner Mussolini et son célèbre invité Hitler. Tout Rome&nbsp;? Non. Tandis que les deux dictateurs sillonnent la Ville éternelle en se pavanant, Antonietta est restée au bercail. Mariée à un petit chef fasciste, elle a pondu une ribambelle de gamins et passe sa journée à s’en occuper. En d’autres termes, c’est la bonne de la maison. Prématurément usée par les grossesses en série et le mépris grossier d’un époux qui la trompe, cette femme mal coiffée, habillée en souillon, passe son temps à ranger, nettoyer, faire à manger et écarter les cuisses pour accoucher d’autres petits fascistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le calme du labyrinthique immeuble où se niche son petit appartement, Antonietta, abandonnée par les siens partis assister à l’événement, va croiser la route de son voisin Gabriele. Lui est homosexuel, et parce qu’il est homosexuel, il a été licencié de son poste d’animateur radio, mis au banc de la société. Lui aussi range son appartement, mais pas pour les mêmes raisons. Il attend qu’on vienne l’arrêter pour l’emmener en déportation. Cela, Antonietta ne le sait pas encore, quand elle déboule pour récupérer son oiseau qui s’est échappé de sa cage et a atterri dans les jardinière de Gabriele.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le monde mis à distance</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un oiseau qui s’échappe&nbsp;: symbolique de l’escapade que ces deux laissés pour compte de la société fasciste vont savourer le temps d’une journée particulière. En toile de fond, les acclamations de la populace, les commentaires des présentateurs radio, des bruits de fond qui rappellent que le monde autour est hostile, écrasant. Mais ici, dans ces intérieurs bordéliques et feutrés, sur les terrasses désertées où sèchent les draps immaculés, dans les escaliers tortueux reliant les façades, très brièvement, le monde est mis à distance. Le temps de boire un café, de réparer une lampe, de manger une omelette, de se découvrir des points communs, des parcours de vie semblables. Et de s’aimer, chacun à sa façon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que restera-t-il de tout cela une fois la famille d’Antonietta revenue, une fois Gabriele déporté&nbsp;? Un souvenir ancré au plus profond de soi&nbsp;? Un peu de chaleur humaine au milieu de la tourmente de l’isolement&nbsp;? En terminant son récit sur une Antonietta épuisée qui se couche auprès d’un mari détesté et éteint la lumière, Ettore Scola laisse planer le doute. Autre symbole que cette lampe éteinte avec lassitude. Renoncer&nbsp;? Lutter&nbsp;? La mémoire de cette<em> giornata particolare </em>demeurera-t-elle intacte&nbsp;? Sur quoi débouchera-t-elle&nbsp;? Quelle marge d’action pour un Gabriele emprisonné et promis à la mort&nbsp;? Pour une Antonietta inculte et enfermée dans la soumission&nbsp;?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un acte de résistance</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Scola n’apporte aucune réponse. Son récit déroulé en images sépia taillées comme des clichés d’art de toute beauté préfère capter l’intensité fugace d’une complicité amicale-amoureuse, faite de petits riens qui en disent long. Pour servir son propos, deux monstres du cinéma italien&nbsp;: Sophia Loren et Marcello Mastroianni. A contre emploi mais complices (ils ont beaucoup tourné ensemble), les deux acteurs s’enlaidissent, cassent volontairement et avec une humilité confondante leurs auréoles de sex-symbol afin d’apparaître dans la simplicité d’une humanité en souffrance. Il fallait ce tour de force pour donner corps à ce huis-clos, apporter l’épaisseur, la vibration nécessaires pour rendre touchants les échanges de deux personnages à bout de souffle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si la violence fasciste n’est pas directement représentée, elle transparaît dans la manière dont se noue la relation entre ces deux personnages. Chacun à sa manière est victime d’un système qui écrase les faibles et les marginaux. La brutalité machiste d’un Mussolini, partagée par l’ensemble de ses sbires, dont le mari d’Antonietta et ses enfants, nous saute au visage via les effets pervers qu’elle nourrit, le secret qu’elle engendre. Mais qu’Antonietta et Gabriele, malgré les interdits et les menaces, le gouffre intellectuel et social qui les sépare, se rencontrent et s’aiment, constitue déjà un acte de résistance, une manière de dire non.</p>
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		<title>Pride en province : quand la fierté vient à vous</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/pride-province-visibilite-lgbtq/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dauphine De Cambre]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Jun 2026 15:15:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour ceux qui nous suivent, le collectif Bragi Pufferfish et son écosystème font désormais partie du paysage culturel ARTchemisien. L’occasion de mettre en avant le vivier culturel queer et au passage de réfléchir au devenir de la condition LGBTQUIA+ au tournant des années 2020. Le parachutage de la Gang Bambi à Troyes pour assurer l’after [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Pour ceux qui nous suivent, le collectif Bragi Pufferfish et son écosystème font désormais partie du paysage culturel ARTchemisien. L’occasion de mettre en avant le vivier culturel queer et au passage de réfléchir au devenir de la condition LGBTQUIA+ au tournant des années 2020. Le parachutage de la Gang Bambi à Troyes pour assurer l’after de la marché des fiertés prévue ce 5 juin nous amène à questionner le rôle des prides de province. Explications.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Depuis Stonewall, une brève histoire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Explications qui débutent par une piqure de rappel. L’idée de gay <a href="https://www.theartchemists.com/?s=pride">pride</a> s’enracine dans la nuit du 28 au 29 juin 1969, à New York, quand des client·e·s du Stonewall Inn — bar queer de Greenwich Village — refusent de se laisser embarquer lors d&rsquo;une descente de police. La Marche des Fiertés LGBT+ de Paris est l&rsquo;héritière directe de ces révoltes, de ces combats et de ces solidarités forgées dans l&rsquo;urgence et la colère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, la première marche homosexuelle indépendante est organisée en 1977 par le Mouvement de libération des femmes (MLF) et le Groupe de libération homosexuelle (GLH) à Paris, de la place de la République à la place des Fêtes, et réunit 400 personnes, en majorité lesbiennes. Longtemps événement parisien et métropolitain, la marche essaime progressivement. Elle est présente dans d&rsquo;autres villes à partir de 1994, et ne cessera plus de s&rsquo;étendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd&rsquo;hui, de Calais à Compiègne, en passant par Lens, Valenciennes ou Arras, le territoire est maillé de nombreuses prides — rien que dans les Hauts-de-France. Dès le 10 mai 2025, Agen ouvrait le bal de la saison, suivie d&rsquo;Orléans, Besançon, Narbonne ou Poitiers le week-end du 17 mai, Journée mondiale contre les LGBTphobies. La saison 2026 poursuit sur cette lancée, avec un maillage de plus en plus dense du territoire français.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rassemblement transversal</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La marche des fiertés est pour les personnes LGBT+ le seul jour de l&rsquo;année où toutes les sous-communautés, sociales, politiques ou géographiques, se croisent, se rencontrent, communiquent, échangent. Cette dimension de rassemblement transversal n&rsquo;existe qu&rsquo;à condition que la marche ait lieu <em>quelque part</em>. Et ce quelque part, ce ne peut pas être seulement Paris.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne s&rsquo;agit pas de minimiser l&rsquo;événement parisien — la Semaine des Fiertés parisienne, du 20 au 27 juin 2026, constitue un rendez-vous incontournable à l&rsquo;échelle nationale. Mais concentrer le regard sur Paris, c&rsquo;est aussi oublier ceux et celles qui n&rsquo;ont pas les moyens — financiers, logistiques, familiaux — d&rsquo;y aller.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour un ado gay de Troyes, de Chaumont ou de Bar-sur-Aube, rallier la capitale représente une logistique, une dépense, parfois (de plus en plus en ces temps troublés) une mise en danger. Une marche des fiertés organisée à domicile dans sa région, dans sa ville, au pied de ses administrations — c&rsquo;est voir son espace ordinaire se transformer, le temps d&rsquo;un samedi, en espace de visibilité et de reconnaissance.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand la visibilité devient urgence</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres sont têtus. Dans son rapport annuel publié en mai 2026, SOS Homophobie a recueilli 1 771 signalements de LGBTphobies en 2025 via ses différents dispositifs d&rsquo;écoute. Ce chiffre marque une hausse annuelle par rapport aux 1 571 témoignages enregistrés en 2024. L&rsquo;association évoque un « <em>climat de plus en plus anxiogène et délétère</em> » pour les personnes LGBT+.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du côté des données officielles, les infractions anti-LGBT+ enregistrées par les services de police et de gendarmerie ont augmenté de 5 % en France en 2024. Ces actes ne se produisent pas qu&rsquo;à Paris. Ils se produisent dans les lieux publics, sur Internet et les réseaux sociaux, et au sein de la famille ou de l&rsquo;entourage proche. Partout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme le souligne SOS Homophobie dans son dernier rapport, les LGBTphobies sont « plus insidieuses que jamais » : présentes dans la famille, le voisinage, les lieux publics, au travail — partout et sous mille visages.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Province : le double isolement</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En dehors des métropoles, l&rsquo;isolement prend une forme particulière. Dans de nombreuses bourgades de province, il n&rsquo;existe ni bar gay de quartier, ni réseau associatif dense, pas de Marais où se fondre dans la foule du samedi soir. Les personnes queer en milieu semi-urbain ou rural font face à ce que les chercheurs appellent la double invisibilité : celle de leur identité, et celle de leur géographie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après le suicide de Caroline Grandjean, directrice d&rsquo;école d&rsquo;un petit village du Cantal victime de harcèlement lesbophobe à l&rsquo;automne 2025, des personnes queer ont raconté à Franceinfo leur quotidien en milieu rural — témoignant du manque de représentation et du besoin d&rsquo;exister dans l&rsquo;espace public pour favoriser leur acceptation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est précisément ce besoin que comble une Pride en province. Ce n’est pas un événement de plus dans un agenda chargé, mais un signal : <em>vous n&rsquo;êtes pas seul·e·s, vous existez ici, sur ces pavés, dans cette ville qui est la vôtre.</em>En juillet 2022, le village de Chenevelles, dans la Vienne, est devenu la première commune rurale en France à accueillir une Marche des Fiertés. La symbolique est forte : même là où on ne l&rsquo;attendait pas, le drapeau arc-en-ciel peut flotter.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Troyes, 6 juin 2026 : une mobilisation enracinée</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Marche des Fiertés de Troyes, organisée par l&rsquo;Association pour la Pride de Troyes — structure locale LGBTQIA+ fondée pour structurer et pérenniser les événements liés aux fiertés dans l&rsquo;Aube —, s&rsquo;élancera le samedi 6 juin 2026 à 14h30 depuis la Place de la Libération.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au programme : cortège militant, performances d&rsquo;artistes locaux, village associatif — tout ce qui fait qu&rsquo;une marche n&rsquo;est pas qu&rsquo;une marche, mais un espace de vie partagée. Et en clôture de soirée, l&rsquo;<a href="https://www.theartchemists.com/gang-bambi-pride-troyes-2026/">after Gang Bambi</a> à l&rsquo;Art Déco dès 20h, avec un lineup qui mêle drag shows, performances scéniques et DJ sets dans une salle déjà partenaire de l&rsquo;événement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas une copie provinciale de la Pride parisienne, c&rsquo;est une Pride troyenne, avec ses acteurs locaux, ses enjeux propres, ses militant·e·s aubois·es qui travaillent à rendre leur ville plus accueillante, une année après l&rsquo;autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Militant &amp; festif</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La tentation est parfois grande d&rsquo;opposer la Pride « sérieuse et militante » à la Pride « festive et commerciale ». C&rsquo;est un faux débat. Militante dans le fond, festive dans la forme, la Marche des Fiertés est à l&rsquo;image des communautés qu&rsquo;elle rassemble : plurielle, bruyante, intense. Elle rend visibles les invisibles, elle célèbre les marges. Et surtout, elle rappelle que les luttes ne sont pas incompatibles avec la joie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En province, cette équation prend un relief particulier. La fête n&rsquo;est pas un luxe superflu — c&rsquo;est souvent l&rsquo;entrée par laquelle les personnes qui n&rsquo;auraient jamais osé franchir la porte d&rsquo;une association militant·e vont découvrir un <a href="https://www.theartchemists.com/beautiful-skin-safe-space/">safe space</a>, une communauté, un réseau.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Sources</h3>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>SOS Homophobie</strong>, <em>Rapport annuel sur les LGBTIphobies</em>, éditions 2025 (données 2024) et 2026 (données 2025) — <a href="https://www.sos-homophobie.org/informer/rapport-annuel-lgbtiphobies">sos-homophobie.org</a></li>



<li><strong>Wikipedia</strong>, <em>Marche des fiertés en France</em> — <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Marche_des_fiert%C3%A9s_en_France">fr.wikipedia.org</a></li>



<li><strong>Franceinfo</strong>, <em>« Pourquoi ça serait à moi de partir ? » — à la campagne, les personnes LGBT+ en quête de visibilité</em>, sept. 2025 — <a href="https://www.franceinfo.fr/societe/lgbt/temoignages-pourquoi-ca-serait-a-moi-de-partir-a-la-campagne-les-personnes-lgbt-en-quete-de-visibilite-pour-rompre-l-isolement_7485793.html">franceinfo.fr</a></li>



<li><strong>AIDES / Remaides</strong>, <em>LGBTphobies : hausse des cas en 2024</em> — <a href="https://www.aides.org/actualite/lactu-remaides-lgbtphobies-hausse-cas-2024">aides.org</a></li>



<li><strong>Inter-LGBT</strong>, <em>La Marche des Fiertés, c&rsquo;est quoi ?</em> — <a href="https://www.marchedesfiertes.org/en/content/la-marche-des-fiertes-c-est-quoi">marchedesfiertes.org</a></li>



<li><strong>Pride de Troyes</strong>, programme officiel 2026 — <a href="https://pride2troyes.fr/blog/pride-2026">pride2troyes.fr</a></li>
</ul>
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		<title>« Eldorado : Le Cabaret honni des nazis » : zoom sur un havre de modernité et de liberté queer</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/eldorado-cabaret-documentaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Padme Purple]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Feb 2026 15:43:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour celles/ceux qui nous lisent régulièrement, nos focales sur la soirée Velu.e ne sont plus une nouveauté vu que cela fait trois ans à la louche que nous évoquons la programmation de ce «&#160;cabaret viscéral changeforme et détonnant&#160;» pour reprendre les termes de l’équipe qui drive ce projet ô combien rafraîchissant. Un projet qui n’est [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Pour celles/ceux qui nous lisent régulièrement, nos focales sur la soirée <a href="https://www.theartchemists.com/?s=velue">Velu.e</a> ne sont plus une nouveauté vu que cela fait trois ans à la louche que nous évoquons la programmation de ce «&nbsp;<em>cabaret viscéral changeforme et détonnant&nbsp;» </em>pour reprendre les termes de l’équipe qui drive ce projet ô combien rafraîchissant. Un projet qui n’est pas sans évoquer l’Eldorado tel qu’il sévissait durant les années 20/30 à Berlin. Zoom sur un phénomène de société au travers du documentaire <em>Eldorado : Le Cabaret honni des nazis</em> que lui ont consacré Benjamin Cantu et Matt Lambert en 2023.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" hcb-fetch-image-from="https://youtu.be/rYDQvvkXJ1I?si=sHNq05RNmUjIVI3I" title="Eldorado: Everything the Nazis Hate - 2023 - Netflix Documentary Trailer (English Subtitles)" width="1080" height="608" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen consent-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/rYDQvvkXJ1I?feature=oembed" consent-required="39300" consent-by="services" consent-id="39301" consent-click-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/rYDQvvkXJ1I?feature=oembed&amp;autoplay=1"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un laboratoire des libertés</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Direction <a href="https://www.theartchemists.com/babylon-berlin-infect-merveilleux/">Berlin des années folles</a>. Le cabaret Eldorado est au coeur de la révolution queer en marche dans la foisonnante capitale allemande. Le mythique nightclub constitue  alors une « safe zone » où gays, lesbiennes, personnes trans, drag queens et kings s’épanouissent sans crainte. Dans une Allemagne déchirée par la crise économique, les soubresauts de la république de Weimar, ce véritable laboratoire social accouche au quotidien d&rsquo;une modernité audacieuse, où l’art, la transgression et la liberté sexuelle se déploient avec une vitalité inouïe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les dizaines de bars et clubs queer qui animent la ville, l’endroit se distingue par son ambiance inclusive et son public bigarré. Ici, la clientèle queer côtoie des hétérosexuels fascinés par cette effervescence, dans un élan commun de curiosité. Les spectacles de drag, les bals costumés, les performances artistiques se succèdent frénétiquement, fleurissant dans ce formidable terreau d’émancipation. À l’entrée, une phrase résume l’esprit des lieux : <em>« Hier ist’s richtig »</em> (« Ici, c’est juste »). Un manifeste en trois mots, une promesse d’acceptation inconditionnelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Portraits croisés : les visages de l’Eldorado</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’endroit attire les célébrités, donnant ainsi à voir les contrastes de la société allemande de cette époque. On y croise, entre autres&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Magnus_Hirschfeld">Magnus Hirschfeld</a>, <strong>s</strong>exologue et militant infatigable de la cause LBGT, fondateur de l’Institut pour la science sexuelle, pionnier des recherches sur la diversité des genres. Son héritage, aujourd’hui célébré, fut violemment réprimé par les nazis.</li>



<li><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Charlotte_Charlaque">Charlotte Charlaque</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Toni_Ebel">Toni Ebel</a>&nbsp;; considérées comme deux des premières femmes trans à avoir subi une opération de réassignation sexuelle, ces véritables icônes incarnent la visibilité et la résilience de la communauté trans sous Weimar. Leur histoire, à la fois lumineuse et tragique, illustre les possibilités offertes par cette époque — et leur brutale interruption.</li>



<li><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_R%C3%B6hm">Ernst Röhm</a>, chef de la SA et bras droit d’Hitler, et son lieutenant <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Ernst">Karl Ernst</a>, tous deux homosexuels. Leur fréquentation assidue du cabaret révèle une hypocrisie glaçante : ces mêmes hommes, piliers du régime nazi, seront assassinés en 1934 lors de la <a href="https://www.theartchemists.com/livre-la-nuit-des-longs-couteaux-max-gallo/">Nuit des Longs Couteaux</a>, une purge visant à « nettoyer » le parti de ses éléments « indésirables », dont les homosexuels. Leur destin rappelle cruellement comment la communauté queer, y compris en son sein, fut trahie par l’idéologie qu’elle côtoyait.</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La fin d’un rêve : répression et devoir de mémoire</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, le paragraphe 175 — qui criminalise l’homosexualité — est renforcé. L’Eldorado ferme ses portes en 1932. Ses clients sont traqués, déportés, assassinés. La Gestapo éradique méthodiquement la scène queer berlinoise, effaçant des décennies de progrès sociaux et culturels.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Eldorado : Le Cabaret honni des nazis </em>est un miroir tendu à notre époque, un rappel que les libertés sont fragiles et que les espaces de résistance, comme l’était l’Eldorado, restent vitaux pour les communautés marginalisées. En redonnant voix aux survivants, en questionnant les experts, en honorant les disparus, le film accomplit un geste essentiel : il préserve une mémoire trop souvent effacée, et célèbre la résilience d’une culture queer qui, malgré tout, a survécu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi ce récit résonne-t-il aujourd’hui ? Parce qu’il nous parle de liberté, de courage, et des dangers de l’oubli. L’Eldorado fut bien plus qu’un cabaret : ce fut un symbole de ce que la tolérance et l’audace peuvent construire — et de ce que la haine peut détruire. À l’heure où les droits des personnes LGBTQ+ sont encore menacés dans de nombreux pays, ce documentaire est un appel : se souvenir, pour mieux résister.</p>



<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-678cc482" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns alignfull has-1-columns has-desktop-equal-layout has-tablet-equal-layout has-mobile-collapsedRows-layout has-reverse-columns-mobile has-vertical-bottom ticss-c00aadba"><div class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-overlay"></div><div class="innerblocks-wrap">
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<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



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		<title>The Gilded Age : remplacer une domination par une autre</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/gilded-age-serie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 11:26:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Séries]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Costumes somptueux, demeures splendides, salons feutrés, intrigues mondaines réglées comme des complots politiques : à première vue, The Gilded Age a tout de la fresque historique grandiose et majestueuse. Mais sous le clinquant du rêve américain, Julian Fellowes (à qui l&#8217;on doit Downtown Abbey) et Sonja Warfield (scénariste entre autres de The Game) dévoilent une [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
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<p class="wp-block-paragraph">Costumes somptueux, demeures splendides, salons feutrés, intrigues mondaines réglées comme des complots politiques : à première vue, <em>The Gilded Age</em> a tout de la fresque historique grandiose et majestueuse. Mais sous le clinquant du rêve américain, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Julian_Fellowes">Julian Fellowes</a> (à qui l&rsquo;on doit <em><a href="https://www.theartchemists.com/serie-downtown-abbey/">Downtown Abbey</a></em>) et <a href="https://www.sonjawarfield.com/">Sonja Warfield</a> (scénariste entre autres de <em>The Game</em>) dévoilent une réalité bien plus complexe et dure : en cette seconde moitié du XIXeme siècle où l’électricité et la vapeur sont en passe de révolutionner la vie quotidienne et l’économie, le combat pour définir (et diriger) le monde à venir a commencé. C’est l’heure des barons voleurs dont les fortunes considérables balaient l’obsolète aristocratie new-yorkaise. Progrès technologique détourné et exploité par un capitalisme impitoyable, explosion des inégalités sociales, discrimination raciale, condition féminine précarisée&nbsp;: le tableau n’a finalement rien de doré.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" hcb-fetch-image-from="https://youtu.be/IE0f2PB7VwI?si=K9UD8thrv3gffLFs" title="The Gilded Age (OCS) - Bande-annonce" width="1080" height="608" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen consent-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/IE0f2PB7VwI?feature=oembed" consent-required="39300" consent-by="services" consent-id="39301" consent-click-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/IE0f2PB7VwI?feature=oembed&amp;autoplay=1"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Barrages et couleuvres</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><em>The Gilded Age</em> retrace trois saisons durant (et plus si affinités, la quatrième étant déjà en production) l’ascension de la famille Russell au sein de la haute société de New-York. Contrairement aux Astor et autres van Rhijn qui dominent depuis un siècle (forts de leurs ancêtres qui signèrent la Déclaration d’Indépendance), George Russell (<a href="https://www.instagram.com/epluribusyourmom/">Morgan Spector</a>) et son épouse Bertha (<a href="https://www.instagram.com/carriecoon/">Carrie Coon</a>) sont partis de rien pour bâtir une fortune gigantesque. Et ils comptent bien s’appuyer sur cette colossale richesse pour dicter leur loi et prendre le dessus. Sauf que l’ancienne garde n’a pas du tout l’intention de céder la place à ces nouveaux seigneurs. «&nbsp;Old money&nbsp;» vs «&nbsp;new money&nbsp;»&nbsp;: voici de quoi il s’agit vraiment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">25 épisodes durant, nous allons donc observer ces clans se déchirer par grandes soirées, événements mondains et bals interposés. Car la présence sociale orchestrée par ces dames (c’est l’apanage des épouses que de briller dans les salons) est aussi importante à ce jeu que les OPA et fusions/acquisitions opérées par les maris dans l’ombre des bureaux des banques. L’argent accumulé par Monsieur permet à Madame d’entrer dans les soirées les plus courues. Sauf quand les représentantes de l’Ancien Ordre font barrage. Et des barrages, Bertha va en rencontrer plus d’un sur sa route. Entre le premier bal qu’elle organise dans sa somptueuse demeure décorée comme un petit Versailles et son ultime victoire lors d’une soirée où brillent ducs anglais et grands artistes, Bertha va avaler pas mal de couleuvres. Mais en faire ingurgiter beaucoup plus, et bien plus grosses et indigestes.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" hcb-fetch-image-from="https://youtu.be/AVroO38fl4k?si=nLi3cAaFa4xEkumZ" title="The Gilded Age Season 2 | Official Trailer | HBO" width="1080" height="608" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen consent-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/AVroO38fl4k?feature=oembed" consent-required="39300" consent-by="services" consent-id="39301" consent-click-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/AVroO38fl4k?feature=oembed&amp;autoplay=1"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Chasse à l’héritière</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour tout dire, cette surenchère n’a rien d’amusant, d’agréable ni de très valorisant. Filles négociées et mariages arrangés, femmes seules, veuves ou divorcées ostracisées, codes moraux d’une rigidité confinant à l’absurde, il ne fait guère bon vivre dans cet univers où l’interdit est la règle, notamment pour le sexe féminin. A raison peut-être vu le nombre de coureurs de dote qui chassent les jeunes héritières inexpérimentées et un brin candides pour mieux les trahir, une fois la bague au doigt.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les oiselles ont beau être surveillées et cornaquées par les anciennes, mères, tantes, cousines, on frôle souvent l’irréparable, la séduction et l’enlèvement par de jeunes mâles dont le discours charmeur cache souvent des appétits financiers et sociaux peu glorieux. Rien de nouveau sous le soleil, c’était déjà le cas chez Molière, me direz-vous. Cela n’en est pas moins gênant et insupportable, dans cette Amérique en train de s’ériger comme un modèle de démocratie et d’avant-garde technologique et sociale.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" hcb-fetch-image-from="https://www.youtube.com/watch?v=W9pKuN79_YU" title="The Gilded Age | Saison 3 Bande-annonce officielle (VOST)" width="1080" height="608" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen consent-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/W9pKuN79_YU?feature=oembed" consent-required="39300" consent-by="services" consent-id="39301" consent-click-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/W9pKuN79_YU?feature=oembed&amp;autoplay=1"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">En quête d’émancipation</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à l’émancipation, elle peine à se mettre en place. Tout est fait pour que les mécanismes se répètent de génération en génération, peu importe la couleur de peau ou le statut social.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Gladys (<a href="https://www.instagram.com/taissafarmiga/">Taissa Farmiga</a>), héritière de la fortune des Russell se retrouve piégée dans un mariage arrangé avec un duc britannique qui n’est pas l’élu de son cœur. Sa mère a tout fait pour l’orienter dans cette voie, écartant sans ménageant les autres prétendants, faisant fi des sentiments de sa fille. L’anecdote s’inspire de l’union malheureuse de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Consuelo_Vanderbilt">Consuelo Vanderbilt</a>, contrainte d’épouser un aristocrate pour assurer l’ascension sociale de sa famille et qui monta à l’autel en pleurant.</li>



<li>Marian Brook (<a href="https://www.instagram.com/louisa_jacobson/">Louisa Jacobson</a>), tombée en disgrâce matérielle après le décès de son père qui a dilapidé la fortune familiale sans rien lui dire, doit se réfugier chez ses tantes dont elle dépend complètement. Elle leur doit obéissance, se conforme un temps à leurs règles (elle n’a pas le droit d’aller travailler car ce n’est pas digne du rang de la famille), peine à trouver un préntendant qui colle à sa vision du monde et du statut de la femme.</li>



<li>Peggy Scott (<a href="https://www.instagram.com/deneebenton/?hl=fr">Denée Benton</a>), écrivaine afro-américaine ambitieuse, subit quant à une autre forme d’effacement, moins visible mais tout aussi implacable, celle d’une société qui, même en période de « grande prospérité », ne laisse que peu de place aux voix autres que blanches, riches et patriarcales.</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading">Histoire de l&rsquo;humanité ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Trois exemples parmi tant d’autres, qui alimentent l’amertume. Les <em>dei ex machina</em> qui parsèment le scénario pour forcer le destin dans le bon sens &#8211; le mariage inattendu de tante Ada (<a href="https://www.instagram.com/cynthiaenixon/">Cynthia Nixon</a>), son héritage encore plus surprenant, qui les sauvera, elle et sa soeur Agnes (<a href="https://www.instagram.com/christinebaranskii_/">Christine Baranski</a>) n’effacent guère ce sentiment persistant de malaise, surtout quand vous mettez en parallèle <em>The Gilded Age</em> avec des séries comme <em>Succession</em> ou <em><a href="https://www.theartchemists.com/feud-2-capote-swans/">Feud 2 capote vs The Swans</a></em>. Le temps passe, la main mise de la jet set demeure, avec sa grammaire, ses objectifs, sa vacuité. Sa méchanceté. Sa bêtise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De temps à autre, un outsider réussit à briser le carcan. Avec bien des difficultés. Et c’est rare. Précaire. Impression de paralysie dans un monde en pleine mutation. Enfermement dans des interdits qu’on respecte aveuglément, qu’on soit de couleur, domestique, femme, homosexuel. Parce qu’on a peur du regard des autres. Qu’on est en dépendance financière d’autrui. Sous les ors et les tentures, derrières les parures et les bijoux, c’est de cela qu’il s’agit. Monter les échelons sans perturber la mécanique. Composer entre sa volonté de réussite et ses valeurs. Démolir les anciens privilèges pour imposer les siens. Remplacer une domination par une autre. L’histoire de l’humanité en somme&nbsp;?</p>



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<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



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		<title>Gothic : l’esprit romantique comme un cauchemar déjanté</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/gothic-film-ken-russell/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Padme Purple]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Dec 2025 11:41:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que Dauphine boucle son article sur le biopic Mary Shelley, je ne peux m’empêcher d’évoquer le sulfureux Gothic du non moins sulfureux Ken Russell. Dans la filmo du Monsieur, Tommy, The Devils, La Symphonie pathétique et j’en passe… une succession de longs métrages bien secouants pour ne pas dire frénétiques. Russell n’était pas tendre [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Alors que Dauphine boucle son article sur le biopic <em><a href="https://www.theartchemists.com/film-mary-shelley-2017-haifaa-al-mansour/">Mary Shelley</a></em>, je ne peux m’empêcher d’évoquer le sulfureux <em>Gothic</em> du non moins sulfureux <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ken_Russell">Ken Russell</a>. Dans la filmo du Monsieur, <em>Tommy</em>, <em><a href="https://www.theartchemists.com/film-diables-ken-russell/">The Devils</a></em>, <em>La Symphonie pathétique</em> et j’en passe… une succession de longs métrages bien secouants pour ne pas dire frénétiques. Russell n’était pas tendre avec son public, aimant retourner les consciences. C’est le cas avec <em>Gothic</em> (1986) qui revient sur la nuit dantesque où les mythes littéraires du vampire et du monstre de Frankenstein furent mis au monde, dans le sang et la douleur, cela va de soi.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" hcb-fetch-image-from="https://youtu.be/J_JQ8o2M68w?si=vVIbUuui3VSFMrSE" title="Gothic (1986) ORIGINAL TRAILER [HD 1080p]" width="1080" height="608" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen consent-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/J_JQ8o2M68w?feature=oembed" consent-required="39300" consent-by="services" consent-id="39301" consent-click-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/J_JQ8o2M68w?feature=oembed&amp;autoplay=1"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Accoucher du pire récit d’horreur qui soit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Été 1816&nbsp;: le poète Shelley, sa compagne Mary et la demi-sœur de celle-ci, Claire, rallient la Suisse et la villa Diodati où le grand auteur Lord Byron s’est réfugié pour échapper au scandale. Il faut dire que Mister Byron a une vie pour le moins dissolue. Grand amateur de dames (y compris sa demi-sœur, ce qui explique le scandale), ce nihiliste impénitent boit, se drogue, écrit, et invoque les esprits. A l’excès. Dans son sillage, sa ménagerie et le docteur Polidori, médecin dandy aux plaisanteries douteuses qui se réfugie dans la religion pour échapper à ses attirances homosexuelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas vraiment des modèles d’équilibre donc, idem pour Percy et sa belle-sœur. Au milieu de tout ça, Mary, éprouvée par l’instabilité de son compagnon et la récente perte de son enfant, tente de conserver un brin de stabilité mentale. Pas évident évident alors que le temps se détraque, qu’un orage épouvantable s’abat sur la villa, et que, pour passer le temps, on fait tourner les tables et se lance un challenge&nbsp;: accoucher du pire récit d’horreur qui soit. C’est cet accouchement que Russel va raconter, avec l’outrance qu’on lui connaît. Une outrance d’une rare justesse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Entre création et anéantissement</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Décors baroques, visions cauchemardesques, courses folles dans des combles et des caves sordides où grouillent la vermine, nos quatre loulous vont jouer à se faire peur. Et ils vont aller trop loin. Bien trop loin. Dans ces pièces truffées d’armures et d’automates, où les ombres enragées par la tempête trompent les esprits embués par la drogue et l’alcool, il est facile d’imaginer le pire. Et d’exacerber ses obsessions, ses peurs viscérales. C’est cette étincelle créatrice flirtant avec l’anéantissement que Russell traque, dans le sillage d’interprètes hallucinés et particulièrement convaincants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Gabriel Byrne en Byron nonchalant et malsain, Julian Sands en Shelley désaxé et perdu, Natasha Richardson en Mary Shelley rongée d’angoisse et de culpabilité, Myriam Cyr en Claire hystérique, Timothy Spall en Polidori autodestructeur&nbsp;: le quintet est mené de main de maître par un réalisateur particulièrement doué quand il s’agit de représenter la démesure, la folie. Or peut-on engendrer ces deux monuments de la culture pop cités plus haut sans passer par la case dinguerie absolue&nbsp;? Et l’annihilation&nbsp;complète&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Russell ne pose pas la question, il apporte une réponse qui fait frémir. L’atmosphère poisseuse du film, ce sentiment d’évoluer dans un rêve bizarre virant en une seconde au cauchemar (le célébrissime tableau <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cauchemar_(F%C3%BCssli,_D%C3%A9troit)">Le Cauchemar</a></em> de Füslli préside à cette résidence d’artistes qui a tout de l’escape game horrifique), la vision prophétique du destin funeste de ces génies voués au chagrin et au trépas… Outre la naissance de deux créatures littéraires mythiques, le film donne ainsi à ressentir ce que l’esprit romantique portait en soi de macabre, de morbide, de sombre. Et de génialement provocateur, de totalement innovant, de complètement intense.</p>



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<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



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		<item>
		<title>Monster : The Ed Gein story &#8230; ce que mérite l’Amérique</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/serie-monster-ed-gein-story/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Oct 2025 11:35:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Séries]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.theartchemists.com/?p=38340</guid>

					<description><![CDATA[<p>Nous avions littéralement dévoré Monster 1 et 2, respectivement consacrés aux parcours meurtriers de Jeffrey Dahmer et des frères Menendez. Autant vous dire que l’annonce du troisième volet de la série dédié à Ed Gein nous a mis sur les dents. 2 octobre 2025&#160;: lancement des épisodes ; 3 octobre début du visionnage ; 5 [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
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<p class="wp-block-paragraph">Nous avions littéralement dévoré <em>Monster 1 </em>et<em> 2</em>, respectivement consacrés aux parcours meurtriers de <a href="https://www.theartchemists.com/serie-monster-jeffrey-dahmer-story/">Jeffrey Dahmer</a> et des <a href="https://www.theartchemists.com/serie-menendez/">frères Menendez</a>. Autant vous dire que l’annonce du troisième volet de la série dédié à Ed Gein nous a mis sur les dents. 2 octobre 2025&nbsp;: lancement des épisodes ; 3 octobre début du visionnage ; 5 octobre, bouclage du visionnage ; 6 octobre revisionnage du <em>Silence des agneaux</em>. Ça vous l’a fait aussi&nbsp;? Normal. Le binôme Murphy/Brennan a, comme à son habitude et avec la maestria qu’on lui connaît, exploré comment une histoire sordide a engendré un mythe. Avec en toile de fond une réflexion sur ce mérite l’Amérique de <a href="https://www.theartchemists.com/?s=trump">Trump</a>. Et cela n’a rien de glorieux.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" hcb-fetch-image-from="https://youtu.be/EDBmpfbnLGk?si=PWok2hN_V4RpH9IK" title="MONSTER: The Ed Gein Story | Official Trailer | Netflix" width="1080" height="608" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen consent-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/EDBmpfbnLGk?feature=oembed" consent-required="39300" consent-by="services" consent-id="39301" consent-click-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/EDBmpfbnLGk?feature=oembed&amp;autoplay=1"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Atrocités de proximité</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ed_Gein">Ed Gein</a> donc&nbsp;: un discret fermier issu de l’Amérique profonde, coincé entre les interdits érigés par une mère castratrice avec laquelle il tisse une relation fusionnelle au-delà du concevable et des fantasmes de dépeçage et de nécrophilie. Maman meurt&nbsp;: Ed, dévasté, perd son seul garde-fou (dans tous les sens du terme) et passe à l’acte, depuis le viol de cadavres jusqu’au meurtre en passant par la fabrication de meubles en peau et os humains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les flics qui vont finalement l’appréhender auront du mal à s’en remettre. Les médias se saisiront de cette affaire qui aura un écho international&nbsp;: dans les années 50 en voie de rémission après une seconde guerre mondiale horrifique, on n’imagine même pas qu’un Ed Gein puisse exister et commettre semblables atrocités dans sa cuisine à proximité du centre d’une petite ville du Wisconsin où tout le monde se connaît. Et pourtant…</p>



<div class="wp-block-group has-white-color has-vivid-cyan-blue-to-vivid-purple-gradient-background has-text-color has-background has-link-color wp-elements-4 is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>A lire également </strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.theartchemists.com/ed-kemper-film-2025/">Ed Kemper (2025)&nbsp;: anatomie d’un prédateur selon Chad Ferrin</a></li>



<li><a href="https://www.theartchemists.com/extremely-wicked-shockingly-evil-vile-ted-bundy/">Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile&nbsp;: in bed with Ted Bundy&nbsp;?</a></li>



<li><a href="https://www.theartchemists.com/serie-des-goutte-sang-pire/">DES&nbsp;: pas une goutte de sang, mais c’est bien pire …</a></li>
</ul>
</div>



<h2 class="wp-block-heading">Autopsier la psyché américaine</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette histoire va s’enraciner dans la culture américaine, influençant des générations de tueurs en série qui rendront hommage à Gein comme à la matrice originelle de leurs barbaries, ET une floppée de réalisateurs s’emparant de ce fait divers pour le raconter en sanglantes images qui vont transformer le cinéma (à moins que ça soit l’inverse&nbsp;?). <em>Psychose</em> d’<a href="https://www.theartchemists.com/film-hitchcock-mythe-cinematographique/">Hitchcock</a>, <em>Massacre à la tronçonneuse</em> de Hopper, <em>Le Silence des agneaux</em> de Demme&nbsp;: trois monuments filmiques, trois séismes artistiques, trois grandes mutations dans le regard des spectateurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas étonnant que Murphy/Brennan, qui, rappelons-le, ont accouché de la superbe minisérie<a href="https://www.theartchemists.com/hollywood-coup-pied-fourmiliere-cinema/"> <em>Hollywood</em></a>, se penchent sur le devenir de la fable Ed Gein, ajoutant au passage des clins d’œil à <em>Maniac</em> ou <em><a href="https://www.theartchemists.com/serie-mindhunter/">Mindhunter</a></em>. Désireux qu’ils sont d’autopsier la psyché américaine dans ce qu’elle a de plus tortueux, de plus vénéneux, ils ne pouvaient ignorer pareille source. Encore moins la raconter sans y mêler esthétique, humanité et poésie (la déclinaison à l’œuvre dans la saga <em><a href="https://www.theartchemists.com/?s=American+Horror+Story">American Horror Story</a></em>).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pénétrer la réalité d’une démence</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Teintes verdâtres et lumières tamisées, nuances de cadavre en putréfaction, gros plans sur les mains qui caressent les chairs mortes, les doigts qui cousent des peaux de femme, les pupilles qui se dilatent devant des images de sévices, Murphy/Brennan mettent en scène l’atroce du point de vue d’un Gein bercé/rongé par ses visions, ses angoisses, ses désirs. C’est aussi insupportable que superbe, poignant même, et particulièrement perturbant. Car, ce faisant, Murphy/Brennan nous rappellent que ce type martyrisé par une mère fanatique et elle-même dérangée, souffrait de schizophrénie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne pas excuser, ne pas magnifier, pénétrer la réalité d’une démence. Facile à dire, plus compliqué à faire&nbsp;: Charlie Hunnam campe un Ed Gein contre toute attente charismatique, dont on n’arrive jamais à déterminer s’il est un peu benêt ou profondément manipulateur. Autour de lui une palette d’acteurs également impliqués, dont Tom Hollander en Hitchcock dévoré par le monstre filmique qu’il engendre, Will Brill, frénétique Tobe Hopper, ou Vickie Krieps, terrifiante Ilse Koch. Le casting est impressionnant, de même le travail de reconstitution des décors et des costumes, les effets spéciaux, les maquillages, la photographie, les cadrages, le montage.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Gein, miroir intemporel des peurs de l’Amérique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Effet d’harmonie pour conter le chaos d’un esprit médiocre rongé de démence et évoluant dans un monde parallèle et mortifère où la violence perturbe les genres. Avec <em>Monster&nbsp;: The Ed Gein story</em>, Murphy/Brennan ajoutent leur pierre à l’édifice qu’ils tentent de démonter. Ironie du sort&nbsp;: si, comme le dit si bien Hopper, Gein inspire les films que l’Amérique mérite, tendant ainsi un miroir à ses terreurs le plus profondes (menace nucléaire, guerre du Vietnam, crise économique…), alors quelles peurs modernes ce nouvel opus de la série <em>Monster</em> dénoncent-elles&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les USA de Trump, masculinistes, fondamentalistes et rétrogrades, s’acharnent sur les opposants, les migrants, les femmes, les homosexuels, les transsexuels. Schizophrénique, le pays de la démocratie tourne à la dictature à coup de censure et de discrimination. Combien de Ed Gein à la clé de cette plongée dans les eaux troubles du rigorisme religieux où il ne fait pas bon être une femme ou avoir changé de sexe&nbsp;? Gein, obsédé par le corps des femmes au point de leur arracher la peau pour s’en faire un costume, s’en masquer le visage, n’est pas le transsexuel frustré qu’on a imaginé mais un gynéphile tellement obsédé par la féminité qu’il la pénètre intégralement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Homme parasite et fascination du true crime</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La démembre, l’écorche, la recompose à sa façon pour s’y glisser et y vivre. Peau d’Âne version homme, Hercule recouvert d’une défroque féminine&nbsp;: un homme parasite, adulescent qui détruit les femmes jusqu’à s’emparer de leur être, de leur visage, de leurs formes. Plus qu’un boucher, un ogre mu par ses hallucinations, ses pulsions et qui pour jouir a besoin d’une femme froide, silencieuse, soumise. Morte. Aucun recul, pas de remord, le regard absorbé par les magazines illustrant la barbarie nazie sous toutes ses formes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Difficile de ne pas faire le lien avec le règne des images modifiées par l’IA, images qui inondent nos fils d’actu et entretiennent notre FOMO. La référence à Weegee, photographe new-yorkais qui a dépeint la vie nocturne de Big Apple y compris ses côtés scabreux et sanglants n’est pas anodine. La fascination de Gein et de sa petite amie pour les scènes de meurtre non plus. Alors que le <a href="https://www.theartchemists.com/?s=true+crime">true crime</a> est plébiscité, Murphy/Brennan interrogent cette fascination malsaine et le business qu’elle génère, l’effet Ed Gein qu’elle alimente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains diront que la série, composée de huit épisodes, est trop longue, chronologiquement bordélique. C’est qu’il ne s’agit guère de raconter des faits qui tiennent sur un timbre-poste ou presque. D’ed gein en soi, il y a peu à dire sinon que c’était un tueur dément. Mais c’est l’impact durable qu’il a sur la mémoire américaine qu’il imposte ici d’ausculter. Et la love story sado-maso des USA pour le boucher de Planinfield a de quoi interpeler les consciences. Ce que Murphy/Brennan font avec beaucoup de pertinence et un plaisir non feint.</p>



<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-678cc482" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns alignfull has-1-columns has-desktop-equal-layout has-tablet-equal-layout has-mobile-collapsedRows-layout has-reverse-columns-mobile has-vertical-bottom ticss-c00aadba"><div class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-overlay"></div><div class="innerblocks-wrap">
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<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



<p class="has-text-align-center has-text-color wp-block-paragraph" style="color:#fefefe">Vous avez des envies de culture ? Cet article vous a plu ?</p>



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		<title>Série « Entretien avec un vampire » : crise de couple chez les vampires</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/serie-entretien-avec-un-vampire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Padme Purple]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Aug 2025 08:55:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Séries]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Suis-je une vieille conne aigrie&#160;? Je m’étais promis de ne jamais tomber dans le «&#160;c’était mieux avant, ma bonne dame&#160;». Mais en visionnant les deux saisons d’Entretien avec un vampire, j’ai franchement tangué, et plusieurs fois. D’où une foultitude d’interrogations qu’il me fallait explorer. Un roman culte Pour les aficionados de littérature dark et de [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
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<p class="wp-block-paragraph">Suis-je une vieille conne aigrie&nbsp;? Je m’étais promis de ne jamais tomber dans le «&nbsp;c’était mieux avant, ma bonne dame&nbsp;». Mais en visionnant les deux saisons d’<em>Entretien avec un vampire</em>, j’ai franchement tangué, et plusieurs fois. D’où une foultitude d’interrogations qu’il me fallait explorer.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" hcb-fetch-image-from="https://youtu.be/BecdVouR7mY?si=5DlRgFlWY7j0A0lD" title="Interview With the Vampire Season 1 Trailer" width="1080" height="608" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen consent-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/BecdVouR7mY?feature=oembed" consent-required="39300" consent-by="services" consent-id="39301" consent-click-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/BecdVouR7mY?feature=oembed&amp;autoplay=1"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Un roman culte</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les aficionados de littérature dark et de vampires, <em>Entretien avec un vampire</em> est un incontournable, le roman culte par excellence. Inaugurant la tétralogie consacrée aux aventures du fringant et cynique Lestat de Lioncourt, <em>Entretien avec un vampire</em> relate les confidences de son compagnon Louis de Pointe du Lac, vampire désabusé pour ne pas dire dépressif, qui évoque sa triste histoire au micro d’un journaliste en quête de scoop.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Soyons clairs&nbsp;: il y a eu un avant et un après <em>Interview with a vampire</em>. Avec ce best seller publié en 1976, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Rice">Anne Rice</a> dynamite à jamais les codes du genre. Ses vampires distancent le profil du tueur avide et diabolique dessiné par <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bram_Stoker">Bram Stocker</a> dans <em>Dracula</em> pour proposer une vision beaucoup plus nuancée et empathique. Le vampire à la mode Anne Rice est rongé de doutes, il n’a pas choisi sa condition, la subit comme une malédiction, s’en accommode difficilement et en souffre psychiquement, parfois jusqu’au suicide.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des modifications de taille</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En toute logique, si vous avez un grain de bon sens, quand vous bouclez le roman, l’aventure vampirique vous tente beaucoup moins. Car elle constitue un gouffre de douleurs, de chagrins, de ruptures, sans compter l’obligation de tuer pour survivre, pire de transformer autrui pour ne pas être seul. La version cinématographique signée Neil Jordan en 1994 creuse ce sillon, portée par un Tom Cruise atroce de cynisme, un Brad Pitt rongé de remords, une Kirsten Dunst dont la candeur cache une violence sans fond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autant dire que l’adaptation en série par <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Rolin_Jones">Rolin Jones</a> en 2022 avait du pain sur la planche pour rivaliser. Étirée sur deux saisons qui en appellent une troisième déjà en promotion, <em>Interview with a vampire</em> s’empare de la tétralogie d’Anne Rice … et l’aménage clairement pour parler à la génération Y, Z et plus jeunes encore. Ce qui implique plusieurs modifications de taille&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>bye bye le XVIIIe siècle, nos héros évoluent initialement dans les années 20 avant de traverser la seconde Guerre Mondiale, puis les années 50&nbsp;;</li>



<li>initialement planteur blanc exploitant les esclaves noirs, Louis devient un malfrat de couleur, idem pour la petite Claudia, elle-même noire&nbsp;;</li>



<li>les relations entre Louis et Lestat sont clairement homosexuelles, là où Anne Rice ne faisait qu’effleurer cette option.</li>
</ul>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" hcb-fetch-image-from="https://youtu.be/4wT4QihIavo?si=fN1Zl2DDbqr7K6KW" title="Interview with the Vampire Season 2 Official Trailer | Premieres May 12 | AMC+" width="1080" height="608" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen consent-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/4wT4QihIavo?feature=oembed" consent-required="39300" consent-by="services" consent-id="39301" consent-click-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/4wT4QihIavo?feature=oembed&amp;autoplay=1"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Scènes de ménage et casting impliqué</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La chose aurait pu être intéressante, porteuse de réflexion, débouchant sur une interrogation de l’intolérance sociale propre aux USA où il ne fait guère bon être de couleur ou homo (c&rsquo;est clairement l&rsquo;option du film <em><a href="https://www.theartchemists.com/sinners-film/">Sinnners</a></em>). Que nenni&nbsp;! L’histoire va tourner à la crise familiale avec scènes de ménage et engueulades, coups de foudre, coups bas, rabibochages et séparations fracassantes. Entre deux séquences de massacres (il faut bien se nourrir et s’amuser un peu avec sa nourriture), nos héros s’engueulent copieusement, ne se supportent plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est spectaculaire, mais ça manque de fond. Et c’est vraiment dommage, vu que le casting est juste absolument génial de talent et d’implication. <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sam_Reid">Sam Reid</a> (déjà aperçu entre autres dans <em><a href="https://www.theartchemists.com/serie-profession-reporter/">Profession reporter</a></em>) campe un Lestat de compétition, Jacob Anderson (exfiltré de <em><a href="https://www.theartchemists.com/game-of-thrones-la-serie-quil-faut-spoiler/">Game of thrones</a></em>) apporte sa fragilité à Louis, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Eric_Bogosian">Eric Bogosian</a> est un Daniel Malloy d’un cynisme mordant, c’est le cas de le dire), <a href="https://www.instagram.com/assadzc/?hl=fr">Assad Zaman</a> tisse un Armand aux charmes crépusculaires, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ben_Daniels">Ben Daniels</a> est juste parfait en Santiago, <a href="https://www.instagram.com/baileybass/">Bailey Bass</a> puis <a href="https://www.instagram.com/delaineyhayles/?hl=fr">Delainey Hayles</a> incarnent à la suite une Claudia aussi cruelle que fragile. Bref, rien à dire ni sur l’interprétation, ni sur les décors, les costumes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Guimauve sentimentale</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui pêche&nbsp;? C’est ce besoin d’étaler l’histoire sur deux saisons là où une seule aurait pu suffire si on nous avait fait grâce de ces querelles amoureuses qui tournent à la thérapie de couple devant des spectateurs transformés à leur corps défendant en conseillers conjugaux. Dommage car les passages marquants ne manquent guère, notamment la vision du théâtre des Vampires, qui rappelle les temps forts du Grand Guignol. Mais ce n’est qu’une toile de fond pour une guimauve sentimentale dont les héros de Rice étaient initialement incapables et c’était d’ailleurs là tout le problème.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lestat, Louis, Claudia, la V1 de ces personnages était avide d’aimer, incapable d’y parvenir. La V3 développée dans la série est dégoulinante d’amour et de cruauté. Pour parler aux ados&nbsp;? En liquidant toute la réflexion sur la mort et la non mort (rappelons qu&rsquo;Anne Rice a initialement écrit le livre suite au décès d&rsquo;un de ses enfants), l’accès à l’éternité comme une fatalité, la difficulté à traverser les époques, les mutations technologiques, sociales et morales, à s’adapter aux temps qui passe quand on a des siècles de non vie derrière soi. C’était cela la fibre initiale du roman, ce qui en faisait le prix. Il n’en reste que peu de choses dans la version de Rolin Jones et cela en dit long sur l’appauvrissement de nos chefs d’œuvre condamnés à des relectures riches de potentiel, vides de sens.</p>



<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-678cc482" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns alignfull has-1-columns has-desktop-equal-layout has-tablet-equal-layout has-mobile-collapsedRows-layout has-reverse-columns-mobile has-vertical-bottom ticss-c00aadba"><div class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-overlay"></div><div class="innerblocks-wrap">
<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-column-4d412c51" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-column">
<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



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