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	<title>trump</title>
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		<title>The Apprentice : Trump mode d’emploi</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/the-apprentice-film/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Padme Purple]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jan 2026 11:48:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ok, ok, Trump par-ci Trump par là, POTUS Trump colonise actuellement le devant de la scène médiatique avec ses projets d’invasion tout azimut, sa manière de gérer l’immigration et l’opposition en mode facho, sans compter sa mauvaise foi, son égo surdimensionné et sa manière clairement assumée de nous prendre tous.tes pour des cons. Si vous êtes comme moi, vous frisez l’overdose et la crise de panique. Raison de plus pour...</p>
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<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="450" height="600" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2026/01/The-ARTchemists-the-Apprentice.jpg" alt="The apprentice" class="wp-image-38451" srcset="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2026/01/The-ARTchemists-the-Apprentice.jpg 450w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2026/01/The-ARTchemists-the-Apprentice-216x288.jpg 216w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2026/01/The-ARTchemists-the-Apprentice-371x494.jpg 371w" sizes="(max-width: 450px) 100vw, 450px" /></figure>



<div style="height:15px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p>Ok, ok, Trump par-ci Trump par là, POTUS Trump colonise actuellement le devant de la scène médiatique avec ses projets d’invasion tout azimut, sa manière de gérer l’immigration et l’opposition en mode facho, sans compter sa mauvaise foi, son égo surdimensionné et sa manière clairement assumée de nous prendre tous.tes pour des cons. Si vous êtes comme moi, vous frisez l’overdose et la crise de panique. Raison de plus pour visionner l’excellent, si juste et un brin prophétique <em>The Apprentice</em>. Et prions tous pour que nos dirigeants aient aussi regardé le film d’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ali_Abbasi">Ali Abbasi</a> qui peut faire figure de mode d’emploi de Mister Orange.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="THE APPRENTICE - Bande-annonce VOST" width="640" height="360" src="https://www.youtube.com/embed/qbJJW6JqVx8?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Des règles simples</h2>



<p><em>The Apprentice</em> : l’apprenti, le novice. Titre aussi simple et dépouillé que juste puisque ces 122 minutes échevelées évoquent comment petit poussin <a href="https://www.theartchemists.com/?s=trump">Trump</a> est devenu le charognard qu’on connaît aujourd’hui (profitant au passage de ce terme pour baptiser le show télévisé qui le fit connaître du grand public). Issu d’une meute menée de main de fer par un patriarche peu amène, Trump jeune adulte n’a guère d’aura, encore moins de pratique et surtout pas de réseau. S’il a les dents longues, elles ne brillent encore pas et ne trouent pas le parquet.</p>



<p>Tout ça va changer quand <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Roy_Cohn">Roy Cohn</a> le prend sous son aile. Avocat à droite toute qui se targue d’avoir conduit Ethel Rosenberg à la chaise électrique, Cohn est connu pour être un vrai salopard sans principe qui n’hésite pas à défendre les pontes de la mafia et se conduit un peu comme un parrain. Ses règles sont simples&nbsp;:</p>



<p><strong>1. Attaquer, attaquer, attaquer&nbsp;: </strong>Ne jamais se défendre passivement. Toujours contre-attaquer, intimider, saturer l’espace médiatique. L’offensive permanente comme stratégie de domination.</p>



<p><strong>2. </strong><strong>Ne jamais admettre ses torts. </strong>Même face à l’évidence. Reconnaître une faute, c’est perdre. Le déni devient une arme politique et psychologique.</p>



<p><strong>3. </strong><strong>Toujours proclamer la victoire, </strong><strong>p</strong>eu importe la réalité des faits. Il faut affirmer qu’on a gagné, imposer son propre récit, jusqu’à ce qu’il devienne la vérité perçue.</p>



<div class="wp-block-group has-white-color has-vivid-cyan-blue-to-vivid-purple-gradient-background has-text-color has-background has-link-color wp-elements-f0132a3d407735e85fdd1000fed16630" style="font-style:normal;font-weight:600"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
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</ul>



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<li><a href="https://www.theartchemists.com/trump-culture/">Trump vs la culture, l’art&nbsp;et l’éducation : tableau critique d’un torpillage artistique intensif</a></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.theartchemists.com/operation-trump-documentaire/">«&nbsp;Opération Trump, les espions russes à la conquête de l’Amérique&nbsp;»&nbsp;: histoire d’une trahison qui ne dit pas son nom&nbsp;?</a></li>
</ul>
</div></div>



<h2 class="wp-block-heading">Un prédateur aux appétits d’ogre</h2>



<p>Voici donc le socle idéologique et comportemental que Cohn inculque à son protégé. La grille de lecture nécessaire pour comprendre un Trump qui va construire son personnage public selon cette triade. Deux heures durant, nous voyons le petit affairiste de l’immobilier muter en business prédateur aux appétits d’ogre et aux goûts pour le moins douteux. Au bureau ou chez soi, en public ou dans l’intimité, le portrait n’est guère flatteur, le monsieur imprévisible et égocentrique. Surtout lâche, déloyal et traître.</p>



<p>Cohn en fera les frais, de même sa première épouse Ivana, séduite puis progressivement abandonnée car lui faisant de l’ombre. Scène après scène, le portrait s’affine, les ressorts psychologiques apparaissent, les mécanismes se mettent en place. Au final c’est un Trump enfermé dans sa vision du monde qui s’impose, prêt à écraser tout ce qui ne lui convient pas. Tyrannique, infantile, incapable d’émotions pleutre, résolu à tout bouffer, y compris le fric de ses parents.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Fauves politiques et profils retors</h2>



<p>Mais qui recule quand on lui dit non. Ce que Cohn aurait dû faire rapidement. Raté. Il se fera bouffer sans pitié … et sans combattre. Peut-être en visionnant ce parcours initiatique, vous vous direz que c’est un peu exagéré. Si seulement… mais non. Aux commandes du scénario, le journaliste <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Gabriel_Sherman">Gabriel Sherman</a> à qui l’on doit <em>The Loudest Voice in the Room: How the Brilliant, Bombastic Roger Ailes Built Fox News&nbsp;– and Divided a Country, </em>enquête qui servit de base à l’excellente série <em><a href="https://www.theartchemists.com/film-loudest-voice-biopic-roger-ailes/">The Loudest voice</a></em>. Un portrait aussi juste qu’effrayant de Roger ailes qui façonna Fox news.</p>



<p>En d’autres termes Sherman s’y connaît en fauves politiques et en profils retors et sans vergogne. Son récit est servi par une mise en scène nerveuse, speedée, dans une new-York des années 80 entre lumières et déchéance, nouveaux riches et misère crasse. Le binôme Sebastian Stan (sidérant en Trump junior maladroit mais motivé) / Jeremy Strong (impeccable Roy Cohn) saisit aux tripes un spectateur subjugué, fasciné. Et flippé quand il comprend de quel monstre Cohn va accoucher sans même s’en rendre compte.</p>



<p>Preuve que le film voit juste, on a peiné à le diffuser aux USA où la team de campagne de Trump a tout fait pour bloquer la sortie en salles (on comprend pourquoi). Raison de plus pour le visionner maintenant et fissa, histoire de comprendre un peu plus la logique et la conception du monde trumpienne. Un mode d&#8217;emploi très utile par les temps qui courent.</p>



<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-678cc482" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns alignfull has-1-columns has-desktop-equal-layout has-tablet-equal-layout has-mobile-collapsedRows-layout has-reverse-columns-mobile has-vertical-bottom ticss-c00aadba"><div class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-overlay"></div><div class="innerblocks-wrap">
<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-column-4d412c51" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-column">
<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



<p class="has-text-align-center has-text-color" style="color:#fefefe">Vous avez des envies de culture ? Cet article vous a plu ?</p>



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		<item>
		<title>Frankenstein selon Guillermo del Toro : un monstre d’hybridation cinématographique, littéraire et visuelle</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/frankenstein-guillermo-del-toro/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Nov 2025 16:12:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Trois jours, 29 millions de spectateurs. Ce n’est rien de dire que le Frankenstein de Guillermo del Toro a fait un carton. Déboulant sur Netflix après une sortie en salle au compte goutte dans plusieurs pays, ce récit gotique en diable a su conquérir un public chauffé à blanc par une campagne de communication particulièrement bien troussée. Restait à savoir si la qualité serait au rendez-vous : c’est le cas et...</p>
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<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="480" height="600" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/11/The-ARTchemists-frankenstein-del-toro.jpg" alt="affiche du film Frankenstein de Guillermo del Toro" class="wp-image-38386" srcset="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/11/The-ARTchemists-frankenstein-del-toro.jpg 480w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/11/The-ARTchemists-frankenstein-del-toro-230x288.jpg 230w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/11/The-ARTchemists-frankenstein-del-toro-395x494.jpg 395w" sizes="(max-width: 480px) 100vw, 480px" /></figure>



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<p>Trois jours, 29 millions de spectateurs. Ce n’est rien de dire que le <em>Frankenstein</em> de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillermo_del_Toro">Guillermo del Toro</a> a fait un carton. Déboulant sur Netflix après une sortie en salle au compte goutte dans plusieurs pays, ce récit gotique en diable a su conquérir un public chauffé à blanc par une campagne de communication particulièrement bien troussée. Restait à savoir si la qualité serait au rendez-vous : c’est le cas et haut la main. Il faut dire que del Toro a pris son temps. Déjà en 2007, le réalisateur évoquait la chose&#8230; avec passion. 20 ans plus tard, il accouche d’un petit bijou de long-métrage de prime abord horrifique, au final aussi poétique que baroque, et qui ne demande qu’à être décortiqué. Car l’auteur de <em>Crimpson Peak</em>, <em>Le Labyrinthe de Pan</em> ou <em><a href="https://www.theartchemists.com/film-forme-eau/">La Forme de l’eau</a></em> ne pouvait s’emparer de la création littéraire magistrale de Mary Shelley sans en faire un hybride foisonnant, hypnotique et riche d’enseignement.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">De Shelley à del Toro</h2>



<p>Revenons un instant au socle mythique posée par Mary Shelley en 1818. Le roman <em>Frankenstein; or, The Modern Prometheus</em> repose sur un double pari : reprendre la légende de Prométhée (l’homme qui vole le feu divin) et la transposer dans une ère de conquêtes scientifiques, médicales et technologiques qui questionne la responsabilité du créateur. Mary Shelley dans ce récit dément interroge l’humanité du monstre, l’irresponsabilité du savant, la solitude existentielle, la frontière floue entre l’humain et le non-humain.</p>



<p>Del Toro s’empare de l’oeuvre, contourne le piège d’une transposition au pied de la lettre, métamorphose l’ensemble, élabore son propre cocktail gotico-horrifico-poétique. Mythe en mutation&nbsp;: ce qu’il emprunte à Shelley, il le croise avec les éléments clés de son univers artistique, ces thématiques qui le hantent depuis le début de sa carrière, le temps qui passe sans qu’on puisse le maîtriser, la volonté de contrôle de ce qui ne peut l’être, l’amour absolu et impossible magnifié, le trop lourd sentiment du rejet, la question de l’intégration, de la normalisation. Son <em>Frankenstein</em> lui ressemble — qui efface la confuse limite entre créateur et monstruosité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Éléments de métamorphose</h2>



<p>Quelques points saillants d’appropriation/transformation&nbsp;?</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Le film, bien que restituant l’époque victorienne ou proche, affiche une esthétique baroque, gothique, steampunk, qui tranche avec le contexte du roman. Les décors, les costumes, la lumière, grandioses, ne visent pas à une « vraie reconstitution », mais à planter un monde « à la del Toro ».</li>



<li>Là où Shelley montre un savant outré par sa créature, del Toro fait de Victor Frankenstein LE monstre de ce conte, un monstre par ses actes, ses obsessions, sa puissance destructrice… et son égo infini. Clairement, la créature est bien plus humaine que son « père » qui restitue sans même s’en rendre les sévices subis dans son enfance par un géniteur plus que maltraitant.</li>



<li>La fiancée (Elizabeth Lavenza, parfaite réplique d’une mère adorée morte prématurément) est placée au cœur non seulement du triangle romantique/tragique, mais aussi de l’empathie et de la métamorphose. Par son biais, le film aborde les thèmes de la paternité/maternité, de la transmission, de la violence, de l’industrialisation, de l’armement.</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading">Un témoin, une conscience, un miroir</h2>



<p>La fiancée justement. Dans cette adaptation, Elizabeth (Mia Goth, d’une justesse touchante) ne se contente pas d’être l’ombre passive du créateur ou de la créature, la pauvre jeune fille convoitée par l’un et l’autre, une victime en puissance. Non, ici, elle est empathie, reconnaissance, humanité. Un trait d’union, un témoin, une conscience, un miroir. Quelqu’un qui répare ou tente de le faire par tous les moyens à sa disposition. Ses tenues, pensées comme des carapaces d’insecte (les scarabées, le malachite… références récurrentes dans le cinéma de del Toro, dixit <em>Mimic</em>), expriment à la fois sa fragilité et sa force.</p>



<p>Sa rencontre avec la créature est un moment d’une grande poésie, un «&nbsp;love at first sight&nbsp;» particulièrement romantique et poignant qui s’accompagne d’un geste de charité, d’un désir de protection. Quelque chose de <em>La forme de l’eau</em> transparaît ici , qui va à contre-courant des récits fantastico-horrifiques. Le monstre n’est pas celui qu’on croit, et c’est une femme qui le révèle aux yeux de tous, quitte à y laisser la vie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Incarner l’Autre</h2>



<p>Victor Frankenstein (joué par un Oscar Isaac frénétique) est représenté non comme un savant fou typique, mais comme un artiste-entrepreneur, un visionnaire obsédé, une rockstar. Costume, attitude, discours, tout le montre, par exemple ces gants rouges qui ne le quittent jamais, et qui symbolisent le sang qui tâchent ses mains, la tâche originelle déposée sur lui par sa mère à l’agonie. Sa passion également, son manque de recul, de pondération. La violence aussi qui l’anime, dans sa relation aux autres, et à ce «&nbsp;fils&nbsp;» qu’il ne va pas assumer.</p>



<p>Ce «&nbsp;père&nbsp;» va tenter de dresser cet «&nbsp;enfant&nbsp;» comme un animal de foire, démontrant ainsi son manque d’empathie. Puis quand il jugera qu’il ne peut progresser, il voudra s’en débarrasser comme on le fait d’un cobaye gênant. Face ce sommet d’égoïsme et de vanité, la créature (jouée par un Jacob Elordi tout en fragilité et colère) s’avère un être vulnérable en quête de sens. Exit l’allure d’un cadavre composite verdâtre et couturé de partout&nbsp;; diaphane et naturellement élégant dans son allure, sa maladresse, cet être aux allures d’ange ou d’extraterrestre questionne, souffre, apprend. Doté d’une beauté étrange que peu perçoivent, il est rejeté non plus pour sa laideur mais parce qu’il incarne l’Autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un film-frankenstein</h2>



<p>Del Toro met ainsi en scène de manière magistrale la quête de reconnaissance de ceux que le monde dit «&nbsp;normal&nbsp;» écarte avec cruauté. Un sujet qui revient en boucle dans ses films&nbsp;: la notion de différence y est questionnée sans cesse, idem pour l’impossible intégration de ceux qui ne correspondent pas aux normes et en souffrent (Hellboy se limant les cornes «&nbsp;pour s’intégrer&nbsp;»). Sujet d’actualité dans une Amérique trumpienne qui traque la différence (personnes trans, intellectuels opposants ou immigrés) avec une assiduité effrayante. Originaire du Mexique, del Toro connaît la sujet. Il sait qu’on est toujours le monstre de quelqu’un. Et cette monstruosité naît uniquement dans le mental, la perception erronée qu’on a du monde.</p>



<p>Son film se veut donc une créature-synthèse, un grand métissage de références, de connaissances, d’émotions. La somme, la fusion de toutes ses obsessions de cinéaste, de ses références culturelles. Son enfance traumatique, son goût des monstres comme métaphores de l’exclu, sa passion pour la mort, le sacrifice, la métamorphose&nbsp;, ses références à l’art pictural, à la peinture baroque, au surréalisme. Le film devient un tableau en mouvement, un film-frankenstein : un corps composé, un monstre d’hybridation cinématographique, littéraire et visuelle.</p>



<p>En somme, le<em> Frankenstein</em> de del Toro est un acte d’amour autant que de réinvention : un hommage à Shelley, mais aussi un manifeste esthétique et émotionnel. Il inverse le regard, métamorphose les rôles, transcende les genres. Il fait de la créature plus humaine que son créateur — et de son film, une œuvre-créature à part entière.</p>



<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-678cc482" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns alignfull has-1-columns has-desktop-equal-layout has-tablet-equal-layout has-mobile-collapsedRows-layout has-reverse-columns-mobile has-vertical-bottom ticss-c00aadba"><div class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-overlay"></div><div class="innerblocks-wrap">
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<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



<p class="has-text-align-center has-text-color" style="color:#fefefe">Vous avez des envies de culture ? Cet article vous a plu ?</p>



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		<item>
		<title>A House of dynamite : 19 minutes avant la fin du monde</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/film-house-dynamite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Padme Purple]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Nov 2025 12:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quand il s’agit de dire les choses clairement, Kathryn Bigelow n’a que peu de concurrents. On se souvient encore du magistral Zero Dark Thirty qui abordait sans concession la traque de Ben Laden, entre course à l’information quitte à user de la torture et attentats en série. Très musclée et incisive dans ses approches, Bigelow remet le couvert avec A House of dynamite. Et cela n’est pas fait pour nous...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
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<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="480" height="600" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/11/The-ARTchemists-house-of-dynamite.jpg" alt="affiche du film A house of dynamite" class="wp-image-38376" srcset="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/11/The-ARTchemists-house-of-dynamite.jpg 480w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/11/The-ARTchemists-house-of-dynamite-230x288.jpg 230w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/11/The-ARTchemists-house-of-dynamite-395x494.jpg 395w" sizes="auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px" /></figure>



<div style="height:15px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p>Quand il s’agit de dire les choses clairement, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kathryn_Bigelow">Kathryn Bigelow</a> n’a que peu de concurrents. On se souvient encore du magistral <em>Zero Dark Thirty</em> qui abordait sans concession la traque de Ben Laden, entre course à l’information quitte à user de la torture et attentats en série. Très musclée et incisive dans ses approches, Bigelow remet le couvert avec <em>A House of dynamite</em>. Et cela n’est pas fait pour nous rassurer.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="A HOUSE OF DYNAMITE | Teaser officiel VOSTFR | Netflix France" width="640" height="360" src="https://www.youtube.com/embed/ljGG1tyCxqg?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Le cul sur un caisson de TNT</h2>



<p>Car la dame déterre une menace oubliée : la peur d’une guerre nucléaire. Née en 1951, elle a grandi en pleine guerre froide quand les bombes A, H et consort proliféraient à la surface du globe. Avec la Détente, le péril atomique a doucement été écarté (pour preuve il déserte progressivement les épisodes de la saga <a href="https://www.theartchemists.com/livre-bons-baisers-du-monde/">James Bond</a> qui lui préfèrent la question de l’eau, du pétrole, des médias ou d’internet et de la surveillance numérique). Mais pour Bigelow, c’est se mettre la tête dans le sable que d’ignorer un danger omniprésent dans un univers où, paradoxe des paradoxes, on communique de plus en plus mal.</p>



<p>D’où <em>A House of dynamite</em> qui revient à dire que nous avons tous le cul sur un caisson de TNT prêt à péter. Et si cela arrivait, nous serions loin de pouvoir gérer la crise. Tout commence en mode « banalité du quotidien » pour ces femmes et ses hommes impliqués à différents niveaux dans la sécurité des USA. Sauf qu’en une micro-seconde, un missile nucléaire sorti d’on ne sait où vu qu’un radar a merdé fait basculer cette quiétude qui a tout de la torpeur. Et là c’est le bordel débouchant sur le chaos. En 19 minutes, c’est plié. Le bazar n’a pu être neutralisé, il tombera à l’aveugle sur le sol américain.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Neutraliser … à l’aveuglette</h2>



<p>A partir de là, que fait-on&nbsp;? Évacuer les populations&nbsp;? Pas le temps, on exfiltre les plus importants, les autres y resteront, tant pis (sympa pour Mr Tout-Le-Monde, vous et moi donc, qui seront incinérés en une micro-seconde s’ils ont la chance d’être au point d’impact). Répliquer&nbsp;? Il faudrait, histoire de neutraliser d’autres lancements. Sauf qu’on ne sait pas qui a paramétré le missile et qu’en neutralisant à l’aveuglette, on encourage vivement les autres (Russes, Chinois, Coréens du Nord, Iraniens et autres) à répliquer voire même à anticiper en balançant leurs ogives sur le pays de l’oncle Sam. Se concentrant sur ces 19 minutes cruciales, Bigelow évoque trois strates décisionnelles&nbsp;: postes techniques (Alaska/Missile Defence), commandement central (STRATCOM), Maison-Blanche et Président. Et chaque strate, c’est juste la confusion.</p>



<p>Des protocoles qu’il faudrait appliquer à la lettre mais qui ont des angles morts à foison&nbsp;(big up au cahier de lancement des ogives nucléaires qui ressemble à un menu de restau) ; des décideurs qui perdent de précieuses minutes à douter puis à discutailler&nbsp;quand ils ne perdent carrément pas les pédales ; des outils qui dysfonctionnent qu’on de semande si ce n’est pas le destin qui fait exprès (écrans qui merdent, portables qui lâchent, réseaux en rideau…). Franchement pas glorieux mais si réaliste à l’heure de coupes budgétaires qui restreignent moyens technologiques et humains). Et c’est bien là que ça vous fiche un upercut. Le récit de Bigelow est réaliste. Pas du délire, mais la réalité comme se plaît à le rappeler un général au POTUS incarné par un Idriss Elba saisissant de vérité dans son angoisse et ses doutes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Démolir le MAGA spirit</h2>



<p>Là où il faudrait communiquer le plus fluidement possible pour éviter l’escalade et le point de non retour, c’est juste inaudible d’un bout à l’autre de la planète. L’expérience de la crise Cuba débouchant sur l’installation du téléphone rouge n’aura finalement pas servi longtemps de leçon. Retour au point 0, aberration sans nom à l’heure du tout numérique. Tout numérique qui ne sert plus à grand-chose quand il ne reste que deux minutes avant l’impact fatal et que vous n’avez d’autres options que d’appeler vos proches pour leur dire combien vous les aimez alors que vous savez qu’ils vont mourir et que vous n’y pouvez plus rien.</p>



<p>Clairement le film va vous secouer et pas forcément vous plaire. Pour tout dire, le Missile Defense Agency (MDA) et le Pentagone ont sorti les crocs, prétextant que leur système d’interception était infaillible (dixit <a href="https://www.independent.co.uk/arts-entertainment/films/news/pentagon-house-of-dynamite-netflix-trump-b2852657.html?utm_source=chatgpt.com"><em>The Independant</em></a>), ce que le film contredit. Idem avec <a href="https://www.theartchemists.com/?s=trump">Trump</a> qui n’est pas ravi ravi de l’image de vulnérabilité renvoyé par un récit qui démolit le MAGA spirit sans pitié… et à raison ? Difficile d’observer ces images, ces situations ô combien délicates sans penser à ce que ferait Trump en semblable posture. Pas dit qu’il jouerait sur la diplomatie. Or c’est de cela qu’il s’agit. Savoir stopper ses élans de soit-disant male alpha pour essayer de préserver ce qui peut encore l’être. Et cela, nous savons tous que le monsieur en est incapable.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un scénario réaliste</h2>



<p>On pourrait se dire que Bigelow exagère. Problème&nbsp;: le scénario signé Noah Oppenheim a été façonné avec des spécialistes, des experts, militaires, anciens responsables, personnes ayant travaillé dans les « rooms » de crise du Pentagone et du STRATCOM (cf <a href="https://www.netflix.com/tudum/articles/could-a-house-of-dynamite-really-happen?utm_source=chatgpt.com">l’article de Netflix</a> expliquant le pourquoi du comment)&nbsp;; il regorge de références, d’acronymes, de termes techniques), est d’une rare précision sur les protocoles, les organigrammes. Il restitue avec pertinence la montée en tension, la manière dont chacun.e va gérer ce basculement. Servi par un casting de haut vol (Elba pré-cité, Rebecca ferguson, Jared Harris, Jason Clarke, Tracy Letts, Gabriel Basso, Moses Ingram et consort), le récit fait le lien entre événement, gestion de la crise et des émotions générées.</p>



<p>Doute, aveuglement, anxiété, terreur, chagrin, frustration… toute la palette des sentiments les plus intenses saisit ces personnages confrontés à un impensable qu’ils sont sensés pour gérer (ils sont formés pour, comme ils aiment à le répéter). Mais peut-être le croient-ils un peu trop. Ce n’est pas la première fois, que les USA, convaincus de leur toute puissance, se plantent. Forte d’un regard journalistique sans concession, Bigelow tire ici la sonnette d’alarme à raison&nbsp;; à l’heure où les tensions géopolitiques se multiplient (Russie/Ukraine, Chine/Taiwan), ce film entre docu-fiction et thriller tombe à point pour sensibiliser, sinon les puissants, du moins les populations. Et il y parvient magistralement.</p>



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<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



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		<title>Carrie de Stephen King : dénoncer, déranger, éclairer</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/carrie-stephen-king-roman-majeur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Nov 2025 10:47:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.theartchemists.com/?p=38362</guid>

					<description><![CDATA[<p>Stephen King : le boss de la littérature horrifique américaine occupe une place de choix au panthéon du fantastique made in USA avec E.A.Poe et Lovecraft. 350 millions de bouquins, Ça en tête ; des adaptations cinématographiques en pagaille ; une prolixité littéraire qui n’a d’égal que la qualité des romans produits. King est devenu incontournable. Sauf que dans l’Amérique de Trump, sa prose gêne. Parmi les livres mis à l’index par les...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
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<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="371" height="600" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/11/The-ARTchemists-carrie-stephen-king.jpg" alt="couverture du roman Cariie de Stephen King" class="wp-image-38363" srcset="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/11/The-ARTchemists-carrie-stephen-king.jpg 371w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/11/The-ARTchemists-carrie-stephen-king-178x288.jpg 178w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/11/The-ARTchemists-carrie-stephen-king-305x494.jpg 305w" sizes="auto, (max-width: 371px) 100vw, 371px" /></figure>



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<p>Stephen King : le boss de la littérature horrifique américaine occupe une place de choix au panthéon du fantastique made in USA avec E.A.Poe et Lovecraft. 350 millions de bouquins, <em>Ça</em> en tête ; des adaptations cinématographiques en pagaille ; une prolixité littéraire qui n’a d’égal que la qualité des romans produits. <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Stephen_King">King</a> est devenu incontournable. Sauf que dans l’<a href="https://www.theartchemists.com/trump-culture/">Amérique de Trump</a>, sa prose gêne. Parmi les livres mis à l’index par les bibliothèques des états les plus conservateurs : <em>Carrie</em> édité en … 1974.</p>



<p>Pas un hasard. Derrière ce roman d’horreur à succès — qui lança la carrière de King et inspira le film culte de Brian De Palma — se cache un texte d’une lucidité déchirante sur la cruauté sociale, la peur du féminin, la violence des normes, la démence fanatique. Qu’on le bannisse aujourd’hui avec tant de virulence n’a rien d’un hasard : c’est, au contraire, la preuve éclatante de sa puissance subversive. Et une invitation à lire/relire ce récit terrible à plus d’un titre et qui en dit sur une Amérique où il ne fait pas bon être différent.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’horreur comme autopsie du réel</strong></h2>



<p><em>Carrie</em> raconte l’histoire d’une gamine humiliée, enfermée dans la ferveur fanatique d’une mère malade de religion, rétrograde et frustrée au-delà du concevable. Persécutée par ses camarades, la petite vit en vase clos avec cette génitrice démente. Dans ce cocon mortifère, elle développe des pouvoirs télékinétiques que les troubles de l’adolescence vont exacerber. Victime de l’humiliation de trop, Carrie, mue par une colère aveugle, va déchaîner l’apocalypse dans un bal de fin d’année.</p>



<p>Ce déchaînement spectaculaire constitue l’aboutissement tragique d’une discrimination. Avant la catastrophe, King bâtit un laboratoire sociologique : une petite ville américaine moyenne, proprette et cruelle, saturée de puritanisme, où la différence devient une faute. L’horreur naît ici du collectif, de la normalité, de ce que King appelle “la conscience grégaire” — cette capacité du groupe à broyer l’individu au nom de la morale.</p>



<p>Carrie n’est pas un monstre : elle est une victime mue par une volonté de vengeance incontrôlable. Et dans cette bascule se joue tout le génie du roman : le monstre, c’est la société.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un roman sur le corps et la honte</strong></h2>



<p>L’un des passages les plus célèbres — et les plus souvent censurés — demeure celui de la douche, quand Carrie, ignorant tout de la menstruation, saigne pour la première fois sous les rires de ses camarades. La scène d’une violence inouïe. King fait de ce moment une révélation symbolique : le corps féminin, porteur de vie, constitue un objet d’effroi et de dégoût. La peur du sang menstruel se mue en peur du pouvoir de la femme potentielle génitrice.</p>



<p>Dès lors, le roman s’écrit comme une parabole du féminin réprimé : Carrie est celle qui incarne la nature refusée, la puissance contenue, la sensualité diabolisée. Le geste final de l’héroïne, plus qu’une explosion meurtrière, constitue un exorcisme politique. Carrie prend possession de ce qu’on lui a confisqué : son corps, sa parole, sa puissance.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une architecture polyphonique et moderne</strong></h2>



<p><em>Carrie</em> adopte une structure éclatée, quasi journalistique : extraits de rapports officiels, témoignages, coupures de presse, fragments de livres postérieurs à la catastrophe alternent avec les focalisations internes pour animer le fil du récit.<br />King expérimente ici une forme hybride entre roman, reportage et étude de cas. Le fantastique devient procès-verbal du désastre humain, au croisement de la littérature et du document. Ce dispositif, inspiré autant de Faulkner que de Capote, donne au texte une dimension réflexive : il ne s’agit pas seulement de raconter, mais de comprendre comment un événement tragique devient mythe. Comment une fille humiliée devient une légende de peur, puis un objet d’étude.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Carrie, ou l’Amérique jugée par ses fantômes</strong></h2>



<p>Derrière la télékinésie, derrière la vengeance, il y a l’Amérique : ses églises étouffantes, ses lycées cruels, sa morale corsetée. Carrie incarne tout ce que cette Amérique ne veut pas voir : le désir féminin, la colère adolescente, la violence de la foi, la faillite du collectif. Le roman pose, dès 1974, les fondations d’une critique sociale et féministe qui parcourt toute l’œuvre de King.</p>



<p>C’est une fable sur le pouvoir nié des femmes, sur la rage de celles qu’on a réduites au silence.<br />Et c’est sans doute pour cela qu’il continue à déranger : <em>Carrie</em> expose l’hypocrisie du puritanisme, la toxicité du conformisme, l’érotisation de la punition. Il révèle la face cachée d’un ordre moral encore triomphant, qui peut aller jusqu’à l’infanticide (il suffit d’évoquer l’affaire Ruby Franke pour comprendre que cette position fanatique est réalité).</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>De la tragédie grecque au mythe américain</strong></h2>



<p>Sous le vernis du roman d’horreur, <em>Carrie</em> rejoue la mécanique antique de la tragédie : fatalité, hubris, catharsis. Comme Médée, Carrie tue et brûle, non par cruauté, mais parce qu’elle est poussée au-delà des limites humaines. Le feu purificateur n’est pas vengeance : il est justice métaphysique. King, dans un geste d’une rare intelligence, fait de cette adolescente martyrisée une figure christique inversée : celle qui, au lieu de mourir pour les péchés du monde, fait mourir le monde pour les siens.</p>



<p>Carrie demeure ainsi un roman majeur. Parce qu’il parle de nous — et pas seulement de nos monstres. Parce qu’il aborde la douleur du féminin, l’aveuglement religieux, la bêtise collective avec une justesse psychologique qui dépasse largement les codes du genre. Le fait qu’il soit banni des bibliothèques dans certains États américains — Texas, Mississippi, Utah — ne signe pas sa dangerosité, mais son actualité brûlante.</p>



<p><br />Interdire <em>Carrie</em>, c’est refuser de voir ce que le roman raconte : la peur viscérale d’une société patriarcale face à la puissance de celles qu’elle prétend protéger. C’est en cela que <em>Carrie</em> n’est pas un simple roman d’horreur : c’est une œuvre de littérature, au sens le plus noble du terme &#8211; celle qui dérange, éclaire, dénonce et transforme.</p>



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			</item>
		<item>
		<title>Architecture contemporaine : pourquoi tant de gens la détestent (et pourquoi ils ont peut-être tort)</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/architecture-contemporaine-pourquoi-rejet/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dauphine De Cambre]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 31 Oct 2025 10:25:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Beaux-Arts]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.theartchemists.com/?p=38355</guid>

					<description><![CDATA[<p>« Tout se ressemble », « que des boîtes en verre », « on a perdu le beau ». Qui n’a jamais entendu ce verdict lapidaire à propos des immeubles récents ? Les enquêtes d’opinion confirment cette impression : selon une enquête Yougov datant de 2009, «&#160;77 % des gens préfèrent l’architecture traditionnelle&#160;». d’autres études citées notamment par archikallos.com confirment cette tendance. Tendance aujourd’hui validée par la politique trumpienne qui...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
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<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="480" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/10/The-ARTchemists-architecture-moderne.jpg" alt="différents bâtiments d'architecture moderne" class="wp-image-38356" srcset="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/10/The-ARTchemists-architecture-moderne.jpg 600w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/10/The-ARTchemists-architecture-moderne-288x230.jpg 288w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/10/The-ARTchemists-architecture-moderne-494x395.jpg 494w" sizes="auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px" /></figure>



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<p>« Tout se ressemble », « que des boîtes en verre », « on a perdu le beau ». Qui n’a jamais entendu ce verdict lapidaire à propos des immeubles récents ? Les enquêtes d’opinion confirment cette impression : selon une <a href="https://adamarchitecture.com/wp-content/uploads/2019/04/YouGov-survey_Oct09_resultsfollowup.pdf">enquête Yougov</a> datant de 2009, «&nbsp;77 % des gens préfèrent l’architecture traditionnelle&nbsp;». d’autres études citées notamment par <a href="https://archikallos.com/2024/06/20/tradition-vs-modernite-le-verdict-du-public/">archikallos.com</a> confirment cette tendance. Tendance aujourd’hui validée par la politique trumpienne qui privilégie désormais un style traditionnel pour ériger les batîments publics.</p>



<p>Un fossé s’est donc creusé entre ce que produisent les écosystèmes de la construction et ce que le public attend. Pourtant, réduire l’architecture contemporaine à une succession de « glass boxes » interchangeables, c’est passer à côté des forces profondes qui la façonnent. Normes, budgets, climat, usages : derrière la peau de verre, il y a une équation complexe. Et souvent, l’histoire nous rappelle qu’un édifice conspué à sa naissance finit par devenir… culte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi tant de « boîtes » ?</h2>



<p>L’impression d’uniformité n’est pas qu’un cliché : il suffit de lever les yeux dans n’importe quelle métropole pour s’en convaincre. Mais les raisons sont moins esthétiques que techniques et économiques.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>La façade rideau – métal et verre – est plus mince qu’un mur maçonné. Résultat : à surface identique, elle offre davantage de mètres carrés louables. Dans un marché où chaque mètre compte, c’est un avantage décisif.</li>



<li>Ajoutons des plateaux profonds et des cœurs techniques centralisés, hérités du bureau de l’après-guerre, parfaits pour l’open space mais redoutables pour le logement.</li>



<li>Enfin, les réglementations (hauteur, retraits, surfaces) et le fameux « value engineering » poussent à simplifier les volumes, à les rationaliser, quitte à les répéter jusqu’à la lassitude.</li>
</ul>



<p>Le « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/20_Fenchurch_Street">Walkie-Talkie » de Londres</a>, dont la géométrie concave a concentré les rayons du soleil au point de faire fondre une carrosserie, reste un exemple spectaculaire de ce que produit parfois cette mécanique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Brutalisme, minimalisme, post-modernisme : une cartographie des styles</h2>



<p>Il est facile de dire « c’est moche ». Et beaucoup intéressant pour ne pas dire pertinent de replacer les formes dans leurs familles.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Né dans les années 1950 au Royaume-Uni, le brutalisme exalte la matière brute, la lisibilité structurelle, les volumes francs. On l’aime ou on le déteste, mais impossible d’ignorer sa force.</li>



<li>Quant au minimalisme, le « less is more » de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ludwig_Mies_van_der_Rohe">Mies van der Rohe</a> poussé à l’extrême, implique lignes nettes, détails impeccables, dépouillement quasi spirituel.</li>



<li>Réaction contre le dogme moderniste, le post-modernisme de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Venturi">Robert Venturi</a> revendique la « complexité et contradiction », le retour du signe, du clin d’œil, de l’ornement assumé.</li>
</ul>



<p>Ces étiquettes ne disent pas « beau » ou « laid », mais à quoi sert la forme : révéler la matière, épurer, dialoguer par symboles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du scandale au patrimoine</h2>



<p>Nombre de bâtiments adulés aujourd’hui furent haïs hier. Trois exemples parmi les plus célèbres :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Jugée gadget, imposée contre 90 % d’avis défavorables, la pyramide du Louvre (1989) : est désormais l’entrée la plus photographiée du monde.</li>



<li>Le Centre Pompidou (1977), surnommé « Notre-Dame des tuyaux » et moqué pour son esthétique de raffinerie, est devenu un cœur civique et un symbole du Paris high-tech.</li>



<li>Chantier chaotique, architecte démissionnaire, l’Opéra de Sydney (1973) offre une silhouette aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.</li>
</ul>



<p>Résumons&nbsp;: à chaque fois, l’hostilité initiale s’estompe. L’usage, la mémoire et la photographie transforment l’étrangeté en icône.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Juger autrement que par le « beau »</h2>



<p>Le piège serait de ne juger que la peau du bâtiment, sans lire son programme. Un bâtiment, c’est d’abord des usages : accueillir, soigner, apprendre, produire. Un minimalisme peut offrir lisibilité et calme ; un brutalisme, des espaces publics puissants. La vraie question est : qu’offre-t-il à la ville ?</p>



<p>Autre angle crucial : l’écologie. Le bâtiment représente près d’un tiers des émissions mondiales. Façades, compacité, réemploi, sobriété technique ne sont pas des caprices : ce sont des leviers de décarbonation. L’esthétique, pour être jugée, doit se croiser avec la performance environnementale.</p>



<p>Enfin, l’histoire elle-même joue contre nos jugements immédiats. Le temps déplace les regards : l’iconoclasme d’hier devient le patrimoine de demain.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Comment critiquer mieux ?</h2>



<p>Plutôt que de dire « c’est moche », posons-nous d’autres questions :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Le rez-de-chaussée donne-t-il envie d’entrer ? Le bâtiment anime-t-il la rue ?</li>



<li>Les espaces sont-ils flexibles, réversibles ? Servent-ils des programmes variés ?</li>



<li>Qu’en est-il de l’inertie, de l’ombre, du réemploi des matériaux ? Bref du caractère écologique du bâtiment ?</li>



<li>Que raconte la forme ? Quelle histoire, quel symbole propose-t-elle à ses habitants ?</li>
</ul>



<p>Robert Venturi rappelait que l’architecture est aussi un langage. Encore faut-il apprendre à l’écouter.</p>



<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-678cc482" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns alignfull has-1-columns has-desktop-equal-layout has-tablet-equal-layout has-mobile-collapsedRows-layout has-reverse-columns-mobile has-vertical-bottom ticss-c00aadba"><div class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-overlay"></div><div class="innerblocks-wrap">
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<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



<p class="has-text-align-center has-text-color" style="color:#fefefe">Vous avez des envies de culture ? Cet article vous a plu ?</p>



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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Monster : The Ed Gein story &#8230; ce que mérite l’Amérique</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/serie-monster-ed-gein-story/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Oct 2025 11:35:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Séries]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nous avions littéralement dévoré Monster 1 et 2, respectivement consacrés aux parcours meurtriers de Jeffrey Dahmer et des frères Menendez. Autant vous dire que l’annonce du troisième volet de la série dédié à Ed Gein nous a mis sur les dents. 2 octobre 2025 : lancement des épisodes ; 3 octobre début du visionnage ; 5 octobre, bouclage du visionnage ; 6 octobre revisionnage du Silence des agneaux. Ça vous l’a...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
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<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="480" height="600" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/10/The-ARTchemists-serie-ed-gein.jpg" alt="" class="wp-image-38341" srcset="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/10/The-ARTchemists-serie-ed-gein.jpg 480w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/10/The-ARTchemists-serie-ed-gein-230x288.jpg 230w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/10/The-ARTchemists-serie-ed-gein-395x494.jpg 395w" sizes="auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px" /></figure>



<div style="height:15px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p>Nous avions littéralement dévoré <em>Monster 1 </em>et<em> 2</em>, respectivement consacrés aux parcours meurtriers de <a href="https://www.theartchemists.com/serie-monster-jeffrey-dahmer-story/">Jeffrey Dahmer</a> et des <a href="https://www.theartchemists.com/serie-menendez/">frères Menendez</a>. Autant vous dire que l’annonce du troisième volet de la série dédié à Ed Gein nous a mis sur les dents. 2 octobre 2025 : lancement des épisodes ; 3 octobre début du visionnage ; 5 octobre, bouclage du visionnage ; 6 octobre revisionnage du <em>Silence des agneaux</em>. Ça vous l’a fait aussi ? Normal. Le binôme Murphy/Brennan a, comme à son habitude et avec la maestria qu’on lui connaît, exploré comment une histoire sordide a engendré un mythe. Avec en toile de fond une réflexion sur ce mérite l’Amérique de <a href="https://www.theartchemists.com/?s=trump">Trump</a>. Et cela n’a rien de glorieux.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="MONSTER: The Ed Gein Story | Official Trailer | Netflix" width="640" height="360" src="https://www.youtube.com/embed/EDBmpfbnLGk?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Atrocités de proximité</h2>



<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ed_Gein">Ed Gein</a> donc : un discret fermier issu de l’Amérique profonde, coincé entre les interdits érigés par une mère castratrice avec laquelle il tisse une relation fusionnelle au-delà du concevable et des fantasmes de dépeçage et de nécrophilie. Maman meurt : Ed, dévasté, perd son seul garde-fou (dans tous les sens du terme) et passe à l’acte, depuis le viol de cadavres jusqu’au meurtre en passant par la fabrication de meubles en peau et os humains.</p>



<p>Les flics qui vont finalement l’appréhender auront du mal à s’en remettre. Les médias se saisiront de cette affaire qui aura un écho international&nbsp;: dans les années 50 en voie de rémission après une seconde guerre mondiale horrifique, on n’imagine même pas qu’un Ed Gein puisse exister et commettre semblables atrocités dans sa cuisine à proximité du centre d’une petite ville du Wisconsin où tout le monde se connaît. Et pourtant…</p>



<div class="wp-block-group has-white-color has-vivid-cyan-blue-to-vivid-purple-gradient-background has-text-color has-background has-link-color wp-elements-52e16958271510901ae7bfffe1f746a7"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
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</ul>
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<h2 class="wp-block-heading">Autopsier la psyché américaine</h2>



<p>Cette histoire va s’enraciner dans la culture américaine, influençant des générations de tueurs en série qui rendront hommage à Gein comme à la matrice originelle de leurs barbaries, ET une floppée de réalisateurs s’emparant de ce fait divers pour le raconter en sanglantes images qui vont transformer le cinéma (à moins que ça soit l’inverse ?). <em>Psychose</em> d’<a href="https://www.theartchemists.com/film-hitchcock-mythe-cinematographique/">Hitchcock</a>, <em>Massacre à la tronçonneuse</em> de Hopper, <em>Le Silence des agneaux</em> de Demme : trois monuments filmiques, trois séismes artistiques, trois grandes mutations dans le regard des spectateurs.</p>



<p>Pas étonnant que Murphy/Brennan, qui, rappelons-le, ont accouché de la superbe minisérie<a href="https://www.theartchemists.com/hollywood-coup-pied-fourmiliere-cinema/"> <em>Hollywood</em></a>, se penchent sur le devenir de la fable Ed Gein, ajoutant au passage des clins d’œil à <em>Maniac</em> ou <em><a href="https://www.theartchemists.com/serie-mindhunter/">Mindhunter</a></em>. Désireux qu’ils sont d’autopsier la psyché américaine dans ce qu’elle a de plus tortueux, de plus vénéneux, ils ne pouvaient ignorer pareille source. Encore moins la raconter sans y mêler esthétique, humanité et poésie (la déclinaison à l’œuvre dans la saga <em><a href="https://www.theartchemists.com/?s=American+Horror+Story">American Horror Story</a></em>).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pénétrer la réalité d’une démence</h2>



<p>Teintes verdâtres et lumières tamisées, nuances de cadavre en putréfaction, gros plans sur les mains qui caressent les chairs mortes, les doigts qui cousent des peaux de femme, les pupilles qui se dilatent devant des images de sévices, Murphy/Brennan mettent en scène l’atroce du point de vue d’un Gein bercé/rongé par ses visions, ses angoisses, ses désirs. C’est aussi insupportable que superbe, poignant même, et particulièrement perturbant. Car, ce faisant, Murphy/Brennan nous rappellent que ce type martyrisé par une mère fanatique et elle-même dérangée, souffrait de schizophrénie.</p>



<p>Ne pas excuser, ne pas magnifier, pénétrer la réalité d’une démence. Facile à dire, plus compliqué à faire&nbsp;: Charlie Hunnam campe un Ed Gein contre toute attente charismatique, dont on n’arrive jamais à déterminer s’il est un peu benêt ou profondément manipulateur. Autour de lui une palette d’acteurs également impliqués, dont Tom Hollander en Hitchcock dévoré par le monstre filmique qu’il engendre, Will Brill, frénétique Tobe Hopper, ou Vickie Krieps, terrifiante Ilse Koch. Le casting est impressionnant, de même le travail de reconstitution des décors et des costumes, les effets spéciaux, les maquillages, la photographie, les cadrages, le montage.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Gein, miroir intemporel des peurs de l’Amérique</h2>



<p>Effet d’harmonie pour conter le chaos d’un esprit médiocre rongé de démence et évoluant dans un monde parallèle et mortifère où la violence perturbe les genres. Avec <em>Monster : The Ed Gein story</em>, Murphy/Brennan ajoutent leur pierre à l’édifice qu’ils tentent de démonter. Ironie du sort : si, comme le dit si bien Hopper, Gein inspire les films que l’Amérique mérite, tendant ainsi un miroir à ses terreurs le plus profondes (menace nucléaire, guerre du Vietnam, crise économique…), alors quelles peurs modernes ce nouvel opus de la série <em>Monster</em> dénoncent-elles ?</p>



<p>Les USA de Trump, masculinistes, fondamentalistes et rétrogrades, s’acharnent sur les opposants, les migrants, les femmes, les homosexuels, les transsexuels. Schizophrénique, le pays de la démocratie tourne à la dictature à coup de censure et de discrimination. Combien de Ed Gein à la clé de cette plongée dans les eaux troubles du rigorisme religieux où il ne fait pas bon être une femme ou avoir changé de sexe ? Gein, obsédé par le corps des femmes au point de leur arracher la peau pour s’en faire un costume, s’en masquer le visage, n’est pas le transsexuel frustré qu’on a imaginé mais un gynéphile tellement obsédé par la féminité qu’il la pénètre intégralement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Homme parasite et fascination du true crime</h2>



<p>La démembre, l’écorche, la recompose à sa façon pour s’y glisser et y vivre. Peau d’Âne version homme, Hercule recouvert d’une défroque féminine : un homme parasite, adulescent qui détruit les femmes jusqu’à s’emparer de leur être, de leur visage, de leurs formes. Plus qu’un boucher, un ogre mu par ses hallucinations, ses pulsions et qui pour jouir a besoin d’une femme froide, silencieuse, soumise. Morte. Aucun recul, pas de remord, le regard absorbé par les magazines illustrant la barbarie nazie sous toutes ses formes.</p>



<p>Difficile de ne pas faire le lien avec le règne des images modifiées par l’IA, images qui inondent nos fils d’actu et entretiennent notre FOMO. La référence à Weegee, photographe new-yorkais qui a dépeint la vie nocturne de Big Apple y compris ses côtés scabreux et sanglants n’est pas anodine. La fascination de Gein et de sa petite amie pour les scènes de meurtre non plus. Alors que le <a href="https://www.theartchemists.com/?s=true+crime">true crime</a> est plébiscité, Murphy/Brennan interrogent cette fascination malsaine et le business qu’elle génère, l’effet Ed Gein qu’elle alimente.</p>



<p>Certains diront que la série, composée de huit épisodes, est trop longue, chronologiquement bordélique. C’est qu’il ne s’agit guère de raconter des faits qui tiennent sur un timbre-poste ou presque. D’ed gein en soi, il y a peu à dire sinon que c’était un tueur dément. Mais c’est l’impact durable qu’il a sur la mémoire américaine qu’il imposte ici d’ausculter. Et la love story sado-maso des USA pour le boucher de Planinfield a de quoi interpeler les consciences. Ce que Murphy/Brennan font avec beaucoup de pertinence et un plaisir non feint.</p>



<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-678cc482" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns alignfull has-1-columns has-desktop-equal-layout has-tablet-equal-layout has-mobile-collapsedRows-layout has-reverse-columns-mobile has-vertical-bottom ticss-c00aadba"><div class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-overlay"></div><div class="innerblocks-wrap">
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<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



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		<item>
		<title>Sinners : blues, vampires et émancipation</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/sinners-film/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Aug 2025 08:29:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.theartchemists.com/?p=38288</guid>

					<description><![CDATA[<p>Sinners&#160;: je tombe sur la bande annonce au détour d’un post Facebook, je craque, je visionne. Et je reste dubitative devant cet OVNI cinématographique qui croise film d’horreur, chronique sociale et comédie musicale. Ai-je aimé&#160;? En tout cas j’ai été interpellée. Explications. Vampires mélomanes Sinners : les pécheurs. Terme fort, surtout dans les églises du Mississippi où les Noirs tâchent de fuir leur condition en se réfugiant dans la foi. Ou...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
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<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="405" height="600" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/08/noticed-something-from-sinners-s1.jpg" alt="affiche du film Sinners" class="wp-image-38292" srcset="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/08/noticed-something-from-sinners-s1.jpg 405w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/08/noticed-something-from-sinners-s1-194x288.jpg 194w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/08/noticed-something-from-sinners-s1-333x494.jpg 333w" sizes="auto, (max-width: 405px) 100vw, 405px" /></figure>



<div style="height:15px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p><em>Sinners</em>&nbsp;: je tombe sur la bande annonce au détour d’un post Facebook, je craque, je visionne. Et je reste dubitative devant cet OVNI cinématographique qui croise film d’horreur, chronique sociale et comédie musicale. Ai-je aimé&nbsp;? En tout cas j’ai été interpellée. Explications.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Sinners | Official Trailer 2" width="640" height="360" src="https://www.youtube.com/embed/7joulECTx_U?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Vampires mélomanes</h2>



<p><em>Sinners</em> : les pécheurs. Terme fort, surtout dans les églises du Mississippi où les Noirs tâchent de fuir leur condition en se réfugiant dans la foi. Ou la musique. Nous sommes dans les années 20 : les jumeaux Elijah « Smoke » et Elias « Stack » reviennent dans leur ville natale, au milieu des champs de coton. Vétérans de la Première Guerre Mondiale, ils sont ensuite passés par Chicago pour s’enrichir en bossant avec la pègre. Ils reviennent au bercail avec la ferme intention d’ouvrir un dancing pour attirer les jeunes du coin qui veulent se divertir.</p>



<p>Pour ce faire, ils misent sur le cocktail musique + dance + alcool + jeu + sexe. Et engagent entre autres Sammie Moore, un jeune guitariste génial. Le soir de l’ouverture, ils affichent complet. Un vrai succès. C’est sans compter avec l’arrivée d’une bande de vampires menée par le fringant et très mélomane Remmick qui a bien l’intention de transformer/convertir tout ce petit monde, y compris et surtout ce petit prodige de la guitare dont le talent attire les démons.</p>



<div class="wp-block-group has-white-color has-vivid-cyan-blue-to-vivid-purple-gradient-background has-text-color has-background has-link-color wp-elements-fdefb22d478dadd16c9defdfc226d22b" style="font-style:normal;font-weight:600"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
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</ul>
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<h2 class="wp-block-heading">Le pouvoir duel de la musique</h2>



<p>Aux commandes du projet et derrière la caméra, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ryan_Coogler">Ryan Googler</a> à qui l’on doit <em>Black Panther </em>et<em> Creed</em>, devant l’objectif <a href="https://www.instagram.com/michaelbjordan/">Michael B. Jordan</a>, <a href="https://www.instagram.com/haileesteinfeld/">Hailee Steinfeld</a>, <a href="https://www.instagram.com/theauthenticdelroylindo/">Delroy Lindo</a> ou <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jack_O%27Connell">Jack O’Connell</a> (génial dans le rôle de Remmick). L’ensemble ne manque guère de talent ou de conviction pour développer cette histoire qui mêle <em>Une nuit en enfer</em>, <em>La Couleur pourpre,</em> <em><a href="https://www.theartchemists.com/mississipi-burning-tant-dexecration/">Mississippi Burning</a> </em>et <em>The Get down</em> dans une atmosphère électrique et réjouissante à plus d’un titre.</p>



<p>Non que l’intrigue en elle-même soit exceptionnelle. Le thème de la petite communauté humaine assiégée par la horde vampirique est un classique depuis l’incontournable <em>Je suis une légende</em> de Richard Matheson ou le mythique <em><a href="https://www.theartchemists.com/roman-salem-stephen-king/">Salem</a></em> de Stephen King. Mais en narrant ce conte horrifique, Googler interroge le pouvoir duel de la musique, maléfique ou divine, peut-être les deux confondues ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Melting pot</h2>



<p>Et s’appuie sur la légende de la naissance maléfique du blues (le prétendu pacte avec le Diable signé par le guitariste et bluesman <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Johnson">Robert Leroy Johnson</a> sur un chemin dans les années 20) pour célébrer les racines du rock, du rap, du hip-hop, des musiques folkloriques d’Afrique, de Chine ou d’Irlande dans deux séquences de danse tenant de la transe collective qui passeront selon moi dans les annales du cinéma et qui justifient amplement de visionner ce long-métrage.</p>



<p>A l’heure où les USA tournent à la dictature qui ne dit pas son nom, où Trump et ses séides mènent une politique raciale infecte, <em>Sinners</em> rappelle que la culture américaine s’enracine aussi bien dans les croyances indiennes que dans le patrimoine vaudou apporté par les esclaves dans les cales des bateaux négriers. Et qu’on le veuille ou non, c’est ainsi. Personne, ni une bande de vampires assoiffés d’hémoglobine et de bon son ni le Ku Klux Kan (qui se prend d’ailleurs une raclée bien méritée au cours du film) ne pourront effacer ce melting pot.</p>



<h2 class="wp-block-heading">S’affranchir du système</h2>



<p>Certes le film présente quelques longueurs, certaines maladresses. On aime ou on n’aime pas. Mais le propos est clair&nbsp;: marre de se faire défoncer sans réagir par les racistes ou les goules, ce qui revient au même, des créatures qui en exploitent d’autres. Un air de déjà vu&nbsp;? Rappelez-vous <em>La Nuit des morts-vivants</em> de Romero&nbsp;; nous sommes en 69, en pleine lutte pour l’égalité raciale et le héros du premier grand film de zombis est interprété par Duane Jones, un acteur noir.</p>



<p>Un des premiers coups de canon de la blaxploitation des années 70 qui connaît aujourd’hui un renouveau salutaire et nécessaire avec <em>Sinners</em>. Un film que Googler a pu réaliser sans la pression des producteurs, sans avoir à couper de séquence, et dont il a touché les bénéfices dès les premiers dollars engrangés. Exceptionnel dans une industries mise en coupe réglée par les studios, et une manière de s’affranchir du système qui devrait faire date.</p>



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<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



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			</item>
		<item>
		<title>Samson ressuscité : quand le passé se fait miroir du présent</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/samson-aix-2024-pichon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dauphine De Cambre]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Aug 2025 11:07:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Spectacles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est une première mondiale hors du commun que le Festival d’Aix-en‑Provence a offerte le 4 juillet 2024 à son public d’aficionados : Samson, tragédie lyrique jadis écrite en 1733 par Voltaire et Rameau, enfin portée au plateau. Jamais créé, empêché par la censure religieuse et hélas perdu, l’opéra est ainsi revenu à la vie sous la houlette savante du chef Raphaël Pichon — entouré de ses musiciens de l’ensemble Pygmalion —...</p>
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<p>C’est une première mondiale hors du commun que le Festival d’Aix-en‑Provence a offerte le 4 juillet 2024 à son public d’aficionados : <em>Samson</em>, tragédie lyrique jadis écrite en 1733 par Voltaire et Rameau, enfin portée au plateau. Jamais créé, empêché par la censure religieuse et hélas perdu, l’opéra est ainsi revenu à la vie sous la houlette savante du chef <a href="https://www.instagram.com/raphaelpichonpygmalion/?hl=fr">Raphaël Pichon</a> — entouré de ses musiciens de l’ensemble Pygmalion — et du metteur en scène visionnaire <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Claus_Guth">Claus Guth</a>.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Samson : la bande-annonce" width="640" height="360" src="https://www.youtube.com/embed/d2E3ew7_1ZE?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Une reconstruction créative</h2>



<p>Cette résurrection ne se limite pas à une exhumation historique ; c’est un véritable travail de reconstruction créative<strong> :</strong> Pichon a extrait des fragments de la musique de <em>Samson</em> dispersés dans des œuvres ultérieures — <em>Castor et Pollux</em>, <em>Les Indes galantes</em>, <em>Zoroastre</em>, <em>Les Fêtes d’Hébé</em> — avant de composer un continuum lyrique cohérent, fidèle à l’esthétique baroque <em>et</em> au drame biblique du livre des Juges.</p>



<p>Cette relecture tisse le drame en cinq actes, de la naissance miraculeuse de Samson à l’acte final dévastateur, suivant <em>volontiers</em> la partition du livre des Juges augmentée par Voltaire, Edgar Garaudel et Yvonne Gebauer. La relecture se présente comme une nouvelle création : on suit non plus un héros ancestral, mais un homme moderne pris dans un engrenage politique et sacré. Les chœurs, les confessions, les soliloques résonnent comme des diagnostics de notre époque.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une mise en scène polyphonique</h2>



<p>Claus Guth, déjà réputé pour ses relectures fortes (sa <em>Bohème</em> lunaire à Paris), imagine un Samson en ruine, métaphore trumpienne d’un monde en lambeaux : murs éventrés, poussière au sol, ouvriers en combinaison évoluant dans les ruines d’un hôtel particulier Grand Siècle. Le théâtre de l’Archevêché s’y prête parfaitement : la symbolique visuelle, renforcée par des éclairages spectaculaires et des sonorités hypermodernes, est puissante.</p>



<p>La narration est quant à elle maternelle et traumatique  : le récit est porté par l’actrice <a href="https://www.instagram.com/andrea_ferreol/?hl=fr">Andrea Ferréol</a>, préséance unique d’une mère à genoux devant la tombe de son fils, interrogeant l’histoire humaine et son effondrement. La violence brute est exhibée avec une force visuelle troublante : le héros biblique est tour à tour martyr, victime, menace, dans une logique où le sacré rejoint l’apocalypse contemporaine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pure tragédie</h2>



<p>Pour parachever cet ensemble, les chanteurs.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.instagram.com/jarrettott/?hl=fr">Jarrett Ott</a>, baryton, oscille entre force tellurique et vulnérabilité. Son Samson, colère et douleur, est un héros suicidaire, prophétique d’un destin implacable. </li>



<li><a href="https://www.instagram.com/leadesandre/?hl=fr">Lea Desandre</a>, dans le rôle de Timna, offre un contraste vocal pur, haut perché, presque angélique : souvenir d’une humanité lointaine, prémisse du chaos.</li>



<li><a href="https://www.instagram.com/jacquelynstucker/">Jacquelyn Stucker</a> incarne Dalila, sulfureuse et glaciale, voix cristalline, mais dont la séduction est une arme de guerre — moins érotique, plus tactique — ce qui confère une nuance psychologique inédite au personnage. </li>



<li><a href="https://www.instagram.com/nahueldipierro/?hl=fr">Nahuel di Pierro</a> (Achisch) et <a href="https://www.instagram.com/laurence_kilsby/?hl=fr">Laurence Kilsby</a> (Elon) fournissent une complexité morale : philistins et juifs ne sont plus archétypes, mais destins entrelacés et ambigus.</li>
</ul>



<p><em>Ce Samson </em>est une résurrection visionnaire, fruit d’une archéologie live et d’une relecture contemporaine. La partition à la fois recréée et réinventée, le dispositif scénique et la distribution exemplaire en font un moment unique, où passé et présent dialoguent dans un langage lyrique renouvelé.</p>



<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-678cc482" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns alignfull has-1-columns has-desktop-equal-layout has-tablet-equal-layout has-mobile-collapsedRows-layout has-reverse-columns-mobile has-vertical-bottom ticss-c00aadba"><div class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-overlay"></div><div class="innerblocks-wrap">
<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-column-4d412c51" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-column">
<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



<p class="has-text-align-center has-text-color" style="color:#fefefe">Vous avez des envies de culture ? Cet article vous a plu ?</p>



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		<title>« La culture, c’est quoi aujourd’hui ? » : état des lieux d’une notion en mutation</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/culture-aujourdhui-definitions-enjeux-debats/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Jun 2025 09:19:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>The ARTchemists média culturel&#160;? Mais encore&#160;? On en discutait l’autre jour, tous ensemble. Est-ce que ça veut dire encore quelque chose aujourd’hui&#160;? Le mot culture est partout, décliné à toutes les sauces. Dans les médias, les discours politiques, les campagnes de pub, les salles de classe, sur les réseaux sociaux bien évidemment. On parle de culture artistique, populaire, d’entreprise, urbaine, scientifique, numérique… Mais que recouvre réellement ce terme&#160;? Ici maintenant,...</p>
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<p>The ARTchemists média culturel&nbsp;? Mais encore&nbsp;? On en discutait l’autre jour, tous ensemble. Est-ce que ça veut dire encore quelque chose aujourd’hui&nbsp;? Le mot <em>culture</em> est partout, décliné à toutes les sauces. Dans les médias, les discours politiques, les campagnes de pub, les salles de classe, sur les réseaux sociaux bien évidemment. On parle de culture artistique, populaire, d’entreprise, urbaine, scientifique, numérique… Mais que recouvre réellement ce terme&nbsp;? Ici maintenant, en 2025 ? D’où vient-il ? À quoi sert-il ? Qu’englobe-t-il&nbsp;? Pourquoi fait-il débat ? Pourquoi DOIT-IL faire débat&nbsp;? Définir la culture, c’est entrer dans un champ vaste, mouvant, confus. Un tour d’horizon s’impose.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un produit de la Renaissance pour trois grandes acceptions contemporaines</h2>



<p>Quand on veut faire le point sur la signification d’un mot, il faut commencer par ses racines, sa source, son étymologie. Le mot <em>culture</em> dérive du latin <em>colere</em> aka «&nbsp;cultiver&nbsp;». À l’origine, il désigne donc l’entretien de la terre (<em>cultura agri</em>). Ce n’est qu’au XVe siècle qu<em>’il</em> commence à s’appliquer à l’esprit : on parle alors de <em>cultiver son savoir</em>, <em>son langage</em>, <em>ses goûts</em>. Ce glissement sémantique reflète un changement profond dans la manière dont on conçoit l’être humain.</p>



<p>À la fin du Moyen Âge, puis avec la Renaissance, l’homme commence à se penser comme perfectible, capable de progresser, de s’élever par l’éducation et la connaissance. C’est le moment où l’on redécouvre les textes de l’Antiquité, où l’on valorise les <em>humanités</em> — grammaire, rhétorique, philosophie, histoire, arts — considérées comme des outils de développement personnel et social. <em>Cultiver l’esprit</em> s’impose comme une image puissante : comme on soigne un champ pour qu’il porte des fruits, on travaille son intelligence, sa sensibilité, sa langue, pour s’épanouir et contribuer à la société.</p>



<p>Et aujourd’hui&nbsp;? Qu’en est-il&nbsp;? La culture est perçue de trois manières&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>La culture comme perfection individuelle<strong>&nbsp;</strong>; inspirée des Lumières, elle valorise le raffinement, la connaissance des arts, la lecture, la musique.</li>



<li>La culture comme patrimoine collectif&nbsp;; elle désigne ici les productions d’une société dignes d’être conservées et transmises (musées, monuments, arts « nobles »).</li>



<li>La culture comme mode de vie&nbsp;; c’est une vision anthropologique développée par Edward Tylor ou Claude Lévi-Strauss) selon laquelle tout groupe humain a une culture (langue, rites, cuisine, organisation sociale…).</li>
</ul>



<p>Bien évidemment, ces trois définitions se chevauchent, s’enchevêtrent… et entrent parfois en tension. D’où la grande question&nbsp;: culture pour qui&nbsp;? Culture pour quoi&nbsp;? Et là on entre dans la valse des contradictions.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Culture légitime vs culture populaire</strong></h2>



<p>Depuis les travaux du sociologue Pierre Bourdieu — notamment dans <em>La Distinction</em> (1979) — on sait que la culture n’est pas qu’une affaire de goûts ou de curiosité : c’est aussi un marqueur social. Autrement dit, ce que l’on consomme comme œuvre ou spectacle, ce que l’on considère comme “bon” ou “légitime”, révèle souvent notre origine sociale, notre niveau d’études, notre capital culturel.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>La culture dite savante — musique classique, opéra, théâtre d’auteur, peinture ancienne, philosophie — a historiquement été valorisée par l’école, l’université, l’État, les institutions républicaines. Elle est souvent associée à une élite intellectuelle ou bourgeoise, et transmise dans les cercles favorisés dès l’enfance.</li>



<li>En parallèle, la culture populaire — chansons de variété, bandes dessinées, rap, séries télévisées, mangas, jeux vidéo — a longtemps été regardée de haut, considérée comme “inférieure”, “superficielle”, voire “dangereuse”. Pourtant, ce sont ces formes qui touchent aujourd’hui le plus large public, qui forgent des imaginaires puissants, et qui génèrent une créativité foisonnante.</li>
</ul>



<p>Deux univers irréconciliables, voire antagonistes ? Les lignes, heureusement, bougent petit à petit.Depuis une vingtaine d’années, on observe une ouverture du monde culturel institutionnel à la culture populaire. Quelques exemples ? Le <a href="https://www.centrepompidou.fr/fr/">Centre Pompidou</a> a consacré des expositions à la bande dessinée, à l’art brut, au design industriel, ou encore à la culture punk. En 2014, l’exposition <em><a href="https://www.theartchemists.com/tatoueurs-tatoues-au-quai-branly-une-etape-denvergure-dans-les-mutations-dun-genre-en-majeste/">Tatoueurs, tatoués</a></em> au <a href="https://www.quaibranly.fr/fr/">musée du quai Branly</a> a marqué un tournant en reconnaissant le tatouage comme une forme artistique, issue à la fois de rites ancestraux et de mouvements subversifs (prisons, marins, bikers, scènes underground). Des festivals comme <a href="https://www.maisondelaradioetdelamusique.fr/evenement/hip-hop-symphonique-10e-edition">Hip Hop Symphonique</a> réunissent des rappeurs et des orchestres classiques, créant des ponts inédits entre les mondes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Culture mondialisée ou culture fragmentée ?</strong></h2>



<p>Autre paramètre de l’équation : Internet a bouleversé la culture en profondeur. Aujourd’hui, on y accède facilement, gratuitement, partout, en un clic ou presque. On peut aussi produire, partager, commenter des contenus culturels sans passer par les circuits traditionnels : un smartphone suffit pour publier une chanson, un poème, une BD ou un court-métrage. Mais cette ouverture massive produit aussi des effets paradoxaux :</p>



<p>• Les algorithmes, en privilégiant les contenus populaires et rentables, relèguent dans l’ombre les formes d’expression minoritaires, expérimentales, ou simplement moins virales.<br />• Ces mêmes algorithmes construisent des bulles culturelles : chacun se voit proposer des contenus similaires à ce qu’il consomme déjà, sans confrontation avec d’autres styles, d’autres références, d’autres horizons.</p>



<p>Traduction en vrai, dans la vraie vie : des ados peuvent connaître <em><a href="https://www.theartchemists.com/speedlines-manga-one-piece/">One Piece</a></em>, <em>Jujutsu Kaisen</em> ou <em>Demon Slayer</em> sur le bout des doigts, maîtriser les codes du manga et de l’animation japonaise… sans jamais avoir entendu parler de <a href="https://www.theartchemists.com/?s=moli%C3%A8re">Molière</a>, Balzac ou même de la BD franco-belge. Un jeune peut suivre un influenceur mexicain spécialisé dans le low tech, une streameuse finlandaise fan de cosplay, ou une philosophe brésilienne qui vulgarise Spinoza… sans jamais tomber sur <em><a href="https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/">La Grande Librairie</a></em>, <em><a href="https://www.arte.tv/fr/videos/RC-014036/le-dessous-des-cartes/">Le Dessous des Cartes</a></em>, ou une pièce de théâtre contemporaine française. À l’inverse, une autre personne, dans une autre bulle, ne jurera que par le classique occidental, sans jamais croiser un créateur coréen, une série nigériane ou un vidéaste queer non-européen.</p>



<p>Résultat : la culture circule plus que jamais, mais chacun la vit dans son couloir, sa niche, son algorithme personnel. Une mondialisation en apparence… mais cloisonnée.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Culture vivante vs culture institutionnelle</strong></h2>



<p>Également alimenté par l’explosion d’internet, un autre clivage traverse aujourd’hui le monde de la culture, et non des moindres.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>D’un côté, on trouve les institutions traditionnelles — musées nationaux, opéras, conservatoires, grandes écoles artistiques, lieux prestigieux souvent situés dans les centres urbains.</li>



<li>De l’autre, évoluent les créateurs indépendants, collectifs autogérés, artistes issus des cultures urbaines ou numériques, qui se produisent dans des lieux alternatifs ou en ligne, loin des circuits officiels.</li>
</ul>



<p>Cette opposition ne date pas d’hier, mais elle s’est accentuée avec la montée en puissance des réseaux sociaux, des plateformes de diffusion libre, et de nouvelles formes de création plus inclusives, plus connectées, souvent auto-produites.</p>



<p>Les seconds reprochent aux premiers :<br />• leur lenteur d’adaptation aux nouvelles pratiques culturelles et aux formats numériques,<br />• leur centralisme, la majorité des budgets de la visibilité restant concentrée à Paris ou dans quelques grandes villes (et la réduction drastique des subventions n’a rien arrangé),<br />• leur manque de représentativité, un entre-soi social, une faible diversité en termes d’origines, de genres, de parcours ou de disciplines artistiques.</p>



<p>Cette tension se traduit très concrètement dans les débats sur les politiques culturelles :<br />Faut-il continuer à financer massivement les grandes institutions « à la française », ou plutôt soutenir les pratiques locales, les petits lieux de diffusion, les festivals indépendants, les ateliers associatifs, les créateurs de rue, de banlieue ou de web ? Ce débat renvoie à une question plus large : qu’est-ce qu’on considère comme “légitime” dans la culture aujourd’hui ? Et qui décide ?</p>



<p>Concrètement ça donne quoi&nbsp;?</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Tandis que la Philharmonie de Paris propose une programmation prestigieuse et très subventionnée, beaucoup de salles de quartier, de cafés-concerts ou de MJC musicales (ex : le <a href="https://www.lemoloco.com/">Moloco</a> à Audincourt, ou le <a href="https://fgo-barbara.fr/">FGO-Barbara</a> à Paris) luttent pour survivre et offrir une scène aux jeunes groupes émergents. Et pourtant, ce sont souvent ces lieux qui font éclore les nouveaux talents.</li>



<li>L’Opéra de Paris concentre des millions d’euros de subventions publiques chaque année. Pendant ce temps, des collectifs comme <a href="https://paradoxsal.com/">Paradox-sal</a> dansent dans la rue, les friches ou les MJC, et peinent à obtenir des financements durables, alors même qu’ils attirent un public jeune, populaire et diversifié. Leur style, souvent hybride (hip-hop, contemporain, théâtre), est encore peu reconnu dans les circuits officiels.</li>



<li>Le <a href="https://pass.culture.fr/">pass Culture</a>, qui offre un budget de 300 € aux jeunes pour découvrir des œuvres ou lieux culturels, a suscité une polémique : beaucoup de fonds ont profité aux grandes enseignes (Fnac, Pathé…) ou aux grosses institutions, alors que les petits lieux de proximité, les bibliothèques municipales ou les artistes indépendants ont parfois du mal à intégrer le dispositif. Une belle idée, mais qui pose la question : à qui profite réellement ce soutien ?</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Nouvelles formes culturelles : mutation … ou explosion ?</strong></h2>



<p>Nous vivons donc un moment charnière. Jamais la culture n’a été aussi diverse, instantanée, participative. La révolution numérique ne s’est pas contentée de modifier les supports, elle a transformé la nature même des œuvres, des formats, et des rôles. Culture numérique, culture remixée… quid de ce melting pot&nbsp;?</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em><strong>La culture numérique</strong></em></h3>



<p>Aujourd’hui, TikTok, Twitch, YouTube, Instagram, et même Discord ou Reddit, sont de véritables lieux de production culturelle. Ces plateformes ne se contentent pas de diffuser : elles créent des tendances, des esthétiques, des mouvements. Chacune a ses codes, ses langages, ses stars et son imaginaire collectif. On y voit émerger de nouveaux formats, hybrides, souvent collaboratifs et éphémères, où l’authenticité, la créativité brute et l&rsquo;interaction comptent autant que la technicité.</p>



<p>Exemples parlants ?<br />• Les battles de rap en ligne (type <em><a href="https://www.eowfrance.fr/v2/">End of the Weak</a></em>, <em><a href="https://www.instagram.com/rapcontendersoff/?hl=fr">Rap Contenders</a></em>) où l’impro, la punchline et la performance sont à l’honneur, accessibles à tous sans passer par une maison de disque.<br />• Les chorégraphies virales sur TikTok, comme langage corporel mondial, reprises en boucle, adaptées, remixées à l’infini.<br />• Les speedruns de jeux vidéo, devenus de véritables performances artistiques où précision, créativité et narration se mêlent.<br />• Les booktubers et booktokers, qui font revivre la critique littéraire auprès d’un jeune public, en utilisant humour, storytelling et mise en scène émotionnelle.</p>



<p>Résultat&nbsp;: les frontières entre créateur et spectateur se brouillent&nbsp;; on <em>commente</em>, on <em>like</em>, on <em>duplique</em>, on <em>répond</em>. Chaque internaute peut devenir acteur culturel, parfois sans le vouloir.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>La culture remixée</em></strong></h3>



<p>Avec les outils numériques accessibles à tous (montage, retouche, IA, filtres), les publics deviennent eux-mêmes créateurs. Ils s’emparent des contenus existants pour en faire autre chose : on découpe, on détourne, on réinterprète, on joue. C’est la logique du remix, du mashup, des memes, des fanfictions :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Un film devient un gif.</li>



<li>Une interview devient une parodie.</li>



<li>Un discours politique devient un son auto-tuné.</li>



<li>Un roman donne lieu à des suites écrites par les fans.</li>
</ul>



<p>Le remix, loin d’être une copie paresseuse, devient une forme d&rsquo;expression critique, créative et ludique. C’est une manière de s’approprier la culture, de la commenter, de la transformer pour mieux la faire parler à son époque. Mais cette culture participative, décrite par Henry Jenkins dans <em>Convergence Culture</em> (2006), questionne les notions traditionnelles d’auteur, d’œuvre, et de public :<br />• Qui est vraiment le créateur ?<br />• À partir de quand une œuvre est-elle « originale » ?<br />• Peut-on créer sans « créer » au sens classique du terme ?</p>



<p>Assiste-t-on à une “crise” de la culture ou à une explosion de ses formats, de ses usages, de ses voix&nbsp;? Cette mutation profonde, souvent joyeuse, parfois chaotique, redéfinit les règles du jeu culturel.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La culture n’est pas neutre, elle est politique</strong></h2>



<p>On pourrait croire que la culture est un espace de liberté pure, de création désintéressée, de divertissement ou de contemplation. En réalité, la culture s’avère un terrain de pouvoir, de choix, de conflits. Elle structure notre vision du monde et reflète les rapports de force qui le traversent.</p>



<p>Assiste-t-on à une crise ou à une métamorphose ?<em> </em>La question n’est pas seulement esthétique. Car cette mutation culturelle, souvent joyeuse, parfois chaotique, redéfinit les règles du jeu, et révèle ce qui se joue en coulisses :<br />• Ce qu’on choisit de montrer ou de cacher,<br />• Ce qu’on décide de financer, de médiatiser, ou au contraire de marginaliser,<br />• Ce qui façonne notre rapport à l’histoire, à l’autre, à soi-même.</p>



<p>La culture n’échappe ainsi à aucun des grands débats contemporains. Elle est traversée par :</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>Des enjeux identitaires&nbsp;</em></strong></h3>



<p>Qui a le droit de prendre la parole ? De représenter ? De raconter ?<br />Les œuvres issues des cultures minoritaires, autochtones, LGBTQIA+, ou diasporiques se heurtent souvent à l’invisibilisation ou à l’exotisation. La question de la représentation devient centrale : on attend de la culture qu’elle reflète enfin la pluralité des identités.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>Des conflits de mémoire</em></strong></h3>



<p>Comment raconter l’histoire ? Quelle place accorder à la colonisation, aux génocides, aux exils, à l&rsquo;esclavage ? Les musées, les manuels scolaires, les films historiques sont autant de champs de bataille où se rejouent les mémoires blessées, les silences, les amnésies officielles.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><em>Des luttes économiques</em></strong></h3>



<p>Qui peut vivre de la culture ? Qui décide de ce qui est “rentable” ? La précarité des artistes, la concentration des moyens dans quelques grandes structures, la logique de rentabilité imposée par certains financeurs posent la question de la marchandisation de la culture — au détriment de la création libre, indépendante, ou expérimentale.</p>



<p>Les exemples ne manquent guère, ne serait-ce que dans notre article sur le travail de sape culturelle entrepris par Trump. Mais on en remet une p&rsquo;tite couche quand même&nbsp;:</p>



<p>• Le débat sur les œuvres dites “décoloniales” dans les musées occidentaux (ex. : restitution des œuvres d’art africain spoliées, ou relecture des collections ethnographiques) révèle la remise en cause des récits dominants, et la tension entre mémoire coloniale et justice culturelle.</p>



<p>• La censure d’artistes féministes sur Instagram (notamment dès qu’un corps nu, une menstruation, une dénonciation du sexisme est représentée) montre comment les plateformes régulent la visibilité selon des normes sexistes, puritaines ou commerciales.</p>



<p>• Le refus de certaines œuvres engagées dans des festivals sponsorisés (ex. : œuvres écologistes censurées dans des événements soutenus par Total, ou performances pro-LGBT écartées de scènes institutionnelles) souligne que le mécénat privé conditionne la liberté d&rsquo;expression.</p>



<p>La culture constitue donc un miroir des tensions de notre société, avec à la clé des problématiques cruciales :<br />• Qui a accès à la parole publique ?<br />• Qui décide de ce qu’est une “grande œuvre” ?<br />• Quelle mémoire collective transmet-on ?<br />• Peut-on créer librement dans un système financé par des intérêts économiques ou politiques ?</p>



<p>La réponse n’est jamais simple. Mais une chose est sûre : défendre une culture vivante, critique, inclusive, c’est aussi faire un acte politique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Récapitulons&nbsp;</strong></h2>



<p>La culture aujourd’hui n’est plus univoque. Elle est :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Fragmentée mais connectée,</li>



<li>Populaire et expérimentale,</li>



<li>Ancrée localement, diffusée mondialement.</li>
</ul>



<p>Elle évolue hors des sentiers classiques, dans :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Les collectifs queer et DIY,</li>



<li>Les friches artistiques,</li>



<li>Les pratiques amateurs,</li>



<li>Les webzines, les podcasts, les stories Insta.</li>
</ul>



<p>Ce qu’on appelait jadis « haute culture » ou « culture populaire » est désormais fluide, transversale, contaminée. Et c’est tant mieux. Mais cela ne nous dit pas ce qu’est la culture aujourd’hui peut-être parce que la bonne question est&nbsp;: qu’est-ce que la culture devrait être&nbsp;?</p>



<p>Ce qui fait lien&nbsp;? Ce qui nous permet de raconter, comprendre, ressentir&nbsp;?<br />Ce qui divise, hiérarchise, ou libère&nbsp;?<br />C’est peut-être, c’est surtout ce qu’on choisit d’en faire : chacun, chaque jour, en écoutant, en créant, en partageant.</p>



<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-678cc482" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns alignfull has-1-columns has-desktop-equal-layout has-tablet-equal-layout has-mobile-collapsedRows-layout has-reverse-columns-mobile has-vertical-bottom ticss-c00aadba"><div class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-overlay"></div><div class="innerblocks-wrap">
<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-column-4d412c51" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-column">
<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



<p class="has-text-align-center has-text-color" style="color:#fefefe">Vous avez des envies de culture ? Cet article vous a plu ?</p>



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			</item>
		<item>
		<title>Pentagon Papers : une ode à la liberté de la presse signée Spielberg</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/pentagon-papers-une-ode-a-la-liberte-de-la-presse-signee-spielberg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 May 2025 17:05:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.theartchemists.com/?p=38013</guid>

					<description><![CDATA[<p>Steven Spielberg n’a jamais eu peur d’affronter l’Histoire. Avec Pentagon Papers (The Post, 2017), il signe un film d’une actualité brûlante, en explorant l’un des tournants les plus décisifs de la liberté de la presse américaine. Porté par Meryl Streep et Tom Hanks, ce thriller politique met en scène la course contre la montre du Washington Post pour publier les « Pentagon Papers », ces documents confidentiels révélant les mensonges de l’administration...</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
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<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="480" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/05/The-ARTchemists-pentagon-papers.jpg" alt="" class="wp-image-38015" srcset="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/05/The-ARTchemists-pentagon-papers.jpg 600w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/05/The-ARTchemists-pentagon-papers-288x230.jpg 288w, https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2025/05/The-ARTchemists-pentagon-papers-494x395.jpg 494w" sizes="auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px" /></figure>



<div style="height:15px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p>Steven Spielberg n’a jamais eu peur d’affronter l’Histoire. Avec <em>Pentagon Papers</em> (<em>The Post</em>, 2017), il signe un film d’une actualité brûlante, en explorant l’un des tournants les plus décisifs de la liberté de la presse américaine. Porté par Meryl Streep et Tom Hanks, ce thriller politique met en scène la course contre la montre du <em>Washington Post</em> pour publier les « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pentagon_Papers">Pentagon Pap</a>ers », ces documents confidentiels révélant les mensonges de l’administration américaine sur la <a href="https://www.theartchemists.com/documentaire-guerre-vietnam/">guerre du Vietnam</a>. Un film sur le passé ? Peut-être. Mais surtout, une alerte sur notre présent.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Pentagon Papers / Bande-annonce officielle VOST [Au cinéma le 24 janvier]" width="640" height="360" src="https://www.youtube.com/embed/pV-KZSohqjU?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Scandale d’État et journalisme d&rsquo;investigation</h2>



<p>Tout commence en 1971. <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Ellsberg">Daniel Ellsberg</a>, analyste militaire et premier lanceur d’alerte de l’histoire moderne s’il en est, divulgue à la presse une étude secrète commandée par le Pentagone, qui montre que les gouvernements successifs, de Truman à Nixon, savaient que la guerre du Vietnam était une impasse, mais ont sciemment menti à l’opinion publique pour ne pas perdre la face, quitte à sacrifier les vies des jeunes soldats envoyés là-bas (58&nbsp;209&nbsp;morts sur les 2 millions de victimes du conflit). Le <em>New York Times</em> commence à publier les documents… avant d’être bloqué par une injonction de la Maison-Blanche.</p>



<p>Publier, c’est risquer une accusation de haute trahison, ce qui n’est pas rien. Le <em>Washington Post</em>, alors dirigé par <a href="https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/katharine-graham-la-femme-qui-revela-les-pentagon-papers-et-le-watergate_2575896.html">Katharine Graham</a> (Meryl Streep), hésite : publier à son tour ou se soumettre ? Risquer la prison, la faillite, la perte de crédibilité (au moment où le quotidien entre en bourse)… ou défendre le droit fondamental d’informer et de révéler la vérité ? Comme à son habitude et avec le talent qu’on lui connaît, Spielberg, en grand amateur d’Hitchcock qu’il est, transforme ce dilemme médiatico-politique en un suspense haletant, où les enjeux moraux, économiques et sociétaux se mêlent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une ode aux femmes qui prennent le pouvoir</h2>



<p>Sous ses allures de thriller politique à l’ancienne, <em>Pentagon Papers</em> est aussi le portrait d’une femme qui s’affirme dans un monde d’hommes. Katharine Graham, veuve discrète devenue éditrice par nécessité, se retrouve propulsée en première ligne d’un combat médiatique, juridique et idéologique qui ne la dépasse pas tant que ça.</p>



<p>Son cheminement intérieur — de la peur et de l’effacement à la détermination — donne au film une dimension intime, vibrante, profondément féministe. Le personnage de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Benjamin_Bradlee">Ben Bradlee</a> (Tom Hanks), rédacteur en chef énergique et pur jus « old school » (qui sera au coeur de l’enquête sur le scandale du Watergate), vient contrebalancer cette évolution. Ce tandem incarne deux faces complémentaires de la presse libre : le feu de l’investigation et la prudence stratégique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Spielberg, chef d’orchestre engagé</h2>



<p>Réalisé en quelques mois seulement, dans une urgence assumée, <em>Pentagon Papers</em> est un film au rythme tendu, au découpage d’une efficacité redoutable. Spielberg y déploie tout son savoir-faire : mouvements de caméra fluides, montage nerveux, ce sens du cadre qui donne du souffle à la parole.</p>



<p>Mais c’est surtout un film profondément politique. Spielberg, Streep et Hanks s’engagent ouvertement contre la montée des populismes, la remise en question de la presse, les attaques contre la vérité. Le film, tourné sous l’administration Trump, fait ainsi écho à des débats toujours d’actualité :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Quelle est la place du journalisme face au pouvoir ?</li>



<li>Jusqu’où peut-on aller pour défendre le droit de savoir ?</li>



<li>La démocratie peut-elle survivre sans une presse libre ?</li>
</ul>



<div class="wp-block-group has-white-color has-vivid-cyan-blue-to-vivid-purple-gradient-background has-text-color has-background has-link-color wp-elements-3efe0f7d6479a9a0bcb211db945bb24c" style="font-style:normal;font-weight:600"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
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<ul class="wp-block-list">
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<li><a href="https://www.theartchemists.com/theatre-television-francaise/">Une télévision française : quand le théâtre évoque TF1 en marche vers la privatisation</a></li>
</ul>
</div></div>



<h2 class="wp-block-heading">Le dérangeant miroir de notre époque</h2>



<p>Dans un monde saturé d’informations, de désinformation et de manipulation, <em>Pentagon Papers</em> sonne comme un rappel essentiel : la vérité a un prix. Et ceux qui la défendent, journalistes, lanceurs d’alerte, éditeurs, prennent des risques — pour nous.</p>



<p>C’est aussi un hommage à la presse papier, aux rotatives, aux bouclages de nuit, aux doutes de dernière minute, aux discussions en salle de rédaction. Une autre époque, pas si lointaine, où on savait enquêter, où tenir tête au pouvoir n’était pas une stratégie marketing, mais un acte de courage, un engagement citoyen.</p>



<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-678cc482" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns alignfull has-1-columns has-desktop-equal-layout has-tablet-equal-layout has-mobile-collapsedRows-layout has-reverse-columns-mobile has-vertical-bottom ticss-c00aadba"><div class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-overlay"></div><div class="innerblocks-wrap">
<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-column-4d412c51" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-column">
<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



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